Conseil de la concurrence : pourquoi les prix des carburants ne suivent pas toujours le marché mondial ?

Avatar de Ilyasse Rhamir

Temps de lecture :

Conseil de la concurrence : pourquoi les prix des carburants ne suivent pas toujours le marché mondial ?Conseil de la concurrence © DR

A
A
A
A
A

Sous l’effet des tensions géopolitiques et de la volatilité des marchés énergétiques, les prix du gasoil et de l’essence repartent à la hausse. Au Maroc, leur répercussion à la pompe révèle des écarts notables, entre transmission partielle, stratégies des opérateurs et logique de concurrence locale.

Portés par un contexte géopolitique instable et des marchés énergétiques sous pression, les prix du gasoil et de l’essence connaissent une nouvelle phase de hausse. Au Maroc, cette évolution internationale se répercute à la pompe, mais de manière nuancée, révélant des mécanismes de transmission complexes et parfois inégaux.

Un marché international sous haute tension

Depuis le début du mois de mars 2026, les marchés pétroliers évoluent dans un climat d’incertitude marqué par les tensions persistantes au Moyen-Orient. Cette situation alimente une hausse rapide des cours du pétrole brut ainsi que des produits raffinés, dans un environnement caractérisé par une forte volatilité.

Lire aussi : Prix des carburants : nouvelle hausse dès le 1er avril

Pour une économie comme celle du Maroc, largement dépendante des importations énergétiques, ces fluctuations internationales ne sont pas sans conséquence. Le gasoil et l’essence, dont les prix sont directement indexés sur les marchés extérieurs, subissent ainsi les effets immédiats de ces variations.

Dans ce contexte, le Conseil de la concurrence s’est saisi du sujet en menant une série d’auditions auprès des principaux opérateurs du secteur. L’objectif est d’analyser la manière dont les évolutions des prix à l’international se traduisent, ou non, dans les tarifs pratiqués au niveau national.

Des hausses réelles, mais inégalement répercutées

Entre le 1er et le 16 mars 2026, les cotations internationales des produits raffinés ont enregistré une hausse notable. Le gasoil a ainsi progressé de +2,92 dirhams par litre, tandis que l’essence a augmenté de +1,26 dirham par litre.

Au Maroc, ces évolutions ont bien été ressenties à la pompe, mais de manière différenciée. Le prix du gasoil a augmenté de +2,03 dirhams par litre, soit une répercussion partielle estimée à environ 69,5%. Cela signifie qu’une partie de la hausse internationale n’a pas été intégralement transmise au consommateur final.

À l’inverse, l’essence a connu une situation opposée. Les prix à la pompe ont progressé de +1,43 dirham par litre, soit une augmentation légèrement supérieure à celle observée sur les marchés internationaux. Un écart positif de 0,17 dirham a ainsi été enregistré.

Ces différences illustrent la complexité des mécanismes de fixation des prix, où plusieurs facteurs (coûts d’approvisionnement, stratégies commerciales ou encore gestion des marges) entrent en jeu.

Des pratiques tarifaires hétérogènes entre opérateurs

Au-delà des tendances globales, l’analyse met en évidence des disparités entre les acteurs du marché. Les opérateurs ne répercutent pas les variations internationales de manière uniforme, ce qui se traduit par des écarts dans les prix de cession appliqués aux stations-service.

Pour le gasoil, ces différences peuvent atteindre près de 0,20 dirham par litre, soit environ 10% de la hausse moyenne constatée. Ces écarts témoignent d’une certaine hétérogénéité dans les stratégies tarifaires adoptées par les distributeurs.

Cependant, cette diversité tend à s’atténuer au niveau du consommateur final. En effet, les stations-service ajustent généralement leurs prix en fonction de leur environnement immédiat. Cette logique de concurrence locale, combinée à l’homogénéité du produit, favorise un alignement progressif des tarifs dans une même zone géographique.

Stations-service : un secteur au bord de la crise

Un système d’ajustement hérité du passé

Un autre élément clé du fonctionnement du marché réside dans le calendrier d’ajustement des prix. Aujourd’hui encore, les révisions tarifaires interviennent généralement deux fois par mois, le 1ᵉʳ et le 16.

Cette pratique remonte à la période antérieure à la libéralisation du secteur, lorsque les prix étaient encadrés par l’État. Elle repose sur une formule de calcul basée sur la moyenne des cotations internationales observées sur les quinze jours précédents.

Si ce système permet de lisser les fluctuations et d’assurer une certaine stabilité, il peut également limiter la réactivité des prix face aux évolutions rapides du marché international. Il contribue par ailleurs à des comportements similaires entre opérateurs, ce qui peut réduire l’intensité de la concurrence.

Conscient de ces enjeux, le Conseil de la concurrence a engagé des discussions avec les acteurs du secteur afin d’examiner les possibilités d’évolution de ce mécanisme. L’objectif est de renforcer la dynamique concurrentielle, tout en préservant les équilibres du marché et la sécurité d’approvisionnement.

Plein amer

Régulation et réalités du marché

Au final, l’évolution récente des prix des carburants met en lumière un équilibre délicat entre contraintes internationales et dynamiques locales. Si les hausses observées à l’étranger se répercutent globalement au Maroc, leur transmission reste partielle ou parfois amplifiée selon les produits.

Le cas du gasoil illustre une modération relative de l’impact sur le consommateur, tandis que celui de l’essence montre qu’une hausse peut être intégralement, voire plus que, répercutée.

Dans ce paysage complexe, les mécanismes de concurrence jouent un rôle déterminant, notamment au niveau local où les prix tendent à s’harmoniser. Mais les pratiques héritées du passé, comme l’ajustement bimensuel, continuent de structurer le marché.

À l’heure où les tensions géopolitiques restent fortes et les marchés énergétiques imprévisibles, la question de la transparence et de l’efficacité du système de formation des prix demeure plus que jamais d’actualité.

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Prix carburants : l’essence grimpe de 50 centimes dès le 16 mai

Consommation - Prix carburants : l’essence augmente de quelques centimes dès le 16 mai, tandis que le gasoil reste stable.

Rédaction LeBrief - 15 mai 2026
Pêche côtière : 3,85 MMDH à fin avril 2026

Économie - La pêche côtière et artisanale affiche une hausse de sa valeur à fin avril 2026, dépassant 3,85 milliards de dirhams, malgré un recul des volumes débarqués.

Ilyasse Rhamir - 15 mai 2026
Peut-on domestiquer un arbre aussi complexe que l’arganier ?

Économie - Sélection de variétés, clonage, data… la recherche transforme l’arganier. Porté par l’INRA et ses partenaires, le Maroc construit une arganiculture moderne, entre performance agricole, innovation technologique et enjeux climatiques.

Ilyasse Rhamir - 15 mai 2026
Céramique : un accord pour structurer la filière marocaine

Économie - Un partenariat inédit vise à renforcer la compétitivité de la céramique marocaine, en misant sur l’innovation, la qualité et la structuration du secteur, avec l’ambition de consolider le « Made in Morocco » sur les marchés nationaux et internationaux.

Ilyasse Rhamir - 15 mai 2026
Céréales : lancement du dispositif de commercialisation 2026 à Casablanca

Économie - À Casablanca, les autorités lancent le dispositif de commercialisation des céréales pour la campagne 2026. Prix de référence, primes de stockage et mesures logistiques visent à soutenir les producteurs et renforcer les stocks nationaux.

Ilyasse Rhamir - 15 mai 2026
Le pétrole en hausse de 2% sur fond de tensions géopolitiques

Économie - Les prix du pétrole ont progressé d’environ 2% vendredi, portés par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

El Mehdi El Azhary - 15 mai 2026
Voir plus
Le Made in Morocco est-il en danger ?

Entre importations massives et produits locaux mal protégés, le Made in Morocco se retrouve au cœur d’un étrange paradoxe.

Sabrina El Faiz - 14 mars 2026
Viandes, poissons : la danse des prix ramadanesques

Consommation - Si les fruits et légumes nous mettent déjà la tête à l’envers, les viandes et poissons ne sont pas en reste !

Sabrina El Faiz - 7 mars 2026
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
Pilotage énergétique : pourquoi la data est un levier de compétitivité pour les entreprises ?

Économie – Si on réussit, l’impact est double : compétitivité économique et contribution aux objectifs de transition énergétique du Royaume.

Rédaction LeBrief - 13 mars 2026
Ramadan 1447 : la grande bataille des dattes

Consommation-Production locale, importations, prix, qualité, enquête sur le marché ramadanesque des dattes au Maroc.

Sabrina El Faiz - 21 février 2026
Crise au Moyen-Orient : vers une hausse de la facture d’électricité au Maroc ?

Économie - Fortement dépendant des importations et du charbon pour produire son électricité, le Maroc pourrait voir sa facture énergétique augmenter si la crise perdure au Moyen-Orient.

El Mehdi El Azhary - 11 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire