Heure d’été : est-ce qu’on économise vraiment de l’électricité ?

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Heure d’été : est-ce qu’on économise vraiment de l’électricité ?Image d'illustration © DR

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Instaurée pour réduire la consommation énergétique et renforcer l’alignement économique avec l’Europe, l’heure d’été permanente au Maroc suscite un débat persistant. Une analyse récente du Centre Sanabil remet en question l’ampleur réelle des économies d’électricité.

Depuis le passage au GMT+1 permanent en 2018, avec une suspension durant le Ramadan, le Maroc fait figure d’exception. Derrière ce choix, un objectif affiché : économiser de l’électricité en optimisant l’usage de la lumière naturelle. Mais selon une note de politique publique publiée en avril 2026 par le Centre Sanabil pour les études et politiques publiques, rédigée par le professeur et chercheur, Nabil Adel, les bénéfices énergétiques de ce dispositif restent limités, voire surestimés.

Des économies d’énergie très relatives

Le principal argument en faveur de l’heure d’été repose sur la réduction de la consommation électrique liée à l’éclairage. Or, les données analysées montrent que les gains sont marginaux. Une baisse d’environ 0,3% de la consommation électrique a été observée après la réforme, soit près de 37,6 GWh économisés. Certaines estimations évoquent un gain