Science Week 2026 : l’éducation en transformation, convergence entre recherche, politique et pratique

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Science Week 2026 l’éducation en transformation, convergence entre recherche, politique et pratiqueKoumbou Boly Barry ancienne ministre de l’Éducation au Burkina Faso et Imane Fahli conseillère principale au ministère de l'Éducation nationale, du préscolaire et des Sports, le 31 mars 2026, UM6P Benguerir © LeBrief

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L’éducation est bien plus qu’un droit humain fondamental : elle constitue le socle sur lequel se construit une société équitable, inclusive et résiliente. Pourtant, malgré des décennies de progrès, des défis majeurs subsistent. Selon le dernier rapport du Global Education Monitoring (GEM) Report de l’UNESCO, dirigé par Anna D’Addio, près de 273 millions d’enfants et de jeunes restent exclus des systèmes éducatifs, un chiffre en hausse depuis sept années consécutives.

Face à cette réalité, des pays comme le Burkina Faso et le Maroc ont engagé des réformes audacieuses mêlant évidence scientifique, volonté politique et innovation pédagogique. À travers les témoignages de Koumbou Boly Barry, ancienne ministre de l’Éducation au Burkina Faso, de Imane Fahli, conseillère principale au ministère marocain de l’Éducation, et de Amin Marei, chercheur à la Harvard Graduate School of Education, cet article explore comment la convergence entre recherche, politique et pratique peut transformer les systèmes éducatifs. Nous analyserons les succès, les obstacles et les leçons à tirer pour une éducation plus juste et efficace.

Repenser l’éducation : de l’accès à la qualité

Koumbou Boly Barry, ancienne ministre de l’Éducation au Burkina Faso, insiste sur la nécessité de repenser l’éducation comme un levier de justice sociale et de dignité. Lors de son mandat, elle a mis en place des réformes visant à améliorer la formation des enseignants, à renforcer le dialogue avec les syndicats et à intégrer les populations marginalisées, notamment les enfants en situation de handicap et les filles en milieu rural.

« L’éducation doit être guidée par des valeurs d’équité, de dignité et de justice sociale. Un système ne peut être performant s’il ne garantit pas les droits fondamentaux de tous », indique Boly Barry. Les points clés de la réforme burkinabè incluent la formation des enseignants avec un passage d’une durée d’un an à deux ans, un accent sur la pédagogie inclusive et l’adaptation aux besoins locaux.

Le dialogue social a également été renforcé avec la mise en place de réunions mensuelles avec les syndicats pour co-construire les politiques éducatives. Une approche communautaire a été adoptée pour impliquer les parents et les acteurs locaux afin de réduire les inégalités d’accès, notamment pour les filles et les enfants handicapés.

Les résultats ont montré une réduction des grèves des enseignants grâce à une meilleure reconnaissance de leur rôle et une amélioration de la qualité de l’enseignement dans les zones rurales grâce à des programmes de mentorat et de soutien psychologique pour les enseignants. Cependant, des défis persistent, notamment un financement insuffisant pour généraliser les innovations et une résistance culturelle à l’inclusion des enfants handicapés dans certaines régions.

Lire aussi : Forum de l’enseignant : cap sur la réforme pédagogique

Au Maroc, Imane Fahli, conseillère principale à l’Unité d’Appui à la Réforme, a joué un rôle central dans la mise en œuvre du programme Écoles pionnières, une initiative phare du roadmap 2022-2026. Ce programme vise à transformer l’apprentissage fondamental en s’appuyant sur des données probantes et une gouvernance participative. « Nous avons réalisé que 80% de nos élèves n’avaient pas le niveau attendu en lecture et en calcul. Il fallait agir vite, avec des solutions adaptées et mesurables », souligne-t-elle.

Les stratégies clés du programme incluent une évaluation diagnostique utilisant le test ACER adapté du modèle indien Pratham pour identifier les lacunes des élèves dès la rentrée scolaire. Six semaines de cours de rattrapage sont organisées pour les élèves en difficulté, suivies d’un nouveau test pour mesurer les progrès. Une pédagogie structurée a été introduite avec des cours scriptés pour standardiser la qualité de l’enseignement, surtout dans les zones défavorisées. Un système de monitoring a été mis en place pour ajuster les stratégies en fonction des résultats terrain.

