À un an de la fin de son quinquennat, Akhannouch présente son bilan et ses priorités
Aziz Akhannouch, chef du Gouvernement © DR
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Mercredi soir, le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a défendu, lors d’une émission spéciale diffusée sur Al Aoula et 2M, le bilan de quatre années d’action gouvernementale, qu’il a qualifié de «positif et concret» malgré un contexte international instable et des conditions climatiques difficiles. À travers ce nouveau rendez-vous médiatique, il a mis en avant les avancées économiques, sociales et institutionnelles, tout en fixant les priorités pour la dernière année du mandat.
Un bilan «positif et concret», selon Akhannouch
Aziz Akhannouch a présenté un bilan qu’il a qualifié de «positif et concret» de son action à la tête du gouvernement. Il a mis en avant la résilience de l’économie marocaine, qui a enregistré une croissance de 4,6% en 2025 et une moyenne de 4,4% depuis 2021, tout en réduisant le déficit budgétaire de 7,1% à 3,5%. Le chef de l’exécutif a également fait savoir que les ressources ordinaires de l’État sont passées de 229 à 427 milliards de DH entre 2020 et 2025.
Dans son intervention, Akhannouch a aussi souligné l’élargissement de la protection sociale, faisant savoir que plus de 11 millions de Marocains bénéficient désormais des programmes d’aide via le registre social unifié, doté d’un budget annuel de 9,5 MMDH. En parallèle, près de 4 millions de ménages profitent du programme d’aide directe, dont un million de personnes âgées et 300.000 veuves.
Côté emploi, l’exécutif revendique la création de 600.000 postes depuis 2021, en plus des recrutements dans l’administration. Dans le domaine de l’éducation, Aziz Akhannouch a rappelé que la rentrée 2025-2026 a accueilli 8,3 millions d’élèves, ajoutant que le nombre d’écoles pionnières est passé de 600 à 4.600, avec un objectif de 6.600 l’an prochain. Des aides directes de 200 à 300 DH ont été aussi distribuées aux familles pour la rentrée.
La santé reste un autre chantier prioritaire. Le gouvernement a lancé la réhabilitation de 1.400 centres de santé et d’hôpitaux provinciaux, ainsi que la création d’un CHU dans chaque région. Il prévoit aussi d’affecter 1.200 médecins spécialistes dans les régions et de renforcer la formation des étudiants en médecine.
Enfin, Akhannouch a insisté sur les projets liés à l’eau et à la reconstruction post-séisme. La station de dessalement de Casablanca, d’un coût de 6,5 MMDH, devrait être opérationnelle en 2026, aux côtés d’autres projets similaires. Le projet d’«autoroute de l’eau» relie déjà Sebou et Bouregreg pour approvisionner Rabat et Casablanca. Quant aux zones sinistrées d’Al Haouz, elles ont bénéficié de 51.000 logements reconstruits, 300 écoles et 100 structures de santé.
Dialogue social et perspectives 2026
Sur le plan institutionnel, Aziz Akhannouch a rappelé que le gouvernement a répondu à 70% des 30.000 questions parlementaires et adopté un nombre record de propositions de lois issues des députés. Avec l’opposition, il assure maintenir des relations «positives».
S’agissant des retraites, la réforme est reportée à 2031 au lieu de 2028 grâce à l’augmentation des salaires, mais elle nécessitera, selon lui, un consensus via un dialogue social «sérieux et novateur».
Interrogé également sur le projet de Loi de finances 2026, Akhannouch a expliqué que le PLF mettra l’accent sur les chantiers sociaux (assurance maladie obligatoire, logement, infrastructures routières), ainsi que sur la justice spatiale, mise en avant par le roi Mohammed VI dans son dernier discours.
Sur le plan politique, il a rappelé que les prochaines élections seront préparées sous la supervision du ministre de l’Intérieur, dans la neutralité et la transparence, ajoutant que les partis de la majorité, bien que connaissant des divergences normales, restent cohérents et engagés dans un «agenda clair».
Enfin, interrogé sur son désir de rester à la tête du gouvernement après les prochaines élections, il a précisé que «tout se fait étape par étape». Selon lui, il faut d’abord poursuivre le travail en cours, dresser un bilan complet de l’action gouvernementale, puis aborder les élections, dont les résultats détermineront l’avenir politique. Il a néanmoins reconnu que son parti, le Rassemblement national des indépendants, nourrit l’ambition d’être en tête à l’issue des législatives de 2026.
Un bilan jugé incomplet et peu transparent
Cet exercice de communication politique a suscité des réactions contrastées. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont dénoncé un manque de transparence et de courage dans les questions posées, estimant que le chef du gouvernement se réfugiait derrière quelques réalisations jugées insuffisantes et peu visibles dans le quotidien des Marocains. Certains ont même relevé des incohérences dans les chiffres présentés, citant l’exemple du nombre de logements reconstruits à Al Haouz, passé de 46.000 en juillet dernier à 51.000 en septembre, soit 5.000 de plus en seulement deux mois.
Interrogé par LeBrief, l’analyste politique Driss Aïssaoui estime que ce bilan reste «particulier», car il manquerait de profondeur et de données chiffrées pour appuyer les réalisations mises en avant. Selon lui, les téléspectateurs ont surtout retenu l’image d’un chef de gouvernement «satisfait» de sa gestion, mais sans réelle volonté d’entrer dans le détail.
«On n’a pas remarqué la présence de chiffres précis pour étayer ses résultats, que ce soit sur le plan économique ou social», a-t-il souligné, considérant que cette approche s’éloigne de la transparence attendue à ce niveau de responsabilité.
L’analyste rappelle aussi que l’émission, enregistrée à l’avance pour les deux chaînes publiques, n’offrait pas d’espace pour un véritable échange. «Akhannouch ne souhaitait pas se livrer à un exercice de transparence sur le plan économique ou politique. C’était plutôt un bilan tel qu’il le souhaite, sans remise en question, ni interrogation sur l’atteinte des objectifs fixés», explique Aïssaoui.
À ses yeux, le chef de l’exécutif est apparu davantage comme «un homme satisfait de sa situation et des résultats globaux de l’économie marocaine», plutôt que comme un dirigeant soucieux d’exposer les forces et les faiblesses de son action. Cet exercice lui aurait surtout permis «d’esquiver beaucoup de questions délicates qui auraient pu le mettre en difficulté».
Et parmi les sujets sensibles figure celui de l’appel d’offres pour la station de dessalement de Casablanca, attribué à un consortium incluant Afriquia Gaz, société appartenant à Aziz Akhannouch. Une affaire qui alimente les soupçons de conflit d’intérêts. Le chef du gouvernement s’est défendu en affirmant que la procédure avait été menée «dans le respect des règles et ouverte à la concurrence nationale et internationale. Mais pour Aïssaoui, cette explication reste insuffisante : «Nous restons sur notre faim par rapport à ce bilan. Sur le plan économique, Akhannouch n’a rien livré de ce qui était attendu», conclut-il.
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