Hausse de prix : pas de baisse prévue avant 2024

Temps de lecture : 6 minutes


Hausse de prix : pas de baisse prévue avant 2024

Temps de lecture : 6 minutes

Catégorie Économie , Gros plan

Temps de lecture : 6 minutes

Le dernier rapport de la Banque mondiale (BM) concernant les perspectives des marchés des produits de base dresse un tableau sombre pour l’année en cours. Selon les données de la BM, les coûts énergétiques mondiaux devraient bondir de plus de 50% cette année, et les prix des denrées alimentaires grimper de 22,9%. Comme le reste du monde, le Maroc ne sera pas épargné par cette tendance haussière, qui fait suite à la crise russo-ukrainienne. Bien que le gouvernement rejette cette possibilité, mais la mise en place d’une loi de Finances rectificative pourrait être la seule solution pour amortir les effets de cette nouvelle crise.

Temps de lecture : 6 minutes

La Banque mondiale (BM) prévoit la poursuite de la hausse historique des prix des produits de base jusqu’à la fin de 2024. Dans la dernière édition de son rapport sur les perspectives des marchés des produits de base (Commodity Markets Outlook-CMO), elle explique que cette tendance haussière est principalement causée par les effets de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Selon la BM, cette guerre a modifié la façon dont les produits de base sont échangés, produits et consommés dans le monde entier.



Le rapport des CMO indique ainsi que les prix de l’énergie vont augmenter de 50,5% en 2022, après avoir presque doublé en 2021, avant de baisser de 12,4% en 2023. Les prix des denrées alimentaires devraient pour leur part connaitre une hausse de 22,9% cette année, après avoir augmenté de 31% en 2021, avant de baisser de 10,4% l’année prochaine. La Banque mondiale déplore que les augmentations des prix de l’énergie au cours des deux dernières années aient été les plus importantes depuis le début des années 1970. Les augmentations des prix des denrées alimentaires telles que le blé et l’huile de cuisine, dont l’Ukraine et la Russie sont de grands producteurs, sont de leur côté les plus importantes depuis 2008.




Lire aussi : Augmentation des prix : le FMI salue les mesures adoptées par le Maroc




 



Pourquoi cette hausse va-t-elle persister ?



«L’augmentation des prix des denrées alimentaires et de l’énergie qui en résulte fait payer un lourd tribut humain et économique», a déclaré Ayhan Kose, directeur du groupe Prospects de la Banque mondiale. «Elle va probablement freiner les progrès dans la réduction de la pauvreté […], exacerber les pressions inflationnistes déjà élevées dans le monde entier». En effet, les prix des produits de base augmentaient déjà avant la guerre. Alors que la demande se redressait après la chute induite par la pandémie de Covid-19, l’offre n’a pas a été lente à reprendre un rythme normal en raison des perturbations de la chaîne d’approvisionnement.



Cependant, avec l’arrivée de nouveaux approvisionnements, les prix de nombreux produits de base devraient baisser. Pourtant, la Banque mondiale avertit que les prix risquent de rester à des niveaux élevés en 2023 et 2024 pour plusieurs raisons. Elle fait savoir que suite à la hausse tarifaire sans précédent et généralisée de l’année dernière, les possibilités de substitution sont limitées. À titre d’exemple, les acheteurs de pétrole brut impactés par les prix élevés ne peuvent pas facilement se tourner vers le gaz naturel ou le charbon, car leurs prix ont également fortement augmenté. De plus, les hausses de prix de certains produits de base ont entraîné une hausse des prix d’autres produits de base en augmentant leurs coûts de production. La BM cite en exemple la hausse des prix de l’énergie qui a fait augmenter les coûts du carburant et des engrais nécessaires à la production alimentaire, entraînant une hausse des prix du blé et d’autres produits agricoles.



En outre, de nombreux gouvernements ont réagi à la hausse des prix du carburant par des réductions d’impôts et des subventions. De telles politiques peuvent, certes, atténuer les hausses de prix à court terme, mais elles ont tendance à maintenir une forte demande, ce qui fait que les prix resteront élevés, précise la même source.




