PLF 2027 : l’Etat peut-il financer toutes ses ambitions ?
Image d’illustration PLF 2027 © DR
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Le premier enseignement du projet de loi de finances 2027, dont la version complète a été publiée ce 23 octobre, tient à la structure des ressources publiques. Les recettes ordinaires du budget général sont estimées à 482,4 milliards de dirhams (MMDH), dont 437,4 milliards de recettes fiscales. Les impôts constituent ainsi plus de 90% des ressources ordinaires de l’Etat.
Cette dépendance souligne l’importance de la capacité de l’économie marocaine à générer des revenus imposables. Chaque ralentissement de l’activité, de la consommation ou des bénéfices des entreprises peut affecter les recettes attendues. A l’inverse, une croissance plus soutenue peut élargir l’assiette fiscale sans nécessiter systématiquement une augmentation des taux d’imposition.
Les dépenses ordinaires atteignent, quant à elles, 433,1 milliards de DH. La différence laisse apparaître un solde ordinaire positif de 49,3 milliards. Autrement dit, les recettes courantes permettent théoriquement de couvrir le fonctionnement de l’Etat et les intérêts de la dette, tout en dégageant une capacité de financement partielle pour l’investissement.
Mais cette marge reste insuffisante au regard des 138 milliards de DH prévus pour les dépenses d’investissement du budget général. Le solde de celui-ci ressort ainsi à un déficit de 88,7 milliards de DH, avant prise en compte des emprunts et de l’amortissement de la dette.
L’Etat dispose donc de ressources importantes, mais ses ambitions dépassent ce qu’il peut financer par ses seules recettes ordinaires.
Le poids croissant des engagements permanents
La composition des dépenses révèle une autre contrainte : une part importante du budget est affectée à des charges difficiles à réduire rapidement.
Les dépenses de personnel représentent 195,7 milliards de DH, soit environ 45% des dépenses ordinaires. A cela s’ajoutent 110,2 milliards consacrés au matériel et aux dépenses diverses, ainsi que 64 milliards de charges communes.
Ces dépenses répondent à des besoins réels. Elles assurent le fonctionnement des administrations, la rémunération des agents publics et le financement de politiques nationales. Le projet prévoit d’ailleurs la création de 34.454 postes budgétaires, notamment dans les secteurs de l’Intérieur, de la Défense nationale et de la Santé.
Cependant, leur caractère largement récurrent réduit les possibilités d’ajustement à court terme. Une hausse durable de la masse salariale engage les finances publiques bien au-delà de l’exercice budgétaire concerné.
Ce phénomène crée une tension entre les obligations présentes et les ambitions futures. Plus les dépenses permanentes absorbent les ressources disponibles, plus l’Etat doit mobiliser de financements supplémentaires pour investir.
La problématique n’est donc pas nécessairement de réduire le fonctionnement public, mais de s’assurer que son coût s’accompagne d’une amélioration mesurable des services rendus aux citoyens et aux entreprises.
L’investissement public face à l’exigence de résultats
Avec 138 milliards de DH de crédits de paiement, l’investissement occupe une place centrale dans l’architecture budgétaire de 2027. Ce montant concerne toutefois le budget général et ne représente pas la totalité de l’investissement public, auquel participent également les établissements et entreprises publics ainsi que les collectivités territoriales.
Dans un contexte marqué par les grands chantiers d’infrastructures et les préparatifs de la Coupe du monde 2030, la question de l’efficacité économique des investissements devient essentielle.
Une infrastructure peut stimuler l’activité pendant sa construction, mobiliser des entreprises et créer des emplois. Mais sa contribution durable à la croissance dépend ensuite de son utilisation, de son entretien et de sa capacité à améliorer la productivité.
Une voie de transport facilitant les échanges économiques peut générer des bénéfices pendant plusieurs décennies. A l’inverse, un équipement insuffisamment exploité peut engendrer des charges supplémentaires sans produire les recettes ou les gains économiques espérés.
La question fondamentale devient alors celle du rendement de l’investissement public. Chaque dirham engagé doit être apprécié non seulement au regard de sa contribution immédiate à l’activité, mais aussi de sa capacité à attirer l’investissement privé, à renforcer les entreprises marocaines et à générer des recettes fiscales futures.
Cette exigence apparaît d’autant plus importante que le PLF autorise une réserve de précaution pouvant atteindre 15% des crédits de paiement destinés à l’investissement du budget général. Cette disposition offre un instrument de régulation budgétaire, mais soulève aussi la question du rythme effectif de réalisation des projets.
La dette, un outil nécessaire mais contraignant
Le projet prévoit 45,9 milliards de DH pour les intérêts et commissions de la dette publique. Cette somme représente près de 10% des recettes ordinaires de l’Etat.
Elle ne correspond qu’au coût financier de la dette, sans inclure le remboursement du capital arrivant à échéance.
Pour 2027, l’amortissement de la dette publique à moyen et long termes est estimé à 69,4 milliards de DH. En ajoutant cette échéance aux besoins budgétaires, le besoin brut de financement de l’Etat atteint près de 159 milliards.
Le PLF prévoit 120 milliards de DH de recettes d’emprunts à moyen et long termes, répartis à parts égales entre financements intérieurs et extérieurs. Après ces emprunts, le tableau d’équilibre fait encore apparaître un besoin résiduel de financement de 39 milliards de DH.
Le recours à l’endettement n’est pas problématique en lui-même. Il peut être économiquement justifié lorsqu’il finance des investissements capables de soutenir durablement l’activité et les recettes publiques.
En revanche, lorsque la dette sert principalement à compenser des déséquilibres récurrents sans amélioration des capacités productives, sa charge peut progressivement limiter les marges de manœuvre futures.
La soutenabilité dépendra donc aussi bien du coût du financement que de la croissance économique et de la rentabilité des dépenses engagées.
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