« Si l’IA écrit mieux que moi, aurais-je encore envie d’écrire ? », Laurent Gounelle (Interview)
Laurent Gounelle © DR
A
A
A
A
Il y a eu des inquiétudes suite à l’apparition du premier téléphone portable, des critiques suite à l’essor des réseaux sociaux, des manifestations contre les dessins animés dits violents… et on en passe. Tantôt dans le premier clan de ceux qui ne comprennent pas l’angoisse de leurs parents, tantôt dans le deuxième… vingt ans plus tard. Ceux qui ont vu Facebook naître, et qui l’ont généreusement utilisé, se retrouvent face à l’ouragan IA, qu’ils critiquent copieusement.
Mais là, il s’agit d’emplois, de création et surtout d’éducation. Sous le thème « Lire à l’ère des écrans », intellectuels marocains et étrangers se sont retrouvés pour débattre du plus vieux des plaisirs, menacé par la plus moderne des addictions : les dispositifs numériques. C’est dans ce cadre que Laurent Gounelle, dont les romans se sont vendus à des millions d’exemplaires, a partagé ses réflexions sur la lecture, la dopamine et… l’intelligence artificielle. Débordant d’anecdotes personnelles, il a insisté sur le rôle des parents et des enseignants, avant de confier, en toute franchise, à LeBrief, ses doutes face à la montée en puissance des algorithmes créatifs.
Scroller ou tourner une page ?
« Les jeux vidéo et les contenus numériques sont conçus pour nous rendre accros », lance d’emblée Gounelle, évoquant la course à la dopamine orchestrée par chaque notification et chaque niveau gagné. L’écran, selon lui, offre un plaisir immédiat. À l’inverse, la lecture exige un engagement plus long, elle construit lentement cette même satisfaction, mais sur la durée.
Si l’auteur prône l’immersion livresque, il n’en dégage pas moins une mission pour les éducateurs : « Les parents doivent initier leurs enfants dès la tendre enfance », insiste-t-il, préconisant la lecture quotidienne d’histoires adaptées.
Rabia El Gharbaoui, spécialiste en sciences humaines présente lors du débat, renchérit : grâce à la lecture, « l’enfant devient le bâtisseur de sa vie », capable de se projeter, de visualiser et de construire mentalement son avenir, loin de la passivité numérique. Un vrai point de bascule, lorsqu’un ados découvre enfin le style littéraire qui le fait vibrer.
Entretien avec Laurent Gounelle
-Le Brief : Comment percevez-vous l’IA par rapport à des métiers comme celui d’écrivain ou de journaliste ?
-Laurent Gounelle : C’est un vrai sujet. Mon sentiment est qu’il est probable que l’IA remplace un grand nombre de métiers. C’est dur de chiffrer, mais cela peut être 50% des métiers, voire plus. Il est possible qu’à court terme, peut-être que dans 5 ans, 10 ans, la plupart des gens restent chez eux avec un revenu universel, parce qu’il n’y aura plus de travail, parce que ce seront en effet les IA qui feront leur métier à leur place. Donc c’est vrai pour un certain nombre de métiers, le vôtre est le mien au premier chef, mais aussi les graphistes, les avocats, énormément de métiers, on le sait, peuvent être remplacés par l’IA.
-Le Brief : Mais que faire par rapport à cela ?
-Laurent Gounelle : Je me suis posé la question, je me suis dit que le jour où des IA écriront des romans initiatiques, parce que c’est ce que j’écris, aurais-je que toujours envie d’en écrire ? En fait pour moi la question n’est même pas une question de marché économique, ce n’est pas ça, la question, c’est est-ce que j’aurais envie ? Il y a une vingtaine d’années, j’ai acheté un échiquier électronique. J’ai commencé à jouer, il m’a battu. J’ai baissé le niveau, il m’a battu. J’ai mis le niveau au minimum, il m’a encore battu. J’ai pris l’échiquier, je l’ai rangé dans le placard, je ne l’ai jamais ressorti. Ça n’avait plus aucun intérêt.
-Le Brief : Donc si vous savez demain qu’une IA écrit des romans de plus belle manière, vous arrêteriez ?
-Laurent Gounelle : Oui. Pour moi, l’écriture est post-thérapeutique, c’est quand j’ai traversé un problème, que je l’ai vécu à l’intérieur, que je m’autorise à écrire pour les autres, pour faire profiter le grand public. Mais, si les IA font ça mieux que moi, je pense que j’arrêterai, je n’aurai plus plaisir à transmettre.
-Le Brief : Nous pourrions faire le test, demander à une IA d’écrire un texte à la façon de Gounelle…
-Laurent Gounelle : Ma fille aînée âgée de 18 ans m’a fait une démonstration en philosophie. Elle a posé une question philosophique à ChatGPT. J’étais assez bluffé par la réponse, honnêtement. Alors, ce qui est cruel et injuste dans cette situation, c’est que l’IA va prendre nos métiers, et en même temps, elle nous pompe. On le voit dans le journalisme, en fait, l’IA ne fait que compiler des articles déjà publiés, donc écrits par de vrais journalistes comme vous, qui ont travaillé. Même chose pour les romans. Il y a un pillage organisé. Maintenant, je pense qu’on ne peut pas forcément lutter. Ce que j’aimerais au minimum, je dirais, c’est que les gens soient avertis. Quand ils lisent un article, qu’ils sachent si c’est un vrai journaliste qui l’a écrit, ou si c’est une IA. Une réflexion humaine derrière. Même chose pour un roman.
SIEL 2025 : 7 raisons de se perdre dans ce monde merveilleux
Culture - Les nocturnes du Ramadan ont été lancées à Rabat par la projection du film polonais le dernier jour de l’été de Tadeusz Konwicki.
Mouna Aghlal - 25 février 2026Culture - L’Institut français du Maroc et l’Institut national des beaux-arts de Tétouan lancent Lab Digital Maroc 2026, un programme d’accompagnement destiné aux créateurs numériques.
El Mehdi El Azhary - 24 février 2026Culture - À Casablanca, Casamémoire organise du 26 février au 8 mars la 6ᵉ édition des Nocturnes du Patrimoine.
Mouna Aghlal - 24 février 2026Culture-L’acteur Ismaïl Abou El Kanater s’est éteint vendredi 20 février 2026 à l’âge de 69 ans, aux Etats-Unis.
Rédaction LeBrief - 21 février 2026Culture - La 24ème édition du Festival international de cinéma d’animation de Meknès (FICAM), du 15 au 20 mai, mettra à l’honneur la jeunesse créatrice.
El Mehdi El Azhary - 20 février 2026La Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) a publié son rapport annuel au titre de l’année 2024, dressant un panorama détaillé du paysage audiovisuel marocain, de l’action de régulation menée au cours de l’exercice écoulé, du déploiement territorial des services et de son engagement international.
Wissal Bendardka - 20 février 2026Culture - Mawazine 2025 fête ses 20 ans entre concerts réussis, controverses médiatisées et défis organisationnels.
Hajar Toufik - 30 juin 2025Culture - L’édition 2025 de la Casa Music Week, événement très attendu par les amateurs de musique urbaine et pop au Maroc, ne laissera pas que de bons souvenirs.
Rédaction LeBrief - 23 juin 2025%customterm(topic)% - L’affaire entourant Kamel Daoud et son roman Houris illustre les tensions qui surgissent lorsque fiction et réalité s’entrelacent.
Rédaction LeBrief - 6 décembre 2024Culture - Découvrez l'affiche personnalisée pour la TotalEnergies CAF CAN 2025 et son impact sur l'événement sportif en Afrique.
Mouna Aghlal - 20 décembre 2025Culture - Le Maroc a déposé une plainte officielle auprès de l'UNESCO, accusant l'Algérie d'appropriation culturelle.
Hajar Toufik - 21 mai 2024Culture - L'Morphine n'est pas lisse, il est brut. Pas cynique, mais lucide. Il fait du rap comme d'autres font des berceuses rébarbatives.
Sabrina El Faiz - 27 juin 2025