Croissance : pourquoi le FMI et Bank Al-Maghrib affichent des prévisions contrastées pour 2026
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C’est, en substance, le scénario dessiné par le Fonds monétaire international (FMI), qui anticipe une progression du produit intérieur brut (PIB) réel de 4,4% en 2026, avant 4,5% en 2027. Une projection solide, mais encore en retrait par rapport à celle de Bank Al-Maghrib, qui affiche un scénario nettement plus optimiste pour 2026, à 5,6%.
Cette différence d’appréciation illustre à la fois la vigueur attendue de l’économie marocaine et les incertitudes qui continuent de peser sur sa trajectoire. Si les deux institutions convergent sur l’idée d’une reprise portée par l’investissement et par un meilleur rythme d’activité dans plusieurs secteurs, elles ne retiennent pas les mêmes hypothèses quant à l’ampleur du rebond ni à la vitesse de sa consolidation.
Des perspectives favorables, mais sous conditions
Le FMI a rendu publique son estimation lundi 23 mars, à l’issue de la consultation au titre de l’article IV, combinée à l’examen à mi-parcours de la ligne de crédit flexible conclue avec le Maroc.
Dans son diagnostic, l’institution de Washington souligne que les perspectives économiques du Maroc demeurent favorables, notamment grâce à la performance du secteur agricole et à la continuité de l’effort public en matière d’investissement. À ses yeux, la dynamique engagée devrait permettre d’installer, à moyen terme, une croissance à des niveaux jugés solides.
Le Fonds estime que l’augmentation des investissements publics constitue un levier important, non seulement pour soutenir l’activité, mais aussi pour favoriser la création d’emplois.
Il avertit toutefois que cet effet positif ne sera durable qu’à certaines conditions : une bonne maîtrise des risques, une meilleure valorisation du capital humain et la poursuite des réformes structurelles.
En d’autres termes, la dépense publique ne suffit pas à elle seule à enclencher une croissance robuste et inclusive ; encore faut-il qu’elle soit accompagnée d’un renforcement de la productivité, de l’efficacité de l’administration économique et de l’intégration plus large du secteur privé.
Dans son analyse, le FMI insiste également sur la question de l’inflation. Celle-ci, actuellement faible, devrait selon l’institution remonter temporairement sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie, avant de se stabiliser autour de 2% à moyen terme.
Le message est clair : la pression inflationniste ne devrait pas, à ce stade, remettre en cause la stabilité macroéconomique du pays, même si des tensions ponctuelles restent possibles à court terme.
Le FMI se montre aussi attentif aux équilibres budgétaires. Il considère que la consolidation budgétaire, associée à une meilleure mobilisation des recettes, pourrait dégager davantage de marges de manœuvre pour les dépenses sociales et les investissements prioritaires.
Le raisonnement de l’institution repose sur une idée simple ; la soutenabilité des finances publiques n’est pas contradictoire avec l’investissement, à condition que l’État élargisse sa base de recettes et améliore l’allocation de ses ressources. Dans cette perspective, la qualité de la dépense publique devient aussi importante que son niveau.
Mais cette lecture relativement confiante ne masque pas les fragilités immédiates. Le FMI avertit que les perspectives de croissance à court terme sont assombries par le conflit au Moyen-Orient, lequel affecte le Maroc principalement à travers deux canaux : les perturbations sur les marchés mondiaux des matières premières et l’affaiblissement de la demande mondiale dans un climat d’incertitude accrue.
Autrement dit, même si l’économie marocaine paraît aujourd’hui mieux armée qu’au cours d’autres épisodes de tensions internationales, elle demeure exposée aux chocs externes qui peuvent peser sur les prix, les échanges et la confiance des investisseurs.
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Une divergence d’anticipations entre le FMI et Bank Al-Maghrib
Cette prudence du FMI contraste avec l’évaluation plus ambitieuse de Bank Al-Maghrib (BAM). À l’issue de la réunion de son conseil, mardi 17 mars à Rabat, BAM a en effet anticipé une croissance de 5,6% en 2026, misant elle aussi sur le renforcement des investissements publics et la poursuite des réformes structurelles.
La divergence ne porte donc pas sur la direction générale de l’économie, mais sur son intensité. Le FMI envisage un rythme soutenu mais mesuré, tandis que la Bank Al-Maghrib retient un scénario de rebond plus affirmé.
Cette différence d’ordres de grandeur renvoie sans doute à des hypothèses distinctes sur la campagne agricole, la vitesse de mise en œuvre des projets publics, l’effet d’entraînement sur l’investissement privé et l’impact de la demande extérieure. Elle peut aussi traduire des approches méthodologiques différentes ; les institutions ne modélisent pas toujours les mêmes variables avec le même degré d’optimisme, ni sur le même horizon.
Le projet de loi de finances 2026 semble toutefois conforter l’idée d’un rôle accru de l’investissement public dans la prochaine phase de croissance. Le texte prévoit une hausse des dépenses d’investissement orientées vers les infrastructures de transport, la modernisation logistique, les services publics et l’agriculture. L’objectif affiché est de soutenir l’activité à court terme, attirer les capitaux privés, mais aussi renforcer la compétitivité du tissu productif et stimuler l’emploi. Dans le contexte actuel, cette orientation budgétaire apparaît comme l’un des principaux instruments de politique économique à la disposition de l’exécutif.
