Le Maroc, nouvel eldorado de l’aéronautique : entre ambitions industrielles et défis stratégiques
Lors de la 8e éditions de l'Aerospace meeting à Casablanca, une table ronde a été organisé en présence de plusieurs représentants d'acteurs incontournable du secteur de l'aéronautique au Maroc © LeBrief
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Mais derrière ce succès apparent, une nouvelle étape se dessine. L’ambition marocaine n’est plus seulement d’attirer des sous-traitants, mais de bâtir un véritable écosystème intégré et autonome, capable de répondre aux exigences mondiales en matière de compétitivité, d’innovation et de durabilité. Dans ce contexte, une table ronde a été organisée à l’occasion de la 8ᵉ édition de l’Aerospace Meeting, réunissant institutions publiques, fonds d’investissement et grands industriels. Ces acteurs ont apporté un éclairage précieux, mettant en lumière non seulement les opportunités exceptionnelles offertes par la croissance fulgurante du secteur — estimée à près de 20% par an —, mais aussi les défis qui conditionneront sa pérennité.
Un État stratège au service de l’industrie
Dès l’ouverture des discussions, Meriem Kebbadj, cheffe du département aéronautique et électronique à l’Agence marocaine de développement, d’investissement et d’exportation (AMDIE), a rappelé le rôle moteur de l’État. Elle a souligné, à ce titre, que l’organisme qu’elle représente propose un accompagnement personnalisé aux entreprises internationales souhaitant s’implanter localement, en facilitant l’accès à l’information, aux mécanismes de financement et aux aides publiques directes pouvant atteindre 30%.
Au-delà de l’appui financier, une panoplie d’outils a été mise en place pour renforcer la compétitivité de la chaîne de valeur. L’objectif est de doter le pays d’un environnement favorable à l’investissement industriel et durable, tout en attirant de nouveaux acteurs de l’aéronautique mondiale.
D’autre part, l’une des pierres angulaires de cette stratégie repose sur le capital-investissement. Avec un fonds doté de 150 M€, Alphavest Capital illustre cette dynamique. Comme l’explique son directeur d’investissement, Gauthier Tanneau, le fonds intervient de diverses manières : rachat d’entreprises déjà installées, accompagnement de sociétés étrangères souhaitant s’implanter, ou encore investissements directs aux côtés d’acteurs marocains.
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Les tickets d’investissement, compris entre 2,5 et 23 M€, permettent de soutenir des projets structurants. Gauthier Tanneau cite ainsi l’exemple de TDM Aerospace, créée en 2017 et devenue une véritable success story locale, qui illustre la pertinence de cette stratégie. Par ailleurs, le fonds s’est fixé pour mission de combler les chaînons manquants de la supply chain marocaine, afin de réduire la dépendance aux importations européennes et de renforcer l’autonomie industrielle.
Toutefois, les industriels de premier plan ne sont pas en reste. Damien Romegoux, directeur responsable du segment mécanique – achats du groupe Thales, a retracé l’historique de l’implantation du géant français au Maroc. Les premières étapes, dès les années 2000, ont été marquées par la sous-traitance électronique, suivies en 2008-2009 d’une tentative, restée infructueuse, de développer la mécanique.
La véritable bascule survient en 2015, avec la décision d’investir dans la fabrication additive, une technologie critique pour l’avenir de l’aéronautique. Malgré la crise du COVID-19, qui a freiné le retour à la performance, les relations industrielles avec les sous-traitants marocains en sont ressorties renforcées. Aujourd’hui, Thales souligne l’importance de disposer d’une vision claire et d’une feuille de route pour construire un écosystème complet, allant de la matière première au produit fini.
Les atouts structurels du Maroc
Lors de cette table ronde, une question cruciale a été soulevée : pourquoi les entreprises choisissent-elles le Maroc ? Les participants s’accordent sur trois raisons principales. D’abord, la proximité géographique et culturelle avec l’Europe, notamment la France, qui facilite les échanges. Ensuite, le rapport coût/qualité de la main-d’œuvre, régulièrement cité comme un avantage compétitif déterminant. Enfin, les industriels soulignent la qualification du personnel et la soif d’apprendre des nouvelles générations.
Enfin, le Maroc bénéficie d’un soutien institutionnel solide, porté par la stabilité politique et la mobilisation des ministères en faveur de la croissance du secteur. Cette dynamique incite de nombreuses entreprises à suivre leurs donneurs d’ordre dans le Royaume, contribuant ainsi à renforcer l’écosystème local.
Toutefois, malgré ces succès, plusieurs défis subsistent. Le premier concerne la formation et le recrutement rapide de personnel qualifié pour répondre à la demande croissante. Le second touche à l’autonomie industrielle : si de nombreux fournisseurs étrangers sont présents, le développement d’acteurs marocains indépendants reste indispensable pour consolider l’écosystème.
Un autre enjeu crucial est la décarbonation. Les intervenants s’accordent à dire que, sans stratégie claire en matière d’énergies renouvelables, le Maroc pourrait voir ses ambitions freiner. Le pays s’est fixé pour objectif d’atteindre 50% d’énergies renouvelables d’ici à 2030, une orientation perçue comme un levier compétitif essentiel pour séduire les investisseurs internationaux.
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De plus, la sécurisation des sites industriels et le renforcement de la cybersécurité apparaissent comme des exigences incontournables, à la lumière des incidents récents survenus dans des groupes tels que Thales.
Par ailleurs, les investisseurs privés soulignent que le secteur aéronautique reste perçu comme risqué au Maroc, en raison de la dépendance à deux grands clients, Airbus et Boeing. Pourtant, les carnets de commandes et les backlogs révèlent un potentiel immense.
La stratégie des fonds tels qu’Alphavest Capital consiste à réduire les risques des projets en les accompagnant jusqu’à leur rentabilité, généralement sur 4 à 6 ans, avant de les transférer à des industriels ou investisseurs marocains. L’objectif est de démontrer que le secteur peut être rentable, afin d’attirer un capital national encore prudent.
Dans le secteur aéronautique, les perspectives de croissance sont impressionnantes. Selon certains intervenants, le marché marocain progresse chaque année d’environ 20%, avec un potentiel de triplement en cinq ans. Dans ce contexte, le financement n’est pas le principal obstacle : ce sont les capacités d’intégration locale, l’autonomie industrielle et le développement des compétences qui détermineront l’avenir du secteur.
À l’issue de ces échanges, un constat s’impose : le Maroc dispose de nombreux atouts pour devenir une plateforme aéronautique régionale et mondiale. Soutenu par une politique publique proactive, renforcé par l’arrivée d’investisseurs privés et appuyé par des partenariats solides avec les grands donneurs d’ordre, le Royaume progresse rapidement vers ses objectifs.
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