Ahmed Reda Chami, président du CESE, présente, vendredi 1re avril, à Rabat, les principales recommandations de l'avis intitulé "Pour une nouvelle vision de gestion et de valorisation du patrimoine culturel" © DR

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Valorisation du patrimoine culturel : les recommandations du CESE

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En partenariat avec le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) et son président Ahmed Reda Chami, ont co-organisé une importante réunion le vendredi 1er avril 2022. Au cours de cette rencontre, le CESE a présenté ses recommandations dans le cadre d’un avis intitulé « Pour une nouvelle vision de gestion et de valorisation du patrimoine culturel ». Le point avec Driss Khrouz, professeur universitaire et ex-directeur de la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc (BNRM).

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Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a présenté, dans une rencontre organisée le 1er avril à Rabat, son avis intitulé « Pour une nouvelle vision de gestion et de valorisation du patrimoine culturel ». Le conseil appelle, dans ce sens, à l’adoption d’une stratégie nationale pour la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine culturel marocain fondée sur «l’effectivité des droits, la diversité culturelle et la démocratie locale». Plusieurs recommandations y ont été inscrites.



Dans une interview accordée à Lebrief.ma, Driss Khrouz, professeur universitaire et ex-directeur de la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc (BNRM), considère que le rapport élaboré par le CESE est «un travail sérieux et qui correspond à un besoin culturel, social et économique».



 



Au profit du patrimoine culturel



La première recommandation concerne la consolidation et la dynamisation des institutions et des outils opérationnels au service du patrimoine culturel. Pour cela, le CESE préconise de doter le département en charge du Patrimoine culturel «de l’expertise et des moyens nécessaires lui permettant de cartographier, d’inventorier, de sauvegarder et de mettre en valeur le patrimoine culturel selon les normes internationales».



Le Maroc devrait, selon le CESE, encourager les partenariats entre la Fondation nationale des musées (FNM) et les collectionneurs privés dans l’optique d’améliorer l’offre des musées et de les ouvrir davantage sur la société et la recherche. En outre, on devrait renforcer les rôles complémentaires du Bureau marocain des droits d’auteur (BMDA) et de l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC) en tant que garants de la préservation de la mémoire collective, des œuvres de l’esprit, des créations et des découvertes.



Et d’ajouter qu’«une attention particulière devrait être accordée à la marque de fabrique « Maroc » tout en actualisant les textes législatifs», relève l’avis du CESE. Ce dernier révèle également le trafic illicite du patrimoine culturel mobilier et appelle à plus de vigilance.



D’un autre côté, le CESE propose de verser une partie de la taxe touristique (10%) au profit du patrimoine culturel, et de soutenir l’émergence d’un tissu de PME-TPE offrant des prestations de qualité.



Khrouz souligne que «le patrimoine matériel est un marqueur de la mémoire collective. Il exprime, il porte et il rappelle un processus historique. Les monuments, les objets, les symboles et les empreintes sont des cultures qui se manifestent, se pérennisent et sont des condensés de connaissances et de savoirs. Leur esthétique et leur profondeur historique renvoient aux valeurs qui portent une société. Les entretenir, les soigner, les restaurer sans les changer et les maintenir est une nécessité culturelle. Pour le tourisme et les industries culturelles, ils constituent des sources économiques».



Il poursuit : «Leur valorisation aujourd’hui doit les intégrer dans les avantages que procurent les nouvelles technologies et les réseaux sociaux. Le patrimoine matériel n’est pas statique, il doit vivre. Il en est de même du patrimoine immatériel».




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Pour la valorisation du patrimoine immatériel



Concernant le patrimoine culturel immatériel, le CESE insiste sur la codification des richesses locales et leur histoire à l’aide de monographies régionales. Il propose aussi d’appuyer les porteurs du capital immatériel pour assurer la transmission de ce patrimoine.



«Les évènements historiques ayant marqué l’histoire de notre pays devraient également être mieux célébrés via la création de monuments commémoratifs», indique le CESE, soulignant que les différentes variétés du patrimoine culturel immatériel devraient être intégrées dans les cursus de formation, notamment ceux de type professionnel.



Dans ce sens, Khrouz relève que «le patrimoine immatériel obéit aux mêmes impératifs de valorisation. Il est plus fragile par sa nature fluide, malléable et exposée à la manipulation, à la déformation et aux aléas des interprétations. Sa collecte, sa sauvegarde et sa codification académique, plurielle et authentique est une valeur ajoutée essentielle pour la culture, la cohésion sociale, les industries d’art et de culture et pour le tourisme».




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Promouvoir la formation au service du patrimoine



Par ailleurs, le CESE insiste sur l’importance de la formation, de l’éducation et de la recherche scientifique dans la reconnaissance du patrimoine culturel et la sensibilisation des citoyens. Il préconise, dans ce sens, d’ériger l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP) en établissement public ou au minimum rattaché au département de l’Enseignement supérieur. Il s’agit d’un institut qui forme aux disciplines de la préhistoire (dont l’art rupestre), l’archéologie préislamique, l’archéologie islamique, les monuments historiques, l’anthropologie, la muséologie et la conservation/restauration.



La formation professionnelle, selon le CESE, permettrait non seulement la création d’emplois pour les jeunes, mais aussi de préserver plusieurs métiers devenus rares et sérieusement menacés de disparition. Il conseille, dans ce cadre, de dupliquer les modèles réussis comme les filières lancées par l’Académie des arts traditionnels relevant de la Fondation de la Mosquée Hassan II.



Et d’ajouter que «des programmes de recherche scientifique adaptés aux besoins des acteurs du patrimoine culturel permettront également de sauver quelques composants du patrimoine menacé par la contrefaçon ou la disparition. Notre artisanat pourrait ainsi être transformé en industrie créative», indique le conseil, recommandant, dans le même contexte, de soutenir l’émergence de nouveaux médias spécialisés et de leur permettre de participer à la sensibilisation de l’ensemble des intervenants (élus, autorités locales, secteur privé) à la promotion et à la sauvegarde du patrimoine culturel.



À cet égard, Khrouz indique que «tout le patrimoine, matériel et immatériel ne peut s’épanouir, se faire valoir et rentrer dans des dynamiques à la fois de service public et de marché lucratif, que s’il est porté, organisé et mis en perspectives par des institutions, les bibliothèques, les musées, et bien sûr les universités et la recherche sont interpellées en premier lieu. Des politiques territoriales de patrimoine sont une nécessité».



 «Avec les médias, les institutions et les associations, l’enseignement est un vecteur essentiel pour la conservation, la valorisation et la diffusion de la culture en général et celle du patrimoine en particulier», insiste-t-il.




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