Le Maroc est repassé à GMT+1. Une « heure maudite » rejetée par la majorité des citoyens. Il faut dire ce que le mois sacré de Ramadan a révélé, cette année encore. Pendant un mois, les Marocains ont vécu une sorte de trêve avec le temps. GMT (l’heure légale) a redonné aux matins leur consistance, aux corps leur rythme. Pas besoin de chercher un mot savant pour décrire ce que tout le monde a ressenti. Les gens priaient, mangeaient, dormaient, se levaient sans avoir l’impression de tricher sur l’heure. Rien de spectaculaire. Juste quelque chose qui fonctionnait mieux. Et puis le mois sacré a pris fin et les aiguilles ont repris leur morsure.
Nouveauté cette année. Une pétition a été lancée pour pousser l’exécutif à en finir avec cette heure et revenir tout de l’année au fuseau horaire Greenwich. Près de 200.000 signatures sur Change.org. Un record qui démontre le ras-le-bol de nos concitoyens par rapport à cette angoisse temporelle. Cela fait sept ans que cette décision tient (GMT+1 à l’année, sauf suspension temporaire pendant le mois de jeûne), comme un aveu discret que le corps humain ne suit pas. Sept ans de matins dans le noir, de réveils décalés, d’enfants scolarisés avant l’aube. Ce que les études ont fini par dire, c’est que le corps humain ne s’adapte pas vraiment. Il compense. Ce n’est pas la même chose.
L’argument qui a tenu jusqu’ici, c’est celui des économies d’énergie. Quelques minutes d’éclairage en moins le soir. C’est peut-être vrai. Mais personne n’a vraiment chiffré l’autre côté : ce que ça coûte, en consultations, en accidents, en matins ratés. Ou alors si, et on a préféré ne pas trop en parler. Les initiateurs de la campagne n’ont pas voulu en rester là. Ils annoncent une autre pétition officielle, constitutionnelle cette fois-ci, celle qui oblige théoriquement les institutions à répondre. L’article 15 de la Constitution est explicite là-dessus : les citoyens ont le droit de présenter des pétitions aux pouvoirs publics. Ce droit existe depuis 2011. La plupart des gens ne savent pas qu’il existe.
La mécanique, elle, est précise. Un mandataire et un comité de neuf membres minimum, tirés des rangs des signataires, avec une attention portée à la parité. Une note explicative qui argumente la demande (sanitaire, sociale, économique, peu importe, du moment que ça tient devant une commission). Et eParticipation.ma, la plateforme nationale, dont beaucoup de Marocains ignorent l’existence. C’est pourtant le seul chemin valide.
Le seuil légal pour une pétition nationale ? 5.000 signatures d’électeurs inscrits sur les listes. Pas des abonnés du réseau social X. Pas des comptes créés la veille. Des électeurs. La loi organique n° 44.14 est formelle là-dessus et la loi n° 70.21 qui l’a modifiée n’a pas changé cette exigence. Un sondage en ligne, ça se partage. Une pétition constitutionnelle, ça s’instruit. 5.000 face à 200.000. L’écart est si large qu’il en devient presque gênant pour ceux qui auraient voulu minimiser la mobilisation.
Reste la partie que personne n’aime évoquer. Une fois le quorum atteint, le dossier part en commission pour vérification de conformité. Le chef du gouvernement a 30 jours pour se prononcer sur la recevabilité. Puis 60 jours pour notifier la décision finale. 90 jours au total. Dans le meilleur des cas. Ce genre de délai, dans ce genre de procédure, c’est souvent là que les énergies s’épuisent. Pas forcément un non. Plutôt un silence administratif qui dure.
Ce que les organisateurs de la campagne pour l’abandon du GMT+1 ont compris, c’est que la rue numérique et la procédure institutionnelle sont deux choses séparées. La mobilisation numérique crée une pression. La procédure institutionnelle, quand elle aboutit, crée une obligation. Ce n’est pas le même registre. Passer de l’une à l’autre demande une discipline que les mobilisations spontanées n’ont pas toujours.
Sept ans et la même conversation qui recommence, un peu plus lasse à chaque fois. Cette année, 200.000 personnes semblent penser qu’il est temps de tenter autre chose. On verra si les institutions pensent pareil.
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Merci pour cet article qui alerte sur une situation pour laquelle je ne sais quel ténébreux lobby impose à toute une société la souffrance au quotidien de ce décalage horaire antisocial et pathologique pour les plus vulnérables d’entre nous, enfants, familles, seniors et j’en passe.