Lire aussi : Explosion des prix de l’huile de table




 



Des prévisions de baisse très faibles



«Si les perspectives des marchés des produits de base dépendent fortement de la durée de la guerre en Ukraine et de l’ampleur des sanctions, on suppose que les canaux par lesquels les marchés des produits de base ont été affectés sont susceptibles de persister», prévient la BM dans son rapport.



La Banque mondiale ajoute aussi que le prix du baril du pétrole était autour de 102 dollars, ce lundi, après avoir atteint les 127,98 dollars fin mars dernier. Ces prix sont bien supérieurs à la moyenne annuelle de 70,40 dollars de 2021, qui correspondait à peu près aux niveaux prépandémiques. La tendance à la baisse pour les années à venir sera moins marquée, le prix tombant à 92 dollars le baril en moyenne en 2023 et à 80 dollars en 2024. Concernant le prix du blé d’hiver de référence, le blé roux de printemps, il devrait passer de 450 dollars la tonne cette année à 380 et 370 dollars en 2023 et 2024, respectivement. Pourtant, ces prix sont plus élevés que les 315 dollars de 2021 et les 232 dollars de 2020.




Lire aussi : Prix du gasoil : les raisons de cette hausse tarifaire sans précédent




 



Quid de la situation au Maroc ?



Mohamed El Rahj, expert en économie et fiscalité, nous a expliqué que, comme le monde entier, le Maroc fait face à une tendance haussière des prix en raison d’une succession de crise, à savoir la pandémie de la Covid-19 et plus récemment la guerre de la Russie en Ukraine. «Cette guerre fait d’ailleurs le bonheur des pays producteurs de pétrole, mais elle fait le malheur des autres non producteur de l’or noir. Et c’est le cas du Maroc. Le Royaume est dépendant de l’international pour satisfaire ses besoins en énergie. De ce fait, il subira de plein fouet la hausse des prix énergétiques tant que la guerre russo-ukrainienne se poursuive. Même constat pour les produits agricoles et les denrées alimentaires de base, en particulier les céréales, dont les prix ont connu une forte augmentation et qui vont continuer dans cette tendance tant que cette hausse est enregistrée au niveau mondial», fait savoir notre interlocuteur.



Selon l’économiste, au niveau du budget d’État, une loi de Finances rectificative (LFR) s’impose. «Le gouvernement ne doit pas continuer à opter pour des solutions de facilité. Pour faire face aux besoins d’augmentation de la caisse de compensation, il a décidé d’augmenter les ressources à travers la mobilisation de 15 milliards de DH (MMDH), donc essentiellement des produits versés par les établissements publics et quelques autres sources de financement. La loi de Finances initiale de 2022 (LF 2022) est désormais dépassée, car elle a été établie sur la base de chiffres et de ratios qui ont été complètement bouleversés par les récents événements internationaux».




Lire aussi : Carburants : Leila Benali fait le point sur l’état du stock national




 



«Bien que le Maroc ne soit pas responsable de cette situation, le rôle de l’État est d’y faire face»



Pour Mohamed El Rahj, il est nécessaire de prendre le temps, sans s’éterniser, pour proposer une LFR avec une nouvelle donne et de nouvelles informations pour prévoir quelles seraient les modalités d’intervention de l’État. «Elle doit déterminer si l’État va prendre en charge la totalité des augmentations des cours sur le marché mondial et leurs répercussions sur les produits de base. S’il va plutôt opter pour des opérations ponctuelles, comme ce qui a été fait pour soutenir les transporteurs professionnels, à savoir l’octroi d’une dotation de presque 2 MMDH. Ou encore s’il faut revoir toute la politique de l’État dans le cadre d’une perspective de l’état sociale, à l’instar des actions mises en place lors de la pandémie de la Covid-19. C’est-à-dire que le gouvernement va intervenir massivement pour limiter ou réduire la hausse des prix».



En fervent partisan de l’élaboration d’une LFR, l’expert estime qu’un débat et une discussion entre les différents partenaires politiques, économiques et sociaux vont favoriser l’identification d’une issue à cette crise. «Au cours de ces échanges, on pourrait examiner si l’État est en mesure de prendre en charge la différence des prix entre les cours du marché mondial et les prix pratiqués au niveau national. Aussi, il pourrait être question de l’adoption de nouvelles mesures et d’un ensemble de dépenses à la charge de l’État pour soulager les ménages ou pour maintenir à la rigueur leur pouvoir d’achat», souligne-t-il.



Dans le cadre de cette loi de Finances rectificative, «le gouvernement pourrait envisager d’augmenter les dotations en termes de compensations, et chercher et trouver les ressources nécessaires à cet effet. Il peut aussi abandonner une partie des impôts et taxes qui concerne les produits pétroliers, comme pour les céréales». Enfin, notre intervenant soutient que «l’État doit réfléchir au moyen de ne pas abandonner une partie de la recette fiscale générée par les produits pétroliers. Mais, également, il faut qu’il lance un signal fort aux sociétés de distribution de ces produits pour qu’elles réduisent leurs marges bénéficiaires. Une action qui représentera une importante contribution et un signe de solidarité sociale ainsi qu’un acte citoyen».




Lire aussi : FAO : les prix des produits alimentaires ont augmenté de 12,6%




Recommandé pour vous

L’économie bleue, quelles perspectives pour le Maroc ?

Temps de lecture : 3 minutes

Ces dernières années, la communauté internationale a pris conscience de l’important relais de croissance qu’offre l’économie bleu. Une nouvell…

Flambée des prix du carburant : la guerre en Ukraine, les solutions et les recommandations

Temps de lecture : 3 minutes

Alors que la tendance était plutôt à la baisse ces dernières semaines, voilà que les prix des carburants augmentent de nouveau. D’habitude, il…

EMEC Expo 2022 : comme si vous y étiez !

Temps de lecture : 3 minutes

Hier, jeudi 19 mai, s’est clos le salon EMEC Expo, qui a duré deux jours. Cette édition tant attendue fut l’occasion pour les participants de …

CMC : une publication spéciale sur « l’instabilité des marchés »

Temps de lecture : 4 minutes

Le Centre marocain de conjoncture (CMC) a annoncé la parution de sa dernière publication mensuelle « Maroc Conjoncture » (n° 345). Il s’agit d…

EMEC EXPO est de retour sous le thème «La transformation digitale de l’entreprise»

Temps de lecture : 2 minutes

La transformation digitale révolutionne l’ensemble des organisations. Aujourd’hui, les entreprises n’ont d’autres choix que d’embrasser ce cha…

Flambée des prix : les explications de Fouzi Lekjaa

Temps de lecture : 4 minutes

Lors de la séance des questions orales à la Chambre des représentants, le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, est revenu sur les …

Blé : l’interdiction d’exportation de l’Inde secoue les marchés internationaux

Temps de lecture : 3 minutes

Les prix du blé ont augmenté de plus de 60% cette année, en raison des effets de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. À eux seuls, ces deux …

Tourisme : le Maroc face au manque de ressources humaines qualifiées

Temps de lecture : 4 minutes

L’ouverture des frontières avec plusieurs pays, ainsi que celles avec l’Espagne, Sebta et Melilia, marque la relance officielle du secteur tou…

Location de voitures : difficile reprise pour les professionnels

Temps de lecture : 3 minutes

Si la réouverture des frontières, l’allègement de certaines restrictions sanitaires et le retour de l’opération Marhaba donnent de bonnes pers…

Saison estivale : 2022, l’année de la relance ?

Temps de lecture : 3 minutes

Après deux saisons estivales, partiellement percutées par la crise sanitaire de la Covid-19, l’été 2022 s’annonce radieux. À fin 2…

Emploi au Maroc : entre baisse de chômage et recours à l’entrepreneuriat

Temps de lecture : 1 minute

Les dernières données publiées par le Haut-Commissariat au plan (HCP) relatives à l’emploi montrent une légère baisse du taux de chôma…

Le climat des affaires « normal » pour 57% des patrons

Temps de lecture : 2 minutes

Les résultats de l’édition trimestrielle (T1-2022) de Bank Al-Maghrib sur le climat général des affaires révèlent une légère baisse par rap…