L’initiative pour l’adaptation de l’agriculture africaine (AAA) : dix ans après

L’Afrique fait partie des régions les plus vulnérables aux impacts actuels et futurs de la variabilité climatique. D’après le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat, le changement climatique y a réduit la productivité agricole de 34% depuis 1961.

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Tribune

Said Alahyane

Maître de conférences en science politique, Université Cadi Ayyad, Marrakech

Temps de lecture : Publié le 01/06/2026 à 12:15
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Entre 2018 et 2019, 6 millions de déplacements liés aux conditions météorologiques ont été enregistrés en Afrique subsaharienne. À cela s’ajoutent des retombées critiques en termes de ressources en eau et en terres, de croissance économique et de décès.

Plus préoccupant encore, le réchauffement climatique devrait voir sa rigueur et sa gravité s’intensifier dans les décennies à venir. Un déclin de la production vivrière en Afrique est attendu comme effet normal d’un réchauffement supérieur à 2°C. D’ici 2060, la montée du niveau de la mer affectera 190 à 245 millions de personnes. Le nombre d’enfants de moins de 5 ans et de personnes de plus de 64 ans exposés à des températures supérieures à 42°C dans les villes africaines passera de 27 millions en 2010 à 360 millions d’ici 2100 dans un scénario de réchauffement de 1,8°C.

Le continent africain n’est pas resté passif face à l’urgence climatique. L’engagement visionnaire de Sa Majesté Mohammed VI a été à l’origine de l’Initiative pour l’adaptation de l’agriculture africaine (AAA), une stratégie pionnière de lutte contre les changements climatiques. En tant que forum d’échanges et force de proposition, elle vise à faire de l’adaptation de l’agriculture aux effets des dérèglements climatiques une composante clé des politiques publiques africaines. À travers des services d’assistance, de conseil et d’expertise, l’Initiative AAA apporte par ailleurs son soutien aux projets africains d’adaptation pour un meilleur accès aux financements climatiques. La promotion de partenariats portant sur l’adaptation de l’agriculture africaine entre les institutions africaines, les organisations non gouvernementales et le secteur privé fait également partie des objectifs assignés à cette initiative.

Avec un appareil de gouvernance composé d’un comité scientifique, d’un conseil d’administration et surtout d’une conférence annuelle des ministres de l’agriculture, la démarche de l’Initiative AAA prend d’abord la forme d’un plaidoyer pour renforcer la position du continent africain dans les négociations internationales sur le climat et l’agriculture. Elle se concrétise en outre dans la promotion de projets et d’initiatives liés aux sols et à la terre, deux ressources gravement touchées par les risques climatiques. Le renforcement des capacités des acteurs engagés dans les efforts d’adaptation de l’agriculture en Afrique représente une autre dimension de l’action déployée par l’Initiative AAA.

Dix ans après son lancement en 2016 à l’occasion de la COP22 de Marrakech, l’Initiative AAA compte l’adhésion de 38 pays, soit plus des deux tiers des États africains, ce qui illustre la nécessité croissante, pour le continent, de disposer d’un tel cadre d’action climatique. Elle s’est traduite par l’organisation de six conférences ministérielles, dont la dernière s’est tenue le 22 avril 2026 à Meknès, à l’occasion du 18ᵉ Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM), contribuant ainsi à renforcer la coordination et la convergence entre les pays africains sur les problématiques climatiques et agricoles.

L’Initiative AAA a également servi d’un instrument d’accompagnement des politiques et stratégies de résilience agricole dans de nombreux pays d’Afrique. L’Initiative AAA a figuré parmi les membres fondateurs de la Plateforme internationale sur les métriques d’adaptation (IPAM) en 2020 et assure, depuis, le secrétariat de cette instance destinée à évaluer et à mesurer l’adaptation au changement climatique. Avec cette initiative, l’Afrique dispose désormais d’un outil institutionnel essentiel pour rapprocher les positions des pays membres au sein des instances internationales face à un phénomène planétaire aux conséquences particulièrement marquées dans les contextes africains.

En définitive, l’Afrique est aujourd’hui pleinement engagée dans la politique climatique internationale, avec la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et l’Accord de Paris comme cadres de référence, et les Contributions déterminées au niveau national (CDN) comme instruments de mise en œuvre.

Il faut toutefois rappeler que, dans toute politique de résilience climatique, la disponibilité des financements s’affirme comme une condition incontournable. L’adaptation au changement climatique en Afrique requiert un financement annuel estimé à 61 milliards de dollars, tandis que les ressources mobilisées restent insuffisantes et en deçà de ce seuil. L’Afrique ne reçoit que moins de 5% des volumes globaux consacrés au climat. Dans les dix ans à venir (2026-2036), l’Initiative AAA doit redoubler les efforts pour un impact plus prononcé sur l’action climatique mondiale dans son volet budgétaire. L’Afrique doit donc accéder aux financements requis pour faire face au coût d’un changement climatique qu’elle subit sans en être responsable.

Mais, au-delà de la mobilisation de ressources supplémentaires, la finance climatique ne doit pas contribuer à aggraver l’endettement des pays africains. L’adaptation agricole en Afrique doit, de surcroît, privilégier les petits agriculteurs, maillon faible du secteur agricole mais pilier de la production vivrière. Sans eux, le continent africain resterait incapable de se libérer du fardeau de l’insécurité alimentaire, exacerbée par un climat en réchauffement continu.

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