Le FMI, pour sa part, considère que cette stratégie peut produire des résultats durables à condition que les autorités maintiennent des politiques macroéconomiques prudentes et poursuivent les réformes engagées. Cette exigence est récurrente dans les analyses de l’institution : l’investissement public, s’il est mal ciblé ou insuffisamment accompagné, peut générer moins de retombées qu’escompté. À l’inverse, lorsqu’il est adossé à une amélioration du climat des affaires, à une meilleure gouvernance et à une montée en compétence de la main-d’œuvre, il peut accélérer la transformation structurelle de l’économie.
Le capital humain et le rôle clé du secteur privé
Le capital humain figure ainsi au cœur des préoccupations du FMI. L’institution estime qu’une croissance plus soutenue passe aussi par une meilleure formation, une plus forte employabilité et une capacité accrue de l’économie à convertir les investissements en valeur ajoutée et en emplois durables.
Ce point est essentiel dans le cas du Maroc, où le défi n’est pas seulement de faire croître le PIB, mais aussi de s’assurer que cette croissance se diffuse dans l’ensemble du territoire et profite à un plus grand nombre.
La question de l’emploi demeure, en effet, centrale. L’augmentation de l’investissement public peut créer des chantiers, activer des sous-traitants et soutenir certains secteurs, mais son effet sur l’emploi dépend de la qualité du tissu productif et de la capacité du secteur privé à prendre le relais.
Le FMI souligne d’ailleurs la nécessité d’une participation accrue du privé aux investissements dans les infrastructures, condition jugée décisive pour maintenir une croissance solide à moyen terme. Cette implication du secteur privé est souvent présentée comme un multiplicateur d’efficacité car elle permettrait de compléter l’action de l’État et de réduire la dépendance exclusive aux dépenses publiques.
À moyen terme, les projections convergent tout de même vers une normalisation graduelle autour de niveaux de croissance plus soutenus qu’au cours des dernières années. Le FMI prévoit 4,5% en 2027, puis environ 4% à moyen terme, sous réserve d’une normalisation de la production agricole et d’une plus grande mobilisation du secteur privé dans les infrastructures.
BAM évoque pour 2027 une croissance de 3,5%, ce qui montre que l’écart entre les institutions persiste au-delà de l’horizon immédiat. Malgré ces écarts, les deux lectures partagent un même fil conducteur, à savoir que le Maroc reste engagé dans une phase de reprise et d’investissement, avec une marge de progression qui dépendra de la capacité à transformer l’effort public en gains structurels.
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Une croissance encore tributaire de l’agriculture et des choix budgétaires
La référence à la production agricole n’est pas anodine. Dans une économie marocaine encore fortement sensible aux variations climatiques, la campagne agricole continue d’exercer une influence majeure sur la croissance annuelle. Une bonne saison peut entraîner une accélération marquée du PIB, tandis qu’un épisode de sécheresse ou une récolte médiocre peuvent rapidement freiner l’ensemble de l’économie.
C’est pourquoi le FMI, tout en saluant les perspectives favorables, conserve une certaine prudence : la soutenabilité de la croissance ne peut pas reposer uniquement sur l’aléa agricole.
La poursuite des investissements publics constitue donc un second pilier essentiel. Ces investissements, s’ils sont bien exécutés, peuvent contribuer à moderniser les réseaux, améliorer la fluidité logistique, renforcer l’accès aux services publics et créer un environnement plus propice à l’activité économique.
Ils peuvent aussi accompagner les réformes engagées dans plusieurs secteurs stratégiques, de l’agriculture aux transports, en passant par la formation et l’administration. Toutefois, leur efficacité dépendra de la rapidité d’exécution, de la qualité de la gouvernance des projets et de leur articulation avec les besoins réels de l’économie.
Dans ce contexte, la consolidation budgétaire évoquée par le FMI apparaît moins comme une contrainte que comme une condition de crédibilité. Le Maroc doit en effet préserver des marges de manœuvre pour financer ses priorités sociales et économiques sans fragiliser la stabilité de ses comptes publics. L’enjeu consiste donc à trouver un équilibre entre soutien à la croissance, investissement dans l’avenir et discipline budgétaire. C’est là, sans doute, l’un des principaux défis de la période.
Le débat entre le FMI et Bank Al-Maghrib sur le niveau exact de croissance attendu en 2026 ne doit pas masquer l’essentiel : le Maroc semble entrer dans une phase où les fondamentaux économiques restent relativement porteurs, mais où les résultats dépendent fortement de l’exécution des politiques publiques et de l’environnement international.
Entre les risques liés aux tensions géopolitiques, aux marchés de l’énergie et à l’incertitude mondiale, et les opportunités offertes par l’investissement et les réformes, la trajectoire du pays demeure prometteuse, mais non acquise.
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