Sahel, Maroc, engrais : l’heure des arbitrages stratégiques
Audience Royale du 28 avril 2025 avec les ministres des Affaires étrangères du Sahel, Karamoko Jean Marie Traoré (Burkina Faso), Abdoulaye Diop (Mali) et Bakary Yaou Sangaré (Niger) © DR
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La crise née des perturbations maritimes dans le Golfe ne se limite pas à un épisode de tensions géopolitiques lointaines. Elle se propage déjà à un segment très concret de l’économie mondiale : les engrais.
Or, dans une partie de l’Afrique sahélienne, cette hausse des coûts n’est pas un simple choc de marché. Elle menace directement la prochaine campagne agricole, dans une région où des dizaines de millions de personnes sont déjà exposées à l’insécurité alimentaire.
La Banque mondiale a signalé en avril 2026 une forte tension sur les prix des engrais, avec un bond mensuel de l’urée d’environ 46% entre février et mars, et une projection annuelle de hausse de 31% des engrais en 2026.
La FAO, de son côté, estime que 41,8 millions de personnes étaient déjà en insécurité alimentaire aiguë en Afrique de l’Ouest et au Sahel, et que ce chiffre pourrait atteindre 52,8 millions pendant la soudure de juin à août 2026.
Dans ce contexte, le débat n’est plus seulement agricole, il devient géopolitique. Une hausse de prix au départ d’un goulet maritime comme le détroit d’Ormuz finit par peser sur des pays qui ne disposent presque d’aucune marge de manœuvre.
En effet, dans les systèmes agricoles sahéliens, le calendrier est implacable : les semis se jouent au début des pluies, les achats d’intrants doivent être faits avant ou au tout début de la saison, et un retard de quelques semaines peut suffire à faire chuter l’usage d’engrais, donc les rendements.
La Banque mondiale rappelle qu’à l’échelle mondiale, les stocks céréaliers restent plus confortables qu’en 2022, mais cela ne suffit pas à neutraliser les effets d’une rupture logistique lorsqu’elle frappe des économies pauvres, dépendantes du crédit saisonnier et de chaînes d’approvisionnement fragiles.
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Le Maroc, un atout industriel mais des marges limitées
Le Maroc se retrouve au cœur de cette équation pour une raison simple : il possède l’un des rares leviers industriels susceptibles d’amortir une partie du choc. Le US Geological Survey estime que le pays détient 50 milliards de tonnes de réserves de phosphate, soit environ 70% des réserves mondiales connues. C’est l’argument avancé par un rapport récemment publié par le Middle East Institute.
Cette position a fait du Maroc un acteur majeur des fertilisants phosphatés à l’échelle internationale. En parallèle, OCP a développé depuis plusieurs années une présence active en Afrique, notamment à travers des programmes de cartographie des sols, de conseil agronomique et d’amélioration de l’accès aux engrais.
Le Maroc ne dispose donc pas seulement d’un stock géologique; il s’appuie aussi sur une infrastructure commerciale et technique déjà tournée vers le continent africain.
Mais ce potentiel ne doit pas masquer les limites. Le Maroc n’est pas un guichet d’urgence. Sa filière phosphatée dépend d’intrants importés, notamment du soufre, et elle est intégrée à des marchés mondiaux structurés par des contrats de long terme.
Le Maroc peut contribuer à la réponse, mais il ne peut pas, seul, désorganiser à grande échelle des circuits d’exportation déjà engagés. C’est précisément ce qui distingue une puissance de production d’une puissance de réorientation.
L’Initiative atlantique comme levier régional
L’avantage marocain est ailleurs, dans sa capacité à articuler production, diplomatie et logistique. Le Maroc a déjà développé des cadres de coopération orientés vers l’Afrique de l’Ouest, et son Initiative atlantique offre un angle supplémentaire.
Ce projet, conçu pour donner aux pays sahéliens enclavés un accès à l’océan Atlantique via les infrastructures marocaines, a reçu des signaux politiques favorables de plusieurs capitales sahéliennes. Dans une crise des engrais et des denrées, cette initiative peut prendre une dimension très concrète car elle n’est plus seulement une proposition stratégique de long terme, mais aussi un possible couloir de circulation pour les intrants, les céréales et les financements.
La réalité sahélienne impose toutefois de regarder le problème en face. Les tensions alimentaires actuelles ne résultent pas uniquement du coût des engrais. Elles s’inscrivent dans un environnement où l’insécurité armée, les déplacements de population, les restrictions d’accès aux terres, les faibles capacités budgétaires et la contraction de l’aide humanitaire se cumulent.
La FAO souligne que la flambée des besoins alimentaires intervient alors que l’Afrique de l’Ouest et le Sahel subissent déjà des pressions multiples allant des conflits à l’inflation, ou encore les aléas climatiques et les difficultés d’accès aux ressources.
C’est ici que le Maroc peut jouer un rôle de stabilisateur régional, à condition de penser la réponse en trois temps.
D’abord, sécuriser l’approvisionnement intérieur et la continuité industrielle pour éviter que la crise ne se répercute sur ses propres marchés. Ensuite, mobiliser des mécanismes de ciblage vers les zones les plus exposées au Sahel, à travers des volumes réservés, des accords de livraison ou des instruments de financement ad hoc.
Enfin, faire levier sur sa crédibilité africaine pour attirer autour de la table des partenaires capables de prendre en charge ce que l’industrie seule ne peut pas faire (garanties de paiement, lignes de crédit, assurance du risque commercial et appui à la distribution). Le point central n’est pas d’exporter davantage de manière abstraite, mais d’organiser une chaîne complète allant de la production jusqu’au champ.
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