Hausse des prix des matières premières : ce qu’en pensent les experts

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Sécurité alimentaire : l'ONICL annonce une prime de stockage pour le blé tendreImage d'illustration © DR

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Au moment où les citoyens et le gouvernement étaient occupés par les échéances électorales, une hausse de prix des produits de première nécessité a été constatée. Cette dernière a concerné le blé dur, les huiles et le carburant. Nous avons contacté deux experts pour expliquer les véritables raisons de cette hausse.

À moins que vous ne consommiez exclusivement le blé tendre, standard et subventionné par l’État, vous auriez remarqué la légère hausse qui indigne les consommateurs marocains. Cette tendance haussière a été confirmée par l’Association de protection du consommateur (Uniconso), qui souligne dans un communiqué que l’huile, les lentilles, le café, le pain, les pâtes et plusieurs types de conserves font également partie des produits impactés par cette augmentation de prix.

Le Haut Commissariat au Plan indique que l’indice des prix à la consommation a enregistré une hausse de 0,8% au cours du mois d’août 2021, comparé au même mois de l’année dernière.

Les prix ont augmenté de 2,8% pour les « fruits », de 1,1% pour les « huiles et graisses » et de 0,2% pour les « eaux minérales, boissons rafraichissantes, jus de fruits et de légumes ». En ce qui concerne la hausse des produits non alimentaires, le prix des « carburants » a augmenté de 0,5%.

Hausse de la demande

Contacté par LeBrief, le financier Taieb Aisse constate que cette hausse est inhabituelle et anormale, surtout au vu de la saison agricole exemplaire qu’a connue le Maroc cette année. «Nous avons fait près de 105 millions de quintaux, l’année dernière. Normalement, quand on fait plus de 80 millions de quintaux, c’est déjà très bien. À ce niveau-là, il ne devrait pas y avoir d’augmentation», souligne Taieb Aisse.

Notre intervenant estime que cette hausse est probablement due à une régularisation de prix. «Il se peut que les professionnels veuillent faire une régularisation. Ce n’est pas dû à la conjoncture de la Covid-19, mais à une régularisation structurelle sur plusieurs années passées».

L’expert souligne qu’il est difficile de retrouver un prix normal après cette hausse constatée. «Une fois qu’on a augmenté un prix, il est difficile de revenir en arrière. Cela risque de durer et de perdurer. Ce n’est pas une spéculation, mais il se peut qu’il y ait des gens qui profiteraient de ce moment de flottement entre les deux gouvernements pour effectuer cette augmentation», note Taieb Aisse.

Pour sa part, Abdelghani Youmni, économiste et spécialiste des politiques publiques, nous explique que la hausse des cours de matières premières est due à une relance de l’économie internationale. «La demande fait pousser les cours vers le haut. Quand la demande augmente, c’est soit l’offre qui augmente ou les prix qui augmentent. Dans ce cas de figure, les prix ont augmenté»,explique Youmni. Ce dernier estime que cette hausse va avoir des répercussions négatives sur les pays émergents, mais aussi sur les pays en voie de développement ou intermédiaires, comme le Maroc.

Plusieurs conséquences

«D’abord, il y aura des conséquences sur notre caisse de compensation, mais également sur les prix. Quand vous avez les énergies et matières premières qui augmentent, les prix d’importations augmentent, c’est pour cela que la banque centrale a fait une opération d’absorption des devises ou ce qu’on appelle la stérilisation pour que le dirham n’augmente pas trop», précise El Youmni. Et d’ajouter que «si le dirham baisse ou augmente trop, nous aurons un différentiel sur les importations et les exportations».

Interrogé sur la probabilité de voir cette tendance se prolonger dans le temps, Abdelghani Youmni estime qu’il est difficile de juger maintenant. «On ne peut pas savoir. On peut supposer qu’elle serait bénéfique dans les pays de l’OCDE. C’est ce que l’on a eu pendant presque une dizaine d’années avec des taux d’intérêt de presque 0%. Mais si on a 3 ou 4% d’inflation, les taux d’intérêt risquent d’augmenter, et si le taux d’inflation dépasse les 3%, ce serait néfaste pour un pays comme le Maroc».

Reste à savoir aujourd’hui comment évoluera la situation après la mise en place du prochain gouvernement et comment ce dernier compte procéder pour remettre les pendules à l’heure.

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