Dimanche soir. Des files de voitures devant les stations-service. Des conducteurs qui comptent les minutes avant minuit. 2 DH de plus sur le litre de gasoil à partir de lundi. 1,40 DH sur l’essence. Il s’agit là des prix affichés à Casablanca. Pour les villes plus éloignées, il faut compter le différentiel de transport des carburants.
Certaines stations ont fermé, le temps d’écouler les anciens stocks aux nouveaux tarifs. D’autres auraient appliqué la hausse avant l’heure légale. Quand il s’agit de protéger la marge, les horaires sont respectés à la minute. Quand il s’agit de constituer deux mois de stocks réglementaires – soit dit en passant une obligation légale – on s’arrange. On a toujours su s’arranger…
17 jours de guerre au Moyen-Orient, le détroit d’Ormuz bloqué, les cours qui s’emballent, soit. La contrainte existe. Cependant, il n’est pas normal de répercuter la hausse des prix sur des combustibles achetés bien avant la flambée des cours du pétrole. Les pétroliers vous répondront que la révision des prix à la pompe étant appliquée chaque quinzaine, il leur serait préjudiciable de subir la différence de prix sur quelques jours. Et le consommateur ? Qui se soucie du préjudice qu’il subit ?
Notre pays a fait un choix il y a des années : libéraliser, déréguler, faire confiance au marché. Le marché a répondu. Pas par la concurrence mais plutôt par l’opacité. Par des marges introuvables et une loi sur les stocks que personne n’applique et que personne ne sanctionne.
Et ce n’est pas juste un problème d’ordre économique. C’est un problème de gouvernance. Depuis des années, le gouvernement regarde le secteur des hydrocarbures fonctionner en dehors des règles qu’il a lui-même édictées. Les professionnels du transport attendent une aide directe suspendue depuis deux ans. Le gasoil engloutit près de la moitié de leurs recettes et personne ne s’en émeut officiellement.
Voilà ce qui devrait déranger. Pas les cours du brut. Ça, c’est Ormuz, c’est Téhéran, c’est hors de portée. Ce qui est à portée c’est un stock réglementaire de 60 jours qu’il faut imposer aux pétroliers, surveiller les marges bénéficiaires, sanctionner les contrevenants. On appelle ça de la « bonne » gouvernance. Malheureusement, ce n’est pas le point fort de ce gouvernement pour ne pas dire autre chose…
Notre exécutif ne commentera point les files du 15 mars ni les tensions entre pompistes désemparés et automobilistes en colère. Nos ministres ne se poseront guère la question des stocks. Ils ne demanderont pas pourquoi des stations-service arbitrent entre deux tarifs pendant que des familles font leurs calculs sur le bord de la route. Gouverner, c’est aussi répondre de ce qu’on laisse faire. Ce dimanche soir, la vérité était dans cette file.
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