Expulsions : la France agite le chantage aux visas

Avatar de J.R.Y

Temps de lecture :

consulat

A
A
A
A
A

Paris hausse le ton vis-à-vis des pays du Maghreb, y compris le Maroc, concernant le rapatriement des migrants. Le gouvernement français va mettre à exécution sa menace de réduire le nombre de visas délivrés aux ressortissants marocains parce que Rabat n’accepte pas de reprendre les migrants clandestins refoulés de l’Hexagone. Cette décision a été prise par le président Emmanuel Macron himself. Le Maroc n’a pas tardé à réagir. Pour le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, cette décision est injustifiée et ne reflète pas la réalité de la coopération consulaire en matière de lutte contre l’immigration illégale.

Qu’on ne vienne pas nous parler de partenariat d’exception et de relations privilégiées entre la France et le Maroc. Quand il s’agit d’enjeux électoraux, tout est relégué au second plan. Parce qu’à six mois de la présidentielle de 2022, c’est bien de cela qu’il s’agit. Taclé par l’extrême droite sur sa promesse de campagne en 2017 sur « 100% d’exécution des OQTF (ordre de quitter le territoire français) », Emmanuel Macron ne veut pas être doublé sur ce dossier, à l’heure où la candidate du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, doit présenter ce mardi après-midi son projet de référendum sur l’immigration.

Lire aussi :La France octroie moins de visas pour le Maroc, l’Algérie et la Tunisie… voici la raison !

Chantage aux visas

Souvenez-vous, Paris avait critiqué l’usage, certes maladroit par Rabat, du levier migratoire au mois de mai dernier dans son conflit avec l’Espagne. Aujourd’hui, le gouvernement conduit par Jean Castex fait de même. Il veut faire chanter le Maroc. Pourtant, le « chantage » migratoire marocain avait été dénoncé en Francequi, elle-même aujourd’hui, recourt à une pratique de chantage doublé de mépris.

Lire aussi :Le Maroc réagit à la résolution du Parlement européen

Paris a décidé de durcir les conditions d’obtention des visas à l’égard du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie. Les trois pays « refusent » de délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires au retour des immigrés refoulés de France, a annoncé mardi le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal.«C’est une décision drastique, c’est une décision inédite, mais c’est une décision rendue nécessaire par le fait que ces pays n’acceptent pas de reprendre des ressortissants que nous ne souhaitons pas et ne pouvons pas garder en France», a-t-il justifié sur Europe 1. Plus grave encore, le responsable gouvernemental français affirme qu’«il y a eu un dialogue, ensuite il y a eu des menaces ; aujourd’hui, on met cette menace à exécution» estimant qu’«à un moment quand les choses ne bougent pas, nous faisons appliquer les règles». Et les nouvelles règles de Paris sont simples: lenombre de visas octroyés va être divisé par deux pour le Maroc et l’Algérie, et une baisse de 30% va être opérée en direction de la Tunisie.

Interrogé sur la durée d’application de cette mesure, temporaire ou pérenne, le porte-parole du gouvernement français a indiqué qu’elle avait été «décidée il y a quelques semaines» et «va être mise à exécution» pour «pousser les pays concernés à changer de politique et accepter de délivrer ces laissez-passer consulaires». Sauf que Paris«souhaiterait que la réaction soit davantage de coopération avec la France pour qu’on puisse faire appliquer nos règles migratoires», a insisté Attal.

Une décision injustifiée selon Rabat

Du côté de Rabat, la réaction ne s’est pas faitattendre. «Nous avons pris acte de cette décision et la considérons comme injustifiée pour nombre de raisons, dont la première est que le Maroc a toujours traité la question de la migration avec la logique de responsabilité et le nécessaire équilibre entre la facilitation de la circulation des personnes (étudiants, hommes d’affaires et autres..), la lutte contre l’immigration clandestine et le traitement ferme réservé aux personnes en situation irrégulière», a soutenu mardi à Rabat, le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita.Selon lui, le Maroc conditionne le retour de ses ressortissants au fait qu’ils disposent d’un passeport ou d’un laisser-passer, or, dans le sillage de la pandémie de la covid-19, le Royaume exige désormais qu’ils justifient en plus d’un test PCR négatif pour pouvoir accéder au territoire national. Ce que la France ne déclare pas, a-t-il noté, c’est que nombre d’individus disposant de documents de voyage n’ont pas pu rentrer au Maroc car refusant de réaliser ce dépistage, facultatif en France. Le problème est franco-français car si la loi française ne permet pas à ses autorités d’obliger les émigrés à se soumettre à ce test pour leur rapatriement, le Maroc n’acceptera pas non plus de changer ses lois pour permettre aux personnes venant de France d’accéder à son territoire sans se faire dépister, a-t-il détaillé.

Le Maroc, grand bénéficiaire des visas français

En 2020, la pandémie de la Covid-19 a obligé la France à réduire de façon drastique la délivrance de visas. Paris a délivré un total de 712.317 visas en 2020 contre 3.534.999 en 2019, soit une baisse significative de 79,8%. En conséquence, la Chine, traditionnellement le premier pays d’origine des titulaires de visa, est passée à la quatrième place, derrière le Maroc, la Russie et l’Algérie. Avec 98.627 visas Schengen, le Maroc est le premier pays d’origine des bénéficiaires suivi de la Russie (78.701), de l’Algérie (73.276), et de la Chine (71.451).

Lire aussi :France-Maroc : reprise de la délivrance des visas

Au mois de juin 2019, dans le cadre de sa visite au Maroc, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, se vantait du fait que jamais dans l’histoire, la France n’a délivré autant de visas aux Marocains qu’en 2018. Cette année-là, plus de 400.000 visas ont été délivrés aux Marocains par les différents consulats français établis dans le Royaume, avait souligné Le Drian dans un point de presse à l’issue de ses entretiens avec le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita. La progression de ce chiffre « très significatif » de 10% par an montre l’ »attractivité »des relations entre le Maroc et la France, avait commenté Le Drian.

Ce même ministre français des Affaires étrangères avait confié une sale besogne à un certain Clément Beaune, secrétaire d’État français aux Affaires européennes, celle de proférer des menaces à l’égard des pays qui ne veulent pas récupérer les personnes expulsées. «Il faut dire à ces pays qu’ils doivent reprendre les personnes qui sont identifiées comme leurs ressortissants», avait déclaré Beaune au mois de novembre 2020. «Nous avons des leviers pour le faire, par exemple les visas […] en ciblant des responsables politiques, des responsables économiques. Oui, c’est un des leviers que le président de la République et le ministre de l’Intérieur envisagent», avait-il ajouté.

Lire aussi :MNA, antiterrorisme : la méthode Dupond-Moretti

La France a donc choisi d’appliquer une mesure de rétorsion rendue possible par le code communautaire de Schengen. Mais, pour le cas marocain, le gouvernement français n’a peut-être pas eu un compte-rendu exhaustif du dernier discours du roi Mohammed VI clamant haut et fort que les «règles du jeu ont changé». Selon les nouveaux paramètres régissant les relations stratégiques du Royaume et indiquant l’orientation générale de sa politique étrangère, le Maroc ne cèdera pas à ce chantage aux visas.La France en sortira perdante avec une confiance brisée avec le plus grand partenaire maghrébin et une image écornée auprès des citoyens marocains.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Le président de la Commission de l’UA met en avant le leadership du roi Mohammed VI en Afrique

Politique - Le rôle du Maroc en Afrique est mis en avant par le président de la Commission de l’Union africaine, qui souligne l’implication du Royaume dans les enjeux du continent et son action constante en faveur des causes africaines.

Ilyasse Rhamir - 1 avril 2026
Maroc–Portugal : le nouvel ambassadeur portugais reçu par Bourita

Politique - Renforcement des relations diplomatiques entre Rabat et Lisbonne avec l’arrivée d’un nouveau représentant du Portugal. Une rencontre officielle marque une nouvelle étape dans la coopération bilatérale entre les deux pays.

Ilyasse Rhamir - 1 avril 2026
Maroc-Oman : Hammouchi et l’ambassadeur examinent la coopération sécuritaire

Politique-À Rabat, Hammouchi a reçu l’ambassadeur de Oman pour examiner la coopération sécuritaire. Les enjeux et le contexte à retenir.

Rédaction LeBrief - 31 mars 2026
Réforme du CNP : une concentration du pouvoir au détriment du pluralisme ?

Politique - La réforme du CNP, présentée comme une continuité technique, est contestée par les professionnels du secteur. Détails.

El Mehdi El Azhary - 31 mars 2026
Législatives 2026 : Benkirane candidat du PJD à Salé

Politique - Le PJD a désigné Abdelilah Benkirane comme candidat aux législatives de 2026 à Salé, en deuxième position sur une liste menée par Abdelatif Soudi.

El Mehdi El Azhary - 31 mars 2026
Crise au Moyen-Orient : soutien exceptionnel du gouvernement au gaz et transport

Politique - Le gouvernement met en place un soutien exceptionnel pour le gaz, l’électricité et le transport afin de limiter l’impact de la crise géopolitique au Moyen-Orient sur le pouvoir d’achat des citoyens et assurer la continuité des services essentiels.

Ilyasse Rhamir - 30 mars 2026
Voir plus
Enseignement supérieur : le gouvernement fait le point sur l’avancement de la réforme

Politique - Le gouvernement fait le point sur la réforme de l'enseignement supérieur et son impact sur la recherche scientifique.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
Le CCG salue le soutien du Roi Mohammed VI et réaffirme son appui à la marocanité du Sahara

Politique - Le CCG réaffirme son appui à la marocanité du Sahara lors de la 8e réunion ministérielle conjointe.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
Sahara : 4 ans pour tout régler ?

Dossier - Le Maroc peut maintenant demander plus : sortir le dossier du Sahara de la quatrième commission de l'ONU, inscrire le Polisario comme organisation terroriste…

Sabrina El Faiz - 25 janvier 2025
Conseil de gouvernement : adoption de deux décrets sur la pêche continentale et les OPCVM

Politique - Le Conseil de gouvernement approuve des décrets sur la pêche continentale et les OPCVM pour une meilleure organisation sectorielle.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
Le roi Mohammed VI lance à Nouaceur une usine Safran dédiée aux trains d’atterrissage

Politique - Le roi Mohammed VI donne le coup d’envoi d’une nouvelle usine Safran à Nouaceur, au Palais royal de Casablanca.

Ilyasse Rhamir - 13 février 2026
Le roi Mohammed VI salué par le CCG pour son engagement envers la ville sainte

Politique - Le CCG salue l'engagement du roi Mohammed VI lors de la réunion ministérielle conjointe. Un moment fort pour le Maroc et la région.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire