Logement au Maroc : l’accès à la propriété est-il vraiment à la portée des jeunes ?
Logement ; image d'illustration ©maroc.ma
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Quitter le domicile familial, louer un premier appartement ou commencer à rembourser un crédit immobilier : pour de nombreux jeunes, l’accès au logement représente une étape importante vers l’indépendance. Mais entre les revenus disponibles, les dépenses du quotidien et le coût d’un bien immobilier, cette étape peut rapidement devenir un casse-tête financier. Au Maroc, les chiffres permettent de mieux comprendre pourquoi se loger ne se résume pas à trouver un appartement.
Se loger, un poste de dépense qui pèse lourd
Avant même d’envisager un achat, il faut pouvoir assumer les dépenses liées au logement. Loyer, électricité, eau et charges courantes occupent une place importante dans le budget des ménages, au même titre que l’alimentation et les transports.
Selon l’enquête nationale sur le niveau de vie des ménages 2022-2023 du Haut-Commissariat au Plan (HCP), les dépenses consacrées à l’habitation et à l’énergie représentaient 25,4% du budget total des ménages en 2022, contre 23% en 2014. Autrement dit, plus d’un dirham sur quatre dépensé par les ménages était consacré à ces postes.
Cette proportion ne correspond pas uniquement aux loyers : elle englobe les dépenses d’habitation et d’énergie retenues dans l’enquête. Elle donne néanmoins une idée de la place du logement dans les dépenses quotidiennes.
Pour un jeune qui commence à travailler, l’enjeu est particulièrement concret. Une fois le loyer et les factures payés, il faut encore financer l’alimentation, les déplacements, la santé et les autres besoins courants. La capacité à épargner pour préparer un achat peut alors devenir limitée.
Acheter un appartement : des prix qui ne disent pas tout
Devenir propriétaire constitue une autre difficulté. Pourtant, la hausse des prix immobiliers ne suffit pas, à elle seule, à expliquer les obstacles rencontrés par les acheteurs. Il faut aussi tenir compte de leurs revenus, de leur épargne et de leur capacité à obtenir un crédit.
Selon les données publiées par Bank Al Maghrib (BAM) et l’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie (ANCFCC), l’indice des prix des actifs immobiliers a progressé de 0,6% sur l’ensemble de l’année 2025. Les prix des biens résidentiels ont, eux, augmenté de 0,8%.
Cette évolution reste modérée à l’échelle nationale. Elle ne signifie cependant pas que l’achat d’un logement est devenu accessible à tous. Un indice mesure une évolution moyenne des prix, pas le montant qu’un jeune doit débourser pour acheter un appartement dans une ville donnée.
Les situations varient également selon les territoires et les biens recherchés. Le budget nécessaire pour se loger à Casablanca, Rabat ou dans une ville de taille plus modeste n’est pas forcément le même. À cela s’ajoutent les frais liés à l’acquisition et les mensualités d’un éventuel crédit immobilier.
Le principal obstacle n’est donc pas seulement le prix affiché. C’est aussi la capacité à réunir les fonds nécessaires et à supporter les remboursements sur plusieurs années, sans fragiliser son budget.
Aide directe au logement : un coup de pouce, mais pour qui ?
Pour faciliter l’accès à la propriété, le Maroc a lancé en janvier 2024 un programme d’aide directe au logement, destiné notamment aux personnes qui achètent leur résidence principale.
Le dispositif prévoit une aide de 100.000 dirhams pour un logement dont le prix est inférieur ou égal à 300.000 dirhams, toutes taxes comprises, et de 70.000 dirhams pour un logement dont le prix est supérieur à 300.000 dirhams et inférieur ou égal à 700.000 dirhams, sous réserve des conditions d’éligibilité.
Le programme vise à réduire le montant que l’acquéreur doit financer lui-même. Il peut donc faciliter l’achat d’un premier logement pour certains ménages, à condition de trouver un bien correspondant aux critères et de pouvoir assumer le financement restant.
En octobre 2025, la ministre chargée de l’Habitat indiquait que 36.576 jeunes de moins de 40 ans avaient bénéficié du programme. Parmi eux, 63% avaient reçu une aide de 70.000 dirhams et 37% une aide de 100.000 dirhams.
Ces chiffres montrent que le dispositif a effectivement permis à des jeunes d’accéder à la propriété. Ils ne suffisent toutefois pas à déterminer combien de jeunes restent exclus du marché immobilier, ni à mesurer précisément l’effet de l’aide sur leur budget à long terme.
Lire aussi : Ils ont consacré leur vie à construire une famille. Que peuvent-ils en attendre lorsqu’ils vieillissent ?
L’indépendance résidentielle, au-delà de l’achat
L’accès au logement ne se limite pas à devenir propriétaire. Pouvoir louer un appartement sans consacrer une part excessive de ses revenus au loyer constitue également un enjeu d’autonomie.
Les données nationales disponibles éclairent le poids des dépenses de logement et l’évolution du marché immobilier. Elles ne permettent cependant pas, à elles seules, de mesurer précisément la situation de tous les jeunes : les revenus, la stabilité professionnelle, le soutien familial et le lieu de résidence peuvent modifier considérablement les possibilités de chacun.
Une chose ressort néanmoins des chiffres : le logement représente une part importante des dépenses des ménages, tandis que l’achat suppose de pouvoir mobiliser des ressources financières conséquentes. Les aides publiques peuvent alléger cette charge pour certains acquéreurs, mais elles ne répondent pas automatiquement à toutes les difficultés liées à la location ou à l’accession à la propriété.
Derrière la recherche d’un appartement se dessine ainsi une question plus large : à quelles conditions les jeunes peuvent-ils accéder à un logement qui leur permette de gagner en autonomie sans compromettre leur équilibre financier ?
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