Éducation : pourquoi près de 280.000 élèves ont-ils quitté l’école en 2025 ?
En 2025, près de 280.000 élèves ont quitté l'école au Maroc, un fait alarmant pour l'avenir de l'éducation © DR
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Le phénomène du décrochage scolaire continue de peser lourdement sur l’éducation marocaine. Selon le rapport annuel 2025 du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), près de 280.000 élèves ont quitté les bancs de l’école au cours de l’année écoulée. Un chiffre préoccupant qui confirme la persistance d’un problème structurel, malgré les efforts engagés par les autorités et leurs partenaires pour améliorer la rétention scolaire.
Intitulé « Soutien aux réformes structurelles liées aux droits de l’enfant », le rapport met en lumière les limites actuelles des politiques éducatives face à une réalité complexe, marquée par des inégalités territoriales, sociales et de genre. La lutte contre le décrochage scolaire figure pourtant parmi les priorités de la feuille de route 2022-2026 du ministère de l’Éducation nationale, notamment à travers l’initiative dite des « écoles pionnières ».
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Un phénomène enraciné dans des facteurs multiples
Le décrochage scolaire au Maroc ne peut être appréhendé sans tenir compte des déterminants socio-économiques qui le nourrissent. Dans les zones rurales et périurbaines, la pauvreté demeure un facteur déterminant. Selon des estimations concordantes issues d’organismes internationaux, près d’un enfant sur cinq est confronté à une forme de vulnérabilité économique susceptible d’affecter sa scolarité. À cela s’ajoutent des problématiques d’accessibilité allant de la distance des établissements au manque de transport scolaire, ainsi que des insuffisances en infrastructures.
Les disparités de genre persistent également. Si des progrès ont été enregistrés dans l’accès des filles à l’éducation primaire, leur maintien dans le système reste fragile, notamment à partir du collège. Les contraintes culturelles, les mariages précoces ou encore l’absence d’infrastructures adaptées, notamment en matière d’hygiène menstruelle, constituent autant d’obstacles.
Face à cette situation, l’UNICEF Maroc, en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, a développé un modèle d’intervention multisectoriel visant à réduire les abandons scolaires. Ce dispositif repose sur une approche intégrée combinant soutien direct aux élèves, amélioration des conditions d’apprentissage et mobilisation des communautés locales.
Concrètement, ce modèle inclut la mise à disposition d’outils pédagogiques pour le personnel éducatif, la création d’activités favorisant l’innovation sociale, ainsi que des programmes de développement des compétences destinés aux jeunes âgés de 15 à 24 ans. Des initiatives spécifiques, comme la promotion de l’hygiène menstruelle ou l’encouragement du plaidoyer mené par les enfants eux-mêmes, ont également été intégrées.
Ces actions ont été testées dans plusieurs régions pilotes, notamment Béni Mellal-Khénifra, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et l’Oriental. Au total, plus de 5.500 jeunes ont participé à des ateliers, clubs et activités d’innovation, dont près de 3.800 filles. Selon le rapport, les résultats sont encourageants ; dans certains établissements concernés, le taux d’abandon scolaire a été réduit à zéro au cours de l’année scolaire 2024-2025.
Des infrastructures scolaires au cœur des enjeux
Au-delà des aspects pédagogiques, la qualité des infrastructures scolaires apparaît comme un levier essentiel pour améliorer la rétention des élèves. L’UNICEF a ainsi soutenu l’intégration de services d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH) résilients au changement climatique dans plusieurs établissements.
Dans les zones touchées par le séisme de 2023, notamment à Marrakech et dans la région de Souss-Massa, sept écoles ont été réhabilitées. Les travaux ont permis d’améliorer l’accessibilité, de rendre les installations sensibles aux questions de genre et de renforcer leur résilience climatique. Plus de 3.350 élèves, dont 1.662 filles, bénéficient désormais de ces infrastructures modernisées.
Cette expérience devrait servir de base à l’élaboration des premières normes nationales en matière de WASH scolaire, actuellement en cours de développement par le ministère de l’Éducation avec l’appui de l’UNICEF.
Le rapport souligne également l’importance de la santé dans la réussite éducative. En 2025, l’UNICEF a contribué à sécuriser l’approvisionnement en 19 millions de doses de vaccins et en produits nutritionnels. L’organisation a aussi appuyé la modernisation de la chaîne du froid, essentielle pour garantir l’efficacité des campagnes de vaccination, ainsi que des actions visant à lutter contre la réticence vaccinale.
Ces interventions s’inscrivent dans une logique plus large de renforcement des capacités nationales en matière de santé publique, avec un impact indirect mais significatif sur la scolarisation. En effet, une meilleure santé des enfants favorise leur assiduité et leur capacité d’apprentissage, selon l’UNICEF.
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Un défi structurel à long terme
Malgré les avancées observées dans les zones pilotes, le passage à l’échelle nationale reste un défi majeur. Le système éducatif marocain accueille plus de 7 millions d’élèves, ce qui rend complexe la généralisation rapide de modèles expérimentaux, même jugés efficaces.
Par ailleurs, la question du décrochage scolaire s’inscrit dans un contexte plus large de réforme du système éducatif. Le Maroc a engagé ces dernières années plusieurs chantiers visant à améliorer la qualité de l’enseignement, la formation des enseignants et la gouvernance des établissements. Toutefois, les résultats tardent à se traduire par une baisse significative et durable des abandons.
Le chiffre de 280.000 élèves déscolarisés en 2025 rappelle ainsi l’ampleur du défi. Au-delà des initiatives ponctuelles, c’est une transformation en profondeur du système éducatif, combinée à des politiques sociales ambitieuses, qui sera nécessaire pour inverser durablement la tendance.
Dans ce contexte, les partenariats avec les organisations internationales comme l’UNICEF apparaissent comme un levier important, mais insuffisant à eux seuls. La mobilisation de l’ensemble des acteurs, État, collectivités territoriales, société civile ou encore familles, demeure indispensable pour garantir à chaque enfant marocain son droit fondamental à l’éducation.
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