L’heure légale : un débat de société aux multiples facettes
Intervention de Hakima El Hiti, présidente du centre Sanabil, lors d'une rencontre au sujet de l'impact de l'heure légale au Maroc
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Lors d’une récente conférence organisée par le Centre Sanabil pour les études et les politiques publiques, des experts ont analysé ces enjeux sous différents angles : économique, juridique, et sanitaire. Parmi les intervenants figuraient Hakima El Hiti, présidente du Centre Sanabil, Nezha Chaabi, chercheuse en droit, et Nabil Adel, professeur en économie et relations internationales.
Un choix économique controversé
Nabil Adel, coordinateur général du Centre Sanabil, a souligné que le Maroc est le seul pays au monde à adopter ce système hybride. Selon lui, les arguments économiques avancés pour justifier cette mesure, notamment l’alignement sur l’Europe, partenaire commercial majeur, sont peu convaincants. En effet, seulement trois secteurs (tourisme, commerce extérieur et services financiers) bénéficieraient de cet alignement horaire, tandis que les autres subissent des pertes de productivité, notamment en raison du décalage entre les rythmes biologiques et les horaires de travail.
« L’Europe représente 60% de nos échanges commerciaux, mais cela ne justifie pas de sacrifier le bien-être des citoyens. Les études montrent que la productivité est maximale le matin. Or, l’heure légale actuelle réduit cette fenêtre de productivité d’une heure entière », souligne Nabil Adel.
De plus, Nabil Adel a rappelé que les pays les plus compétitifs, comme la Chine ou les États-Unis, misent sur des infrastructures solides et un climat des affaires attractif, plutôt que sur des ajustements horaires. Il a proposé une solution alternative : appliquer un fuseau horaire spécifique aux secteurs concernés par les échanges avec l’Europe, tout en laissant le reste du pays à l’heure standard.
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Des conséquences sanitaires et sociales alarmantes
Hakima El Hiti, présidente du Centre Sanabil, a insisté sur l’impact négatif de l’heure légale sur la santé des citoyens. Elle a évoqué des études montrant que le décalage horaire perturbe le rythme circadien, entraînant des troubles du sommeil, une fatigue accrue et une baisse de la concentration. Ces effets sont particulièrement marqués chez les enfants et les populations rurales, où les journées commencent souvent dans l’obscurité, en l’absence d’éclairage public adéquat.
« En hiver, des enfants se rendent à l’école dans le noir, sans éclairage ni sécurité. Cela pose un problème de santé publique et de sécurité routière », s’alarme Hakima El Hiti. Elle a également souligné que cette mesure aggrave les inégalités sociales, en affectant davantage les populations défavorisées, qui n’ont pas les moyens de s’adapter (éclairage, chauffage, etc.).
Un vide juridique et un manque de consultation citoyenne
Nezha Chaabi, chercheuse en droit, a analysé la dimension juridique de cette politique. Elle a rappelé que la Constitution marocaine de 2011 garantit le droit à la santé (article 31) et que toute politique publique doit respecter les principes de proportionnalité et de bonne gouvernance. Or, selon elle, la décision d’adopter l’heure légale permanente a été prise sans consultation citoyenne ni évaluation d’impact préalable.
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« Une politique publique doit être évaluée en continu. Ici, nous avons un exemple de décision prise sans étude sérieuse des conséquences sur la santé et le bien-être des citoyens », insiste Nezha Chaabi, qui a plaidé pour une révision de cette mesure, en s’appuyant sur des données scientifiques et une approche participative impliquant la société civile.
Vers une réforme ? Les propositions des experts
Les intervenants ont formulé plusieurs recommandations pour atténuer les effets négatifs de l’heure légale : abolir l’heure d’été permanente et revenir à un système classique, aligné sur le méridien de Greenwich (GMT+0), comme avant 2018 ; instaurer un fuseau horaire différencié pour les secteurs économiques dépendants de l’Europe ; lancer une étude d’impact indépendante sur les conséquences sanitaires, sociales et économiques de cette mesure ; et impliquer les citoyens dans le processus décisionnel, via des consultations publiques et des débats parlementaires.
Hakima El Hiti a conclu en appelant à une politique publique centrée sur l’humain, rappelant que « la santé des citoyens est un trésor inestimable, bien plus précieux que des gains économiques à court terme ».
Le débat sur l’heure légale au Maroc reflète une tension plus large entre modernité économique et bien-être social. Alors que le gouvernement défend cette mesure comme un levier de compétitivité, les experts du Centre Sanabil alertent sur ses coûts humains et sociaux. Leur plaidoyer pour une réforme s’inscrit dans une dynamique mondiale, où de plus en plus de pays, notamment au sein de l’Union européenne, remettent en question le changement d’heure saisonnier.
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