Le barrage d'Al Massira, qui alimente en eau Marrakech © DR

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Stress hydrique : le taux de remplissage des barrages inquiète

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Catégorie Société , Gros plan

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Cette année, le Maroc est touché par un déficit pluviométrique sans précédent. Une situation délicate qui n’est pas sans conséquences sur le taux de remplissage des barrages. La problématique est de taille, le risque d’épuisement de l’eau potable dans plusieurs régions n’est pas écarté. Plusieurs mesures d’urgence ont été mises en place par le gouvernement afin de rationner l’usage de l’eau. Le point avec Abderrahim Ksiri, coordonnateur de l’Alliance marocaine pour le climat et le développement durable (AMCDD).

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Le Maroc connaît actuellement la pire sécheresse de ces trois dernières décennies, avec pour conséquence des réserves d’eau en forte baisse.

Selon les dernières données officielles fournies par le ministère de l’Équipement et de l’Eau, le taux de remplissage des barrages dans le pays se situe à 26,7% ce lundi 22 août 2022, contre 41,7% à la même période l’an dernier.

Les réserves d’eau des barrages du Royaume se situent ainsi à près de 4,3  milliards de mètres cubes, alors que la capacité totale de remplissage s’élève  à 16,12 milliards de mètres cubes.

Interrogé par LeBrief, Abderrahim Ksiri, coordonnateur de l’Alliance marocaine pour le climat et le développement durable (AMCDD), estime que «la situation  hydrique au Maroc est très inquiétante puisqu’on est en train de vivre une pénurie d’eau très aiguë. D’abord, parce que les barrages qui sont le principal moyen de collecte, de stockage et de distribution de l’eau aussi bien pour la consommation domestique que pour l’agriculture, sont à leur seuil minimal. De surcroit, les nappes phréatiques sont surexploitées voire polluées pour certaines, et donc plus utilisables».

Lire aussi : Stress hydrique : la fermeture des stations de lavage suscite des réactions

 

Le risque d’assèchement de plusieurs barrages plane de nouveau

Le taux de remplissage des barrages a reculé au Maroc par rapport à l’année dernière.

Pour le barrage Al-Wahda, le plus grand au niveau national, il contient actuellement 1589,5 millions de mètres cubes, avec un taux de remplissage de 45,1%, contre 66,6% l’année dernière (2345,1 millions de mètres cubes).

Le barrage  Sidi Mohamed Benabdallah, qui alimente Rabat et sa région, a quant à lui, vu son taux de remplissage passer de 56,3% l’an dernier à 29,6% cette année, à raison de 288,7 millions de mètres cubes. Sa capacité de remplissage est de  974,8 millions de mètres cubes.

Quant au barrage d’Al Massira, qui alimente en eau Marrakech, il contient 127,9 millions de mètres cubes. Sa capacité naturelle est de 2.657 millions de mètres cubes, ce qui porte le taux de remplissage à moins de 4,8%, contre 10,2% l’année dernière.

De son côté, le barrage Moulay Youssef à Tansift, qui approvisionne aussi Marrakech en eau, a atteint un taux de remplissage de 13,8% contre 38,4% l’année dernière. Il contient actuellement 19,7 millions de mètres cubes et sa capacité de stockage est de 142,8 millions de mètres cubes. .

S’agissant du barrage de Ben El Ouidane, situé dans la région d’Azilal, qui approvisionne le sud de Casablanca, il a atteint un taux de remplissage de 9,5%, contre 22,8% l’an dernier. Il contient désormais 114,9 millions de mètres cubes. Pour sa capacité de remplissage, elle est de 1.215 millions de mètres cubes.

Lire aussi : Stress hydrique : comment optimiser l’utilisation de l’eau ?

 

Le Maroc sous le seuil de la pénurie d’eau

Avec 620 mètres cubes d’eau par habitant et par an, le Maroc est déjà largement sous le seuil de la pénurie d’eau, estimé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à 1.700 m3 par habitant et par an. Cela place le Royaume en «situation de stress hydrique structurel», selon une analyse de la Banque mondiale sur l’économie marocaine.

Notons que Nizar Baraka,  ministre de l’Équipement et de l’Eau, avait précisé que la rareté de l’eau est due au faible niveau de la nappe phréatique, qui chute de 2 à 3 mètres par an et à la baisse du niveau de l’eau stockée dans les réservoirs. Celui-ci est passé de 9,4 milliards de mètres cubes en 2018 à 4,7 milliards de mètres cubes cette année.

Pourtant, le Maroc a multiplié par dix sa capacité de stockage de l’eau entre 1960 et 2020 en construisant plus de 120 barrages. Mais à l’échelle nationale, ces ouvrages cumulent un taux de remplissage d’a peine 28%.

Lire aussi : Sécheresse : les présidents des régions font le point

 

Rationnement de l’usage de l’eau

Pour faire face à cette situation alarmante, les autorités ont fortement rationné la consommation d’eau, en interdisant notamment l’arrosage des espaces verts et des golfs, de même que le lavage des voitures et des rues.

De plus, le gouvernement a approuvé, en décembre 2021, un plan d’urgence. Ce dernier prévoit le forage de nouveaux puits et la mise en place d’usines de dessalement d’eau de mer. Le Maroc a programmé la construction de 20 stations de dessalement d’ici 2030 qui devraient fournir une bonne partie de ses besoins en eau potable, selon la tutelle.

Par ailleurs, «il faut revoir la politique de communication mis en place dans ce sens. Il faut impérativement accompagner  la sensibilisation par des mesures palpables,  comme par exemple la réduction des débits d’eau dans les villes les plus touchées. Il ne faut pas attendre jusqu’à ce que le stock d’eau soit épuisé pour prendre des décisions strictes, il faut les structurer dès maintenant pour éviter l’aggravation de la situation», explique notre intervenant.

«Il faut aussi revoir la stratégie du secteur agricole qui consomme le plus d’eau, de même que les méthodes de stockage de l’eau au Maroc. À cela s’ajoute la nécessité absolue d’appuyer et d’accompagner les entreprises opérant dans la collecte de l’eau, en mettant à leur disposition les nouvelles technologies», conclut-il.


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