Les résultats préliminaires montrent une amélioration significative des compétences en lecture et en calcul chez les élèves des écoles pionnières, une réduction des inégalités entre zones urbaines et rurales grâce à une allocation ciblée des ressources et un renforcement de la confiance des enseignants grâce à un accompagnement continu et une valorisation de leur rôle. Cependant, des obstacles subsistent, notamment une résistance au changement chez certains enseignants habitués à des méthodes traditionnelles et la nécessité d’un financement durable pour étendre le programme à toutes les écoles du pays.

L’appui de la recherche et des données : le rôle du GEM Report

Anna D’Addio, chef de l’éducation politique au GEM Report de l’UNESCO, souligne l’importance des données globales pour éclairer les décisions nationales. Le rapport 2026 sur l’accès et l’équité révèle que malgré des progrès en matière de scolarisation, les inégalités persistent, notamment pour les filles, les enfants handicapés et les populations rurales. « Les données doivent servir à identifier les exclusions et à concevoir des politiques ciblées. Sans cela, les réformes risquent de reproduire, voire d’aggraver, les inégalités », indique-t-elle.

Les principaux enseignements du GEM Report 2026 montrent que l’équité ne se décrète pas, elle nécessite des indicateurs précis et des mécanismes de suivi pour mesurer les progrès. L’inclusion des langues locales est cruciale pour l’apprentissage fondamental, surtout en Afrique. La convergence des acteurs : gouvernements, chercheurs, enseignants, communautés, est indispensable pour une réforme durable.

Un exemple concret est celui de l’Éthiopie où l’utilisation de langues maternelles dans l’enseignement primaire a permis d’améliorer les taux de rétention scolaire de 20% en cinq ans. Cependant, des limites perdurent, notamment un manque de données désagrégées dans de nombreux pays rendant difficile l’identification des groupes les plus vulnérables et une dépendance aux bailleurs de fonds qui imposent parfois des priorités déconnectées des réalités locales.

Lire aussi : Enquête TALIS 2024 : profil, pratiques et défis des enseignants

Amin Marei, chercheur à la Harvard Graduate School of Education, met en lumière le rôle central des enseignants dans la réussite des réformes. Selon lui, les programmes de formation doivent être concrets, adaptés au terrain et soutenus par les institutions. Selon lui, « un enseignant bien formé mais non soutenu par son système échouera. Il faut une approche holistique alliant formation, ressources et reconnaissance ».

Les bonnes pratiques identifiées incluent le programme Escola Sem Partido au Brésil, qui a renforcé la neutralité politique dans les salles de classe tout en améliorant la formation des enseignants, ainsi que l’initiative Education 2.0 en Égypte, qui a intégré la technologie en classe mais a échoué en raison d’une préparation insuffisante des enseignants.

Les recommandations incluent l’implication des enseignants dans la conception des réformes pour garantir leur adhésion et l’évaluation en continu de l’impact des formations sur les pratiques en classe.

Vers une convergence transformative : leçons et perspectives

Les expériences du Burkina Faso et du Maroc, ainsi que les analyses du GEM Report, montrent que la convergence entre recherche, politique et pratique repose sur une volonté politique forte, des données fiables et accessibles, l’inclusion de tous les acteurs et un financement durable.

Les défis à relever incluent la fragmentation des systèmes, la déshumanisation de l’éducation et l’adaptation aux contextes locaux. Pour l’avenir, les pistes suggérées portent sur le renforcement des partenariats Sud-Sud, l’intégration éthique de l’intelligence artificielle et la création d’observatoires nationaux pour suivre en temps réel l’impact des réformes.

Les réformes éducatives au Burkina Faso et au Maroc, éclairées par les analyses de Anna D’Addio et de Amin Marei, montrent qu’une éducation de qualité pour tous est possible à condition de placer l’équité au cœur des politiques, de s’appuyer sur des données fiables pour guider les décisions, d’impliquer tous les acteurs et d’assurer un financement stable ainsi qu’une volonté politique durable.

Comme le rappelle Koumbou Boly Barry, « l’éducation doit être un projet de société où chaque enfant, chaque enseignant et chaque parent a sa place. Ce n’est pas seulement une question de chiffres, mais de dignité et de justice ».

À l’heure où l’intelligence artificielle et les mutations sociales redéfinissent les enjeux éducatifs, ces leçons sont plus pertinentes que jamais. La convergence entre recherche, politique et pratique n’est pas une option, mais une nécessité pour construire des systèmes éducatifs résilients, inclusifs et humains.

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