Investir dans la sécurité alimentaire : une priorité pour les pays du Golfe

Mouna Aghlal

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large yMjwroXFId98gTfVMfuRQMiDv73JyigkFAjmK Bi0pAA 400-hectare wheat farm in the desert in Sharjah, United Arab Emirates. ©Reuters/Rula Rouhana

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Les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) : Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite et Émirats arabes unis, font face à un défi majeur en matière de sécurité alimentaire. Bien qu’ils figurent parmi les pays les plus sûrs sur le plan alimentaire selon l’indice mondial de sécurité alimentaire, ils importent jusqu’à 85% de leur nourriture. Cette dépendance aux importations les rend vulnérables aux chocs de la chaîne d’approvisionnement, notamment en période de crises mondiales comme la pandémie de Covid-19.

Pour répondre à cette problématique, les pays du Golfe ont entamé une transformation ambitieuse visant à renforcer leur production alimentaire nationale, tout en investissant dans des technologies innovantes et des partenariats public-privé. Ces efforts pourraient ajouter 30,5 milliards de dollars à l’économie régionale, tout en assurant une sécurité alimentaire durable.

Une dépendance aux importations préoccupante

Les pays du CCG sont confrontés à un dilemme de sécurité alimentaire. Malgré leur richesse relative et leurs politiques d’importation stratégiques, la majorité de leur nourriture provient de l’étranger, y compris des produits de base comme le riz, les céréales, la viande et les légumes. Cette dépendance aux importations les expose à des risques liés à la volatilité des chaînes d’approvisionnement mondiales, aux perturbations géopolitiques et aux crises climatiques. Par exemple, la pandémie de Covid-19 a mis en lumière la fragilité de ces chaînes d’approvisionnement, incitant les gouvernements à agir rapidement pour renforcer leur résilience alimentaire.

En outre, les pays du Golfe doivent composer avec des défis environnementaux majeurs, tels que la pénurie d’eau, la limitation des terres arables et la hausse des températures. Ces contraintes rendent difficile la production alimentaire locale à grande échelle. Cependant, plutôt que de considérer ces défis comme des obstacles insurmontables, les pays du CCG les transforment en opportunités en investissant massivement dans des stratégies de production nationale et en adoptant des technologies innovantes.

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Une stratégie régionale unifiée pour la sécurité alimentaire

Pour réduire leur dépendance aux importations, les pays du CCG ont mis en place une stratégie régionale unifiée de sécurité alimentaire. Cette stratégie vise à développer des projets agricoles, d’élevage et de pêche qui assureront non seulement la sécurité alimentaire, mais aussi la durabilité. L’objectif est d’ajouter environ 30,5 MM de dollars à l’économie du Golfe grâce à ces initiatives. Les investissements dans les technologies alimentaires ont déjà porté leurs fruits, avec un secteur agricole et de la pêche qui contribue désormais à hauteur de 1,8% au produit intérieur brut (PIB) de la région. Le nombre d’entreprises dans le secteur de l’agriculture et de l’élevage a également augmenté de 20%.

Les gouvernements du CCG ont également reconnu l’importance des partenariats public-privé pour atteindre leurs objectifs de sécurité alimentaire. Par exemple, l’Arabie saoudite vise à localiser 85% de sa transformation alimentaire dans 11 clusters nationaux d’ici 2030. Le fonds d’investissement public saoudien (PIF) travaille en étroite collaboration avec le secteur privé, notamment en signant une joint-venture avec la société agricole américaine aerofarms pour construire et exploiter des fermes verticales intérieures au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Des projets ambitieux à travers la région

Les initiatives en matière de sécurité alimentaire se multiplient dans toute la région du golfe. À Oman, un investissement de 4,2 milliards de dollars est en cours pour construire la ville agricole de Saham. Ce projet, qui s’étend sur 65 km², est destiné à soutenir 30.000 agriculteurs de la région et à nourrir 25.000 personnes par an. La ville agricole de Saham utilisera des techniques avancées d’agriculture hydroponique, une méthode de culture sans sol qui permet d’économiser de l’eau et d’optimiser la production.

De même, le royaume de Bahreïn a lancé l’initiative nationale pour le développement agricole (NIAD) en 2010. Cette initiative vise à unifier les efforts et les investissements des secteurs public et privé pour un développement agricole durable. Parmi les mesures prises figurent des programmes de formation et de sensibilisation à l’agriculture, ainsi que la création d’une base de données agricole, Agro BH, pour centraliser les informations, encourager les investissements et soutenir la recherche et le développement dans le secteur agricole.

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L’agritech au cœur de la transformation alimentaire

La technologie et l’innovation jouent un rôle crucial dans la transformation du secteur agricole dans les pays du golfe. Face à une population mondiale qui devrait atteindre 10 milliards d’habitants d’ici 2050, les pays du CCG investissent massivement dans l’agritech pour nourrir leur population de manière durable. Six mégatendances émergentes de la foodtech ont été identifiées par le digital food Lab, notamment la ferme résiliente, les protéines durables, la chaîne d’approvisionnement intelligente et l’automatisation alimentaire.

À Dubai, le projet food tech valley est un exemple phare de cette transformation. Ce pôle technologique est conçu pour favoriser les produits alimentaires et agricoles propres et technologiques, dans le cadre des efforts visant à tripler la production alimentaire des Émirats arabes unis et à accroître la résilience agricole. En 2024, un accord a été conclu avec refarm pour construire une gigantesque ferme de haute technologie, capable de cultiver plus de 3 millions de kilogrammes de produits par an grâce à une technologie d’agriculture verticale intelligente basée sur l’intelligence artificielle. Cette ferme, qui devrait être opérationnelle d’ici 2025, pourrait remplacer 1 % des importations alimentaires des Émirats arabes unis.

Lire aussi: SIAM 2025 : l’eau et la durabilité au cœur de la 17ᵉ édition du Salon International de l’Agriculture au Maroc

À Bahreïn, le partenariat stratégique entre edamah et badia farms vise à produire des fruits et légumes frais en utilisant des techniques d’agriculture hydroponique avancées. Ce projet s’inscrit dans une tendance plus large de la région à adopter des méthodes de culture innovantes pour surmonter les contraintes environnementales.

Les pays du Conseil de coopération du golfe sont à un tournant décisif en matière de sécurité alimentaire. En investissant massivement dans la production alimentaire nationale, les technologies innovantes et les partenariats public-privé, ils transforment des défis environnementaux et économiques en opportunités de croissance. Ces efforts ne se limitent pas à assurer la sécurité alimentaire de la région ; ils contribuent également à diversifier les économies du Golfe et à créer des milliers d’emplois dans le secteur agroalimentaire.

Alors que la population mondiale continue de croître et que les défis environnementaux s’intensifient, les initiatives prises par les pays du CCG pourraient servir de modèle pour d’autres régions confrontées à des problèmes similaires. En combinant innovation, collaboration et investissement, les pays du Golfe montrent qu’il est possible de construire un avenir alimentaire durable et résilient.

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