Imany : « Réprimer sa colère, c’est se nier soi-même »
Imany, lors d'une interview exclusive avec LeBrief, à Rabat, à l'occasion du Festival Mawazine, le 22 juin 2026 © LeBrief
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Sa voix grave et enveloppante est devenue au fil des années l’une des signatures les plus reconnaissables de la scène musicale internationale. Entre soul, folk et influences venues d’ailleurs, Imany a construit une œuvre qui résonne bien au-delà des langues et des frontières. De passage à Rabat pour le Festival Mawazine, l’artiste s’est entretenue avec LeBrief sur ce lien singulier qu’elle entretient avec son public, sur les émotions qui nourrissent sa création et sur l’importance de préserver des espaces de silence dans une époque où tout s’accélère.
-LeBrief : Votre voix est immédiatement reconnaissable et vos chansons traversent les frontières. Comment expliquez-vous ce lien si particulier que vous avez réussi à créer avec des publics issus de cultures très différentes ?
-Imany : La musique possède une force rare, elle s’adresse directement au cœur. C’est probablement la forme d’art la plus démocratique qui existe. Elle dépasse les langues, les cultures, les appartenances et même les convictions. Là où les mots peuvent parfois diviser, la musique, elle, rassemble. Elle se moque des frontières et trouve toujours un chemin vers l’intime. C’est peut-être ce qui explique que mes chansons puissent toucher des personnes très différentes les unes des autres. La musique traverse les êtres avant même qu’ils n’aient le temps de l’analyser.
-LeBrief : Dans vos prises de parole, vous évoquez souvent la place des émotions, notamment celle de la colère chez les femmes. Pourquoi ce sujet vous semble-t-il si important ?
-Imany : Parce qu’être une femme à part entière, c’est aussi accepter toutes les facettes de son identité. Trop souvent, les femmes apprennent à réprimer leur colère pour préserver une forme de paix extérieure. Mais lorsqu’on refuse d’écouter cette émotion, on finit par créer un conflit intérieur.
La colère n’est pas un défaut. Elle est aussi légitime que la joie. Elle nous signale qu’une limite a été franchie, qu’une situation mérite d’être regardée en face. L’ignorer revient à laisser une inondation gagner du terrain jusqu’à ce qu’elle nous submerge. J’encourage les femmes à accueillir toutes les dimensions de ce qu’elles sont, sans hiérarchiser leurs émotions. Préserver la paix à l’extérieur crée parfois la guerre à l’intérieur.
-LeBrief : Après tant d’années de succès, qu’est-ce qui continue à vous pousser à monter sur scène ?
-Imany : La scène reste un mystère. Chaque concert est une remise en question. Même aujourd’hui, je ressens du trac avant de monter devant un public. Je me demande toujours comment les gens recevront ce que j’ai à leur offrir. Monter sur scène, c’est accepter une forme de vulnérabilité totale. C’est dire : « Voilà qui je suis », avec le plus de sincérité possible, c’est se mettre à nu devant le public.
Et puis il y a cette chose extraordinaire que peu d’artistes connaissent sous cette forme, la réaction immédiate du public. Après chaque chanson, il y a des applaudissements, des regards, une énergie qui circule. C’est un privilège immense. Lorsque je rentre chez moi pour préparer le dîner à mes enfants, personne ne m’applaudit, et c’est très bien ainsi. Mais sur scène, il existe une forme d’amour instantané, presque unique. C’est une sensation profondément humaine, difficile à retrouver ailleurs.
-LeBrief : Dans une époque où tout semble aller toujours plus vite, quelle place faudrait-il accorder au silence ?
-Imany : Une place bien plus importante que celle que nous lui accordons aujourd’hui. Nos ancêtres vivaient avec davantage de silence. Désormais, le moindre vide nous inquiète. Nous avons peur de manquer quelque chose, peur de nous retrouver seuls avec nos pensées.
Pourtant, le silence est un espace de rencontre avec soi-même. C’est là que l’on peut écouter ce que l’on ressent réellement, comprendre ce qui nous traverse et évoluer. Si la prière et la méditation existent depuis des millénaires, ce n’est pas un hasard. Elles répondent à ce besoin fondamental de connexion intérieure. Dans un monde saturé de sollicitations, le silence n’est plus un luxe, c’est une nécessité.
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