« C’est votre responsabilité » : les techniques des arnaqueurs téléphoniques
Capture d'écran True Caller, suite à la tentative d'arnaque © DR
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Les tentatives d’arnaque par téléphone sont de plus en plus nombreuses. Toutes les familles comptent au moins une victime de faux conseillers bancaires, faux agents administratifs ou prétendus services de sécurité. Les scénarios et les rôles varient, mais les mécanismes de manipulation restent les mêmes. Ils tentent de provoquer une réaction émotionnelle rapide, empêchant toute prise de recul.
Créer une urgence pour court-circuiter la réflexion
Première étape quasi systématique, installer un sentiment d’urgence. « Votre carte va périmer, nous devons bloquer votre compte… ». Un problème supposé sur le compte, une carte bancaire compromise, une opération suspecte… Les termes sont volontairement vastes, mais suffisamment inquiétants pour déclencher une alerte immédiate.
Cette urgence n’est pas réelle. Elle vise à empêcher la victime de vérifier l’information, de raccrocher ou de demander un avis extérieur. La victime a envie d’éviter le drame et se retrouve face à un arnaqueur rassurant, qui lui dit vouloir l’aider, pour des raisons de « sécurité des données personnelles ». Cette phrase n’a rien à faire là, elle est hors sujet, mais l’arnaqueur est prêt à utiliser de grands termes pour rassurer.
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Pour inspirer confiance, les arnaqueurs utilisent des éléments génériques : type de carte bancaire, vocabulaire technique, références à des procédures internes. Ces informations, publiques et connues de tous, donnent l’illusion d’un interlocuteur « qui sait ».
Il réduit ainsi la méfiance. Mais si la victime exprime un doute ou souhaite vérifier auprès de sa banque, le discours change. Le ton se durcit d’un coup et place à la pression psychologique.
Certaines phrases reviennent fréquemment :
« Si un problème survient, ce sera votre responsabilité »
« Imaginez si votre carte tombe entre de mauvaises mains »
« Répondez maintenant, sinon il sera trop tard »
« Quel intérêt j’aurais à vous demander ça ? Je ne veux faire que mon travail, s’il vous plaît, finissons-en ».
Ce type de formulation repose sur la culpabilisation et la peur des conséquences, deux leviers émotionnels très efficaces.
L’arnaqueur poursuit, sans transition et toujours très rapidement, en demandant si votre carte guichet débute par tels chiffres, ou tels chiffres. Et vous rassure à nouveau en vous disant « comment connaitrais-je ces chiffres si je ne travaillais pas à la banque ? ». Eh bien, il y a une série de chiffres au début de chaque carte, que nous pouvons retrouver sur TOUTES les cartes Mastercard et Visa… Voilà comment il sait, tout le monde peut avoir accès à cette information. Pour la faire courte, il fait semblant de savoir, alors que l’information qu’il vérifie, c’est le genre de carte que vous avez.
Si la victime refuse de les fournir, l’arnaqueur insiste en affirmant que la carte sera bloquée, en réclamant, mine de rien, la date de péremption inscrite sur votre carte. Tentative pour avoir une troisième information. Si la victime refuse de répondre, il n’a rien, si elle répond, il ne lui manque que le reste des chiffres et les 3 chiffres de sécurité pour finaliser l’arnaque. Il ne demande pas tout d’un coup afin d’embrouiller l’interlocuteur.
Refuser toute alternative rassurante
Un indicateur permet pourtant de démasquer l’arnaque. Le refus catégorique de toute solution hors de l’appel. Un véritable établissement bancaire accepte toujours qu’un client se rende en agence ou rappelle via un numéro officiel. L’arnaqueur, lui, insiste pour régler la situation immédiatement, par téléphone ou via un SMS de confirmation. « Vous recevrez immédiatement un SMS de confirmation et pourrez vous rendre à l’agence avec ce numéro afin de prendre votre nouvelle carte. Ils ne vous la donneront pas sans ce code ».
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Ce message prétendument officiel peut imiter l’identité visuelle d’une banque ou d’un service connu et contenir un lien frauduleux. L’objectif est de finaliser l’arnaque en récupérant des données sensibles ou en validant une opération. L’arnaqueur peut, toutefois, s’arrêter aux informations obtenues lors de l’appel, largement suffisantes pour une transaction.
Comment éviter de tomber dans le piège ?
Selon les banques, quelques règles simples permettent de se protéger efficacement :
-Ne jamais communiquer de numéro de carte, code confidentiel ou mot de passe par téléphone
-Raccrocher immédiatement en cas de pression ou de discours alarmiste
-Toujours contacter sa banque soi-même, via un numéro officiel
-Se méfier des SMS ou liens reçus après un appel non sollicité
A retenir : une banque n’exige jamais une réponse immédiate sous menace ! Une banque accepte que vous alliez régler l’affaire en agence, avec votre banquier habituel.
Les arnaques en chiffres
Plus de 6,4 millions de tentatives de phishing ont été bloquées au Maroc en 2024, ainsi que plus de 1,6 million de pièces jointes malveillantes, selon un rapport de Kaspersky. Preuve de l’ampleur des tentatives d’escroquerie et d’attaque contre les utilisateurs mobiles et internet, bien au-delà de l’arnaque téléphonique seule.
Une étude internationale (Stay Secure, menée par Visa et d’autres partenaires) indique que 92% des consommateurs marocains sont susceptibles de tomber dans une arnaque en ligne ou téléphonique parce qu’ils ignorent souvent les signes d’alerte.
33% des Marocains ont déjà été victimes d’au moins une arnaque et 12% l’ont été plusieurs fois. Les tentatives d’arnaque ne sont donc pas rares ! Des fraudeurs s’adressent même aux résidents ruraux en se faisant passer pour des agents d’aides sociales afin d’extorquer des données personnelles ou financières au téléphone.
Des enquêtes ont aussi révélé qu’une centaine de gérants et employés de centres d’appels fictifs étaient impliqués dans des opérations frauduleuses de long transfert d’appels pour générer des coûts ou extorquer de l’argent, causant plus de 2 millions de dirhams de pertes signalées par les autorités.
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