La fin de la ligne Rabat-Essaouira : un contresens touristique

La suppression soudaine de la liaison aérienne Rabat–Essaouira opérée par Air Arabia n’est pas un simple ajustement commercial. C’est une décision lourde de conséquences, qui touche à la fois à l’équilibre territorial, à la vitalité économique régionale et à la vision même que nous devons avoir du tourisme national.

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Tribune

Nadia Doghmi

Actrice du secteur touristique, gérante d’un riad à Salé, engagée pour le développement du tourisme de proximité, l’équité et la solidarité territoriale au Maroc

Temps de lecture : Publié le 28/10/2025 à 17:46
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Dans un contexte où Essaouira connaît un essor remarquable — fréquentation touristique record, festivals internationaux, explosion du tourisme intérieur — cette annonce résonne comme une note dissonante. Elle n’est ni motivée par une faiblesse structurelle de la destination, ni justifiée par une baisse de la demande. Elle révèle surtout un déficit stratégique en matière de communication, de promotion et de vision à long terme.

Ce retrait est d’autant plus inquiétant qu’il isole deux pôles touristiques majeurs : Essaouira et Rabat. Car Rabat n’est plus simplement une capitale administrative. Elle est devenue, ces dernières années, une destination touristique à part entière, inscrite au patrimoine mondial, dotée d’une offre culturelle et patrimoniale en pleine expansion. Priver les voyageurs de cette liaison, c’est casser une dynamique d’échanges entre deux territoires complémentaires.

C’est aussi priver les visiteurs internationaux de correspondances pratiques entre une capitale de rayonnement et une destination balnéaire et culturelle unique. Ce type de coupure logistique va à l’encontre des logiques modernes de mobilité touristique intégrée. Dans une période où le Maroc s’efforce de renforcer son attractivité globale et de consolider le tourisme intérieur, fermer une ligne qui relie deux destinations stratégiques relève d’un contresens manifeste.

Ce n’est pas la destination qui a failli, c’est le manque d’ambition dans la promotion et la construction d’une offre cohérente. Au lieu de repenser le positionnement, d’intensifier la communication et de s’appuyer sur les acteurs territoriaux, l’opérateur a préféré se retirer silencieusement. Une attitude qui fragilise tout un écosystème économique : maisons d’hôtes, hôtels, festivals, artisans, restaurateurs, transporteurs et guides touristiques.

Ce qui se joue ici dépasse une simple liaison aérienne. C’est une question d’équité et de solidarité territoriale, de stratégie nationale et de vision à long terme. En privant les habitants de Rabat-Salé d’un accès direct à Essaouira — et réciproquement —, on accentue l’enclavement territorial et on affaiblit le maillage touristique national. Une liaison Rabat–Essaouira–Dakhla aurait pu incarner une stratégie ambitieuse, soutenant le développement d’un tourisme intelligent, fluide et connecté. Au lieu de cela, un partenaire clé a choisi de tourner le dos à une réussite collective. Il est urgent que les pouvoirs publics, les collectivités territoriales, les opérateurs touristiques et les acteurs institutionnels — y compris Holmarcom, actionnaire de référence de la compagnie — prennent la mesure de cette décision.

Ce dossier ne relève pas d’un simple tableau Excel. Il concerne l’avenir d’un modèle de mobilité et de développement régional. Les territoires ne doivent plus subir des décisions stratégiques prises à distance, sans concertation, comme si leurs réalités économiques n’existaient pas. Cette liaison doit être relancée, repensée et consolidée, non pas pour le confort de quelques voyageurs, mais au nom d’une vision cohérente du Maroc touristique et économique.

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