IA et emploi : entre transformation des métiers et nouvelles compétences

Avatar de Mouna Aghlal

Temps de lecture :

IA et emploi : entre transformation des métiers, nouvelles compétencesPanel sur l'usage de l'IA dans le recrutement organisé lors de la 2e édition de GenZ AI summit, le 4 juin 2026, Casablanca © LeBrief

A
A
A
A
A

L’intelligence artificielle redéfinit progressivement les pratiques de recrutement, les attentes des entreprises et les compétences recherchées sur le marché du travail. Réunis lors d’une table ronde organisée dans le cadre de la 2e édition du GenZ AI Summit, des responsables d’entreprises technologiques et des experts de l’innovation ont partagé leurs analyses sur les opportunités et les défis que représente l’IA pour les jeunes générations et les organisations.

Pour Sanaâ Benchekroun, directrice exécutive en charge des ressources humaines chez Orange Maroc, l’impact de l’intelligence artificielle sur le recrutement se manifeste d’abord par une automatisation des tâches à faible valeur ajoutée. Selon elle, ces outils permettent d’accélérer le traitement des candidatures, d’améliorer la fiabilité des opérations et de renforcer la qualité des processus de sélection.

« Toute la gestion du sourcing, de la présélection et de la qualification des candidatures peut désormais être réalisée de manière beaucoup plus rapide », explique-t-elle. Cette évolution permet aux équipes RH de consacrer davantage de temps à l’analyse des profils, à l’accompagnement des managers et à l’amélioration de l’expérience candidat.

L’une des applications concrètes présentées lors des échanges concerne les entretiens de préqualification réalisés avec l’appui de l’intelligence artificielle. Sanaâ Benchekroun a notamment évoqué une expérimentation menée avec la plateforme JobZyn.

Le dispositif repose sur des entretiens structurés dont les scénarios sont élaborés conjointement par les équipes de recrutement et les concepteurs de la solution. L’IA évalue alors différents aspects du profil du candidat, notamment les compétences techniques, les langues ou encore l’expérience professionnelle.

Selon la responsable RH, l’un des principaux avantages de l’outil réside dans sa capacité à instaurer un dialogue fluide avec les candidats. Elle souligne que l’interface a été conçue pour être empathique et interactive, ce qui contribue à réduire le stress souvent associé aux entretiens de recrutement.

Cette approche permet également aux recruteurs de disposer d’éléments d’évaluation plus structurés et de critères de comparaison plus objectifs entre les différents profils, tout en conservant l’intervention humaine dans la prise de décision finale.

L’IA comme outil d’aide à la décision

Pour Simo Zizi, cofondateur de JobZyn, l’intelligence artificielle ne doit pas être perçue comme un substitut au recruteur mais comme un levier permettant de rendre le processus plus efficace. Il rappelle que les recruteurs sont souvent confrontés à des volumes importants de candidatures. Une offre d’emploi peut parfois générer plusieurs centaines de réponses, rendant le tri manuel particulièrement chronophage. « L’objectif est de passer de centaines de candidatures à une sélection plus restreinte de profils qui méritent une attention approfondie », explique-t-il.

Selon lui, les outils d’IA permettent également de réduire certains biais humains susceptibles d’intervenir dès les premières étapes de sélection. Les candidats sont évalués selon des critères homogènes, ce qui favorise une approche plus objective.

Simo Zizi insiste toutefois sur un point essentiel : l’intelligence artificielle ne prend jamais seule les décisions de recrutement. Les résultats produits par les algorithmes sont systématiquement examinés par les équipes RH, qui demeurent responsables du choix final. « L’IA est un outil d’aide à la prise de décision. Elle ne décide jamais à la place de l’humain », affirme-t-il.

Lire aussi : L’IA va-t-elle transformer ou fragiliser l’emploi au Maroc ?

Au-delà des transformations du recrutement, les intervenants ont également abordé l’évolution des compétences recherchées par les entreprises. Idriss Nemmaoui, directeur products marketing & Maroc chez Orange Business, estime que l’automatisation croissante des tâches d’exécution oblige les jeunes talents à développer davantage leurs compétences humaines.

Selon lui, les qualités qui permettront de se distinguer à l’avenir sont celles qui restent difficilement reproductibles par les machines : l’esprit critique, la créativité, la capacité d’innovation ou encore la prise de recul. « Les soft skills sont ce qui fait la différence entre l’humain et la machine », souligne-t-il.

Le responsable d’Orange Business considère également que les jeunes doivent adopter une logique d’apprentissage continu. Dans un environnement technologique en constante évolution, la capacité d’adaptation devient un atout majeur.

Il invite ainsi les nouvelles générations à ne pas envisager leur carrière comme un parcours figé mais plutôt comme une succession d’évolutions et d’acquisitions de compétences.

Les jeunes, moteurs de l’adoption technologique

Contrairement à certaines idées reçues, Idriss Nemmaoui estime que les jeunes ne sont pas uniquement les premiers concernés par les transformations induites par l’IA ; ils en sont aussi les principaux moteurs. Il cite notamment l’exemple d’équipes récemment recrutées chez Orange Business, dont les membres se sont rapidement approprié les outils d’intelligence artificielle générative.

Ces collaborateurs ont joué un rôle actif dans la diffusion des nouvelles pratiques au sein de l’organisation, contribuant même à former des collègues plus expérimentés. Pour lui, cette dynamique illustre la valeur ajoutée des jeunes générations, dont la familiarité avec les technologies numériques constitue un facteur d’accélération pour les entreprises.

Lire aussi : Intelligence artificielle : le Maroc est-il en train de rattraper son retard ?

Les échanges ont également porté sur un enjeu souvent moins visible : celui de la souveraineté linguistique dans le développement de l’intelligence artificielle. Imade Benallalam, fondateur et CTO de ToumAI, considère que la souveraineté numérique ne peut être dissociée de la capacité des technologies à comprendre les réalités culturelles et linguistiques locales.

Il rappelle que les jeunes Marocains utilisent quotidiennement un mélange de darija, de français et d’anglais, créant un environnement linguistique complexe que les modèles d’intelligence artificielle doivent être capables d’interpréter. Selon lui, le développement de solutions adaptées aux spécificités locales constitue une condition essentielle pour garantir une inclusion numérique effective.

Imade Benallalam souligne également que le Maroc dispose déjà d’expériences significatives dans le domaine de la recherche en intelligence artificielle. Il évoque notamment les travaux menés en partenariat avec des institutions académiques et de recherche pour développer des modèles adaptés au contexte national.

Transformer la peur en opportunité

La crainte d’être remplacé par l’intelligence artificielle demeure l’une des préoccupations majeures des jeunes entrant sur le marché du travail. Les intervenants s’accordent toutefois sur la nécessité de dépasser cette appréhension.

Pour Imade Benallalam, le parcours d’appropriation de l’IA suit généralement plusieurs étapes : la méfiance, puis la peur, avant de déboucher sur une phase d’acceptation et de collaboration avec la technologie.

Sanaâ Benchekroun partage cette vision optimiste. Selon elle, l’intelligence artificielle remplacera certaines tâches mais pas les compétences humaines. Elle insiste sur l’importance de la curiosité, de l’esprit critique et de la créativité pour évoluer dans ce nouvel environnement.

De son côté, Simo Zizi estime que les candidats doivent désormais maîtriser à la fois les outils technologiques et les compétences relationnelles. Il identifie quatre qualités clés pour réussir dans cette nouvelle ère : l’esprit critique, la communication, la capacité à collaborer avec les machines et l’apprentissage continu.

Tous convergent vers la même conclusion : l’avenir du travail ne repose pas sur une opposition entre l’humain et l’intelligence artificielle, mais sur leur complémentarité. Dans cette perspective, les compétences humaines demeurent plus que jamais au centre de la création de valeur.

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Mohamed Karim, l’Atlas pour origine, le savoir pour horizon

Il voulait simplement aller à l’école pour partager un verre de lait avec les autres enfants. Des années plus tard, Mohamed Karim a fait du savoir son passeport vers les sommets.

Rédaction LeBrief - 5 novembre 2026
Santé : l’AMMPS lance deux plateformes de vigilance sanitaire

L’AMMPS lance VigiMobile et VigiUp, deux plateformes destinées à faciliter le signalement des événements indésirables liés aux médicaments et aux produits de santé.

El Mehdi El Azhary - 5 novembre 2026
Agadir : Hammouchi rend visite à un policier grièvement blessé

Abdellatif Hammouchi s’est rendu au chevet d’un policier grièvement blessé à Agadir, auquel il a accordé une promotion exceptionnelle et une prise en charge médicale totale.

Ilyasse Rhamir - 5 novembre 2026
Justice : Mohamed El Faid poursuivi en état de liberté

Le spécialiste en nutrition Mohamed El Faid sera jugé le 9 novembre à Benslimane pour quatre chefs d’accusation. Il est poursuivi en liberté, avec interdiction de quitter le Maroc.

El Mehdi El Azhary - 5 novembre 2026
Visa Espagne : BLS Rabat autorise le dépôt sans rendez-vous sous conditions

Les anciens titulaires de visas Schengen peuvent déposer leur demande de visa pour l’Espagne sans rendez-vous au centre BLS de Rabat, sous certaines conditions.

Ilyasse Rhamir - 5 novembre 2026
Gouvernance des entreprises familiales : l’UIR, l’IEF Maroc et l’IMA s’allient

L’UIR, l’IEF Maroc et l’IMA lancent un certificat de gouvernance des entreprises familiales, avec l’appui académique d’ESADE Executive Education.

El Mehdi El Azhary - 4 novembre 2026
Voir plus
Aïd Al-Fitr 1447 pourrait tomber le samedi 21 mars

Société - Selon les calculs astronomiques, Aïd al-Fitr 2026 pourrait tomber le samedi 21 mars au Maroc. La visibilité du croissant lunaire est prévue vendredi soir, mais la date officielle sera confirmée par le ministère des Habous.

Ilyasse Rhamir - 9 mars 2026
Ramadan : horaires spéciaux du tramway de Casablanca

Société - Le réseau CASA Tramway adopte des horaires spéciaux durant le mois de Ramadan.

Mouna Aghlal - 17 février 2026
Ramadan 2026 : la Zakat Al Fitr fixée à 25 dirhams

Société - Le Conseil supérieur des oulémas annonce la valeur de la Zakat Al Fitr pour 2026 à 25 dirhams pour l'année 1447 de l'Hégire.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
8 mars : 8 Marocaines qui bousculent les lignes

Société-A l’occasion du 8 mars, LeBrief rend hommage à 8 femmes que nous avons rencontrées et interviewées ces derniers mois.

Sabrina El Faiz - 8 mars 2026
Frontières Schengen : ce qui va changer pour les Marocains

Société-Frontières Schengen : contrôles, procédures, délais… ce qui va changer pour les Marocains avant de voyager en Europe.

Rédaction LeBrief - 10 avril 2026
Manifestations de la « GenZ 212 » : 60 personnalités marocaines exhortent le Roi à engager des réformes profondes

Société - Soixante figures marocaines appellent le roi Mohammed VI à lancer des réformes profondes en phase avec les revendications de la jeunesse.

Hajar Toufik - 8 octobre 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire