La médecine à distance, pour qui ? pour quoi ? combien ?
Le 26 mars 2024, le roi Mohammed VI a procédé, à Lissasfa, à la pose de la première pierre d’un Centre médical de proximité et au lancement de la deuxième phase du programme des Unités médicales mobiles connectées, de la Fondation Mohammed V pour la Solidarité © MAP
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Dans certaines zones rurales du Maroc, consulter un spécialiste peut relever du parcours du combattant. Des heures de route, parfois plusieurs mois d’attente pour obtenir un rendez-vous… C’est précisément ce fossé que la télémédecine tente aujourd’hui de combler. Via des équipements médicaux connectés et à des plateformes sécurisées, des médecins peuvent examiner, orienter ou conseiller des patients à distance, en temps réel. Cette pratique, encadrée par une réglementation spécifique au Maroc, commence à se déployer à plus grande échelle. A la croisée de la technologie et de la santé publique, elle ouvre la voie à une nouvelle manière de soigner, plus accessible et plus rapide.
La télémédecine, une réponse aux inégalités d’accès aux soins ?
Au Maroc, l’accès aux soins reste marqué par de fortes disparités territoriales. Si les grandes villes concentrent hôpitaux, cliniques et spécialistes, de nombreuses zones rurales ou enclavées continuent de souffrir d’un manque de médecins. C’est dans ce contexte que la télémédecine peut être une solution.
Par définition, la télémédecine consiste à pratiquer la médecine à distance grâce aux technologies de communication. Au Maroc, la pratique est encadrée par un décret qui fixe clairement les usages autorisés. Parmi eux figurent notamment la téléconsultation, qui permet à un patient de consulter un médecin à distance, et la téléexpertise, qui permet à un professionnel de santé de solliciter l’avis d’un spécialiste pour affiner un diagnostic ou orienter une prise en charge.
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Pour Saad Chaacho, Docteur en médecine, spécialisé en informatique médicale et directeur général de Mediot, ces outils répondent à une nécessité bien réelle. Le système de santé marocain fait face à une pénurie de médecins, accentuée par le départ d’une partie d’entre eux vers l’étranger. Dans ce contexte, il devient difficile de garantir la présence équitable de spécialistes dans toutes les régions. La télémédecine permet alors de contourner cette contrainte en mettant les compétences médicales à disposition là où elles manquent.
Concrètement, un infirmier ou un médecin généraliste peut aujourd’hui réaliser un examen dans un centre de santé isolé tout en étant assisté, à distance, par un spécialiste. Les images, les données médicales et les résultats d’examens sont transmis en temps réel, permettant au médecin distant d’analyser la situation et de poser un diagnostic. Une manière, en gros, de faire circuler l’expertise médicale sans forcément déplacer les patients.
Des unités médicales connectées
C’est sur le terrain que la télémédecine prend aujourd’hui tout son sens. Depuis plusieurs années, le Maroc déploie progressivement des unités médicales mobiles connectées destinées à intervenir dans les zones les plus éloignées des infrastructures hospitalières. Cela afin de rapprocher les soins des populations qui en sont le plus éloignées et offrir, même dans les régions reculées, un accès à des spécialistes.
Ce programme s’inscrit dans le cadre d’un partenariat réunissant le ministère de la Santé, la Fondation Mohammed V pour la solidarité et l’entreprise marocaine Mediot, spécialisée dans les technologies de la santé. Concrètement, ces unités mobiles se déplacent dans les villages et les zones rurales avec à leur bord du matériel médical connecté et des équipes soignantes. Sur place, les patients sont examinés par un médecin généraliste ou un infirmier, tandis que les spécialistes interviennent à distance lorsque cela est nécessaire.
Le dispositif repose sur des équipements capables de transmettre en temps réel des images précises et des données médicales. Un exemple cité par le Dr Chaacho, lors de l’African Press Day, à Nairobi, est celui des échographes connectés. Une femme enceinte vivant dans une zone enclavée peut ainsi réaliser une échographie sur place, guidée par un spécialiste situé à plusieurs centaines de kilomètres. Le médecin à distance observe les images en direct, oriente le geste de l’infirmier et peut poser un diagnostic ou recommander un suivi.
Selon les données communiquées par les responsables du programme, plus de 1,4 million de patients ont déjà été pris en charge grâce à ces unités médicales mobiles. Une part importante des consultations donne lieu à des téléexpertises, permettant à plusieurs spécialistes d’intervenir rapidement dans l’évaluation d’un cas.
Au-delà des chiffres, ces dispositifs changent concrètement le quotidien de nombreux habitants. Là où l’accès à un spécialiste nécessitait autrefois un long déplacement, un simple passage de l’une des unités médicales dans le village, lancées le 28 octobre 2023 par le roi Mohammed VI, peut désormais suffire pour obtenir un diagnostic et engager un traitement.
Une innovation marocaine portée par la health tech
Au Maroc, plusieurs entreprises se positionnent désormais sur le créneau de la e-santé, avec l’ambition de concevoir des solutions adaptées aux réalités du terrain. Elles combinent des technologies médicales, une conception d’équipements, un développement de logiciels et une exploitation de services de télémédecine.
Concrètement, ces dispositifs prennent différentes formes. Il peut s’agir de chariots médicaux équipés d’appareils de diagnostic connectés, de mallettes transportables destinées aux consultations mobiles ou encore de cabines de télémédecine permettant de réaliser plusieurs examens à distance. Ces équipements sont conçus pour transmettre des données médicales fiables en temps réel, condition indispensable pour permettre aux spécialistes de poser un diagnostic à distance.
A ces outils s’ajoutent désormais des technologies plus avancées, notamment des systèmes d’intelligence artificielle destinés à assister les professionnels de santé. Ces solutions permettent par exemple d’analyser les données recueillies lors d’une consultation et d’orienter le praticien vers le spécialiste le plus approprié. L’objectif n’est pas de remplacer le médecin, mais de faciliter la prise de décision et de gagner un temps précieux dans la prise en charge des patients.
Un cadre réglementaire déjà en place
Au Maroc, la pratique est aujourd’hui encadrée par une réglementation spécifique qui fixe les conditions dans lesquelles les actes médicaux à distance peuvent être réalisés. Le décret consacré à la télémédecine définit plusieurs types d’actes autorisés, parmi lesquels la téléconsultation et la téléexpertise. Mais il impose également un certain nombre d’exigences destinées à garantir la sécurité des patients et la fiabilité des diagnostics. Car, contrairement à une idée parfois répandue, la télémédecine ne se résume pas à une simple consultation par téléphone ou via une application de messagerie.
Les équipements utilisés doivent notamment répondre aux normes des dispositifs médicaux et être certifiés par les autorités compétentes. L’enjeu est de s’assurer que les images, les mesures ou les examens transmis à distance soient suffisamment précis pour permettre au médecin de poser un diagnostic fiable. Une caméra de mauvaise qualité ou un appareil non homologué pourrait par exemple conduire à passer à côté d’une pathologie.
La question des données de santé constitue également un point central. Les informations médicales des patients sont considérées comme particulièrement sensibles et leur circulation est strictement encadrée. Les plateformes utilisées doivent donc respecter les exigences de protection des données personnelles et garantir que ces informations ne soient ni exposées ni transférées vers des serveurs non sécurisés.
Par ailleurs, malgré ces avancées, la télémédecine peine encore à s’imposer pleinement, notamment dans le secteur privé. La principale raison tient à une question très concrète : le remboursement des actes médicaux. Aujourd’hui, au Maroc, les consultations réalisées à distance ne figurent pas encore dans la tarification nationale de référence, qui sert de base au remboursement par les organismes d’assurance maladie.
En pratique, cela signifie qu’une téléconsultation peut être réalisée, mais qu’elle ne bénéficie pas encore d’une prise en charge par les systèmes d’assurance. Pour les patients comme pour les professionnels de santé, cette absence de remboursement est encore un frein au développement de la pratique, en particulier dans les cliniques et les cabinets privés.
Pourtant, sur le plan médical, la consultation à distance ne diffère pas fondamentalement d’une consultation classique. Le médecin mobilise le même temps, la même expertise et engage la même responsabilité. La différence réside uniquement dans le mode de communication utilisé pour échanger avec le patient ou avec un confrère spécialiste.
Les discussions autour de cette question sont néanmoins bien engagées.
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