Sahara : comment les pourparlers de Madrid rebattent les cartes du dossier

profil ElMedhi El Azhary
Temps de lecture :

Bourita : la vision royale fait de la mer un pilier de prospérité et de souverainetéLe ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger, Nasser Bourita © DR

A
A
A
A
A

Dans une réunion tenue à huis clos dimanche 8 février à l’ambassade des États-Unis à Madrid, des représentants du Maroc, de l’Algérie et de la Mauritanie se sont affrontés, puis, selon plusieurs sources, se sont rapprochés, autour d’un enjeu vieux de cinquante ans : le statut du Sahara marocain.

Organisée à l’initiative américaine et placée sous forte discrétion, cette rencontre tenue le 8 février à l’ambassade américaine à Madrid marque, à défaut d’un accord final, un changement de méthode susceptible de débloquer un dossier longtemps figé.

La rencontre en soi et le choix du lieu ne sont pas anecdotiques. La manœuvre américaine vise à sortir le dossier du cadre strictement onusien et à le traiter par étapes techniques, sous la houlette de conseillers proches de la Maison-Blanche. Massad Boulos, conseiller principal pour l’Afrique et le monde arabe auprès du président américain, et l’ambassadeur des États-Unis à l’ONU figuraient parmi les responsables américains présents ou coordonnant le format. Le recours à un cadre bilatéral-disséminé illustre la volonté américaine d’imposer un tempo et un agenda clairs.

Le document technique : l’autonomie marocaine au centre

Au cœur des discussions se trouvait la version enrichie du plan d’autonomie marocain, passée d’une proposition succincte (quelques pages en 2007) à un document d’environ quarante pages détaillant les architectures institutionnelles, fiscales, judiciaires et sécuritaires envisagées pour les provinces du Sud.

Les autorités marocaines, représentées notamment par le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, ont présenté cette mouture comme un document technique susceptible d’ouvrir une phase de négociations pratiques allant de la taxation à la justice locale et la sécurité, plutôt qu’un débat idéologique sur la souveraineté.

La dynamique de Madrid s’inscrit néanmoins dans le sillage d’un vote du Conseil de sécurité en octobre 2025 (résolution 2797) qui a, selon son texte, proposé l’autonomie sous souveraineté marocaine comme base « sérieuse et crédible » pour la négociation.

C’est précisément cet élément, à savoir l’adoption d’un cadre onusien favorable à l’approche marocaine, qui a permis aux États-Unis d’arguer du fait que la voie technique proposée par Rabat s’appuyait sur un mandat international. La résolution et sa formulation restent cependant contestées par Alger, qui dénoncent une dilution du principe de l’autodétermination tel que conçu historiquement.

Lire aussi : Aviation militaire : le Maroc consolide sa position parmi les principales forces aériennes africaines

Quelles avancées concrètes ? La « feuille de route Madrid 2026 »

Point phare de cette rencontre : la potentielle création d’un « comité technique permanent » composé d’experts juridiques et administratifs des parties (Maroc, Algérie, Mauritanie) placé sous la supervision conjointe des États-Unis et de l’ONU, et chargé d’examiner les modalités opérationnelles de l’autonomie (fiscalité, magistrature, sécurité locale).

Parallèlement, une « feuille de route Madrid 2026 » aurait été adoptée comme protocole procédural, fixant une prochaine étape de négociation à Washington en mai 2026, avec pour objectif la signature d’un cadre politique.

La présence d’Alger à la table, en tant que participant et non plus simple observateur, est sans doute l’un des signes les plus significatifs de cette séquence. Officiellement, Alger se défend de ne pas être « partie au conflit », mais sa capacité d’influence sur la pseudo RASD et son rôle de sponsor logistique et politique font d’elle un acteur indispensable.

À Madrid, selon plusieurs sources, la délégation algérienne a accepté en principe d’entrer dans le mécanisme technique, tout en cherchant à préserver une posture honorable devant l’opinion publique intérieure et régionale. De leur côté, certaines franges de la pseudo RASD ont exprimé des réserves, estimant que l’enjeu principal, le droit à l’autodétermination par référendum, n’est pas garanti par des négociations adossées à l’autonomie proposée par le Maroc.

Lire aussi : Sahara : quatre délégations réunies à Madrid pour relancer les négociations sous médiation américaine

Les équilibres régionaux et internationaux en filigrane

Le dossier du Sahara ne se résume pas à une dispute bilatérale Rabat-Alger, il recoupe des intérêts régionaux (Mauritanie, pays du Maghreb) et des recompositions internationales. Les précédents rapprochements diplomatiques, dont la reconnaissance américaine et française d’une large marge de souveraineté marocaine, pèsent dans la balance.

Par ailleurs, la capacité ou la volonté de puissances comme la Russie, l’Iran ou le Venezuela de soutenir publiquement Alger a connu des oscillations, ce qui fragilise le front de soutien extérieur au Polisario. Toutefois, les relations militaires et commerciales renforcées entre le Maroc et Washington (y compris des achats d’armement importants) fournissent au Maroc des leviers d’influence supplémentaires.

Les discussions techniques et la mise en avant d’un document d’autonomie s’accompagnent également de spéculations sur le rôle futur de la MINURSO. La mission, déjà fragilisée par des contraintes budgétaires et des coupes, pourrait voir son mandat redéfini si le processus technique progresse de manière satisfaisante aux yeux des parties prenantes et du Conseil de sécurité.

Cependant, l’acceptation « en principe » d’un cadre technique par Alger ne garantit pas que les opinions publiques nationales, ni les acteurs de la pseudo RASD, suivront sans heurt. Le refus algérien, selon des comptes rendus, de figurer aux côtés du Maroc sur une photo officielle lors de la réunion témoigne par ailleurs des limites d’un rapprochement encore fragile.

La réunion de Madrid, organisée par les États-Unis, n’a pas produit d’accord définitif, mais elle a modifié le cadre du débat. L’autonomie détaillée proposée par le Maroc est désormais traitée comme un document de négociation technique, et l’initiative américaine a habilement exploité la résolution 2797 du Conseil de sécurité pour créer un momentum politique dont le Maroc ne peut que profiter.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Sahara : Washington officialise des pourparlers multipartites à Madrid

Politique - Les USA et l’ONU ont facilité à Madrid des discussions entre le Maroc, le pseudo-RASD, l’Algérie et la Mauritanie sur l’application de la résolution 2797 de l’ONU.

Mouna Aghlal - 9 février 2026
Sahara : quatre délégations réunies à Madrid pour relancer les négociations sous médiation américaine

Politique - Quatre délégations, Maroc, Algérie, Mauritanie et Polisario, se réunit à Madrid sous médiation américaine pour relancer les négociations sur le Sahara.

Mouna Aghlal - 9 février 2026
Aviation militaire : le Maroc consolide sa position parmi les principales forces aériennes africaines

Politique - Le Maroc se classe quatrième en Afrique et 37ème au niveau mondial dans le récent classement 2026 des flottes aériennes militaires, avec un total estimé à 271 avions militaires actifs.

El Mehdi El Azhary - 9 février 2026
Casablanca : 48 millions de dirhams au cœur d’une controverse immobilière

Politique - Un élu du conseil communal de Casablanca a mis le feu aux débats lors de la séance de février en dénonçant des évaluations contradictoires de parcelles municipales, qui, selon lui, ont abouti à une perte financière importante pour les caisses de la ville.

El Mehdi El Azhary - 9 février 2026
Rabat accueille le 10e Forum parlementaire international sur la justice sociale

Politique - Rabat accueille la 10e édition du Forum parlementaire international sur la justice sociale. Responsables politiques, experts et organisations internationales échangent sur des politiques équitables visant à renforcer la résilience des sociétés face aux mutations mondiales.

Ilyasse Rhamir - 9 février 2026
Congrès extraordinaire du RNI : Chaouki prend les rênes du parti

Politique - Le Congrès national extraordinaire du Rassemblement national des indépendants (RNI), tenu samedi au Centre Mohammed VI des expositions d’El Jadida, a abouti à l’élection de Chaouki Mohamed à la présidence du parti.

El Mehdi El Azhary - 7 février 2026
Voir plus
Sahara : 4 ans pour tout régler ?

Dossier - Le Maroc peut maintenant demander plus : sortir le dossier du Sahara de la quatrième commission de l'ONU, inscrire le Polisario comme organisation terroriste…

Sabrina El Faiz - 25 janvier 2025
Inondations à Safi : le PJD demande la reconnaissance officielle de la catastrophe

Politique - Après les inondations meurtrières, le PJD demande une officialisation de la catastrophe pour soutenir les victimes et les sinistrés.

Mouna Aghlal - 17 décembre 2025
Sahara : Guterres appelle à un changement de cap

Politique - L’ONU tire la sonnette d’alarme : le Sahara reste en tension, Guterres appelle les parties à un changement de cap pour éviter l’escalade.

Hajar Toufik - 25 août 2025
Fête du Trône : le Roi adresse un discours à la Nation

Le roi Mohammed VI a adressé, mardi, un discours au peuple marocain à l’occasion du 26e anniversaire de son accession au Trône. Voici le texte…

Rédaction LeBrief - 29 juillet 2025
Parlement : la diplomatie de l’ombre

Dossier - À l’instar d’un pur-sang arabe, le Parlement avance toujours, rectifiant ses virages au besoin. Immersion dans un univers parallèle.

Sabrina El Faiz - 28 décembre 2024
Le roi Mohammed VI adressera un discours à son peuple ce soir

Politique - Le Ministère de la Maison Royale, du Protocole et de la Chancellerie annonce que le roi Mohammed VI adressera un discours à son peuple.

Rédaction LeBrief - 31 octobre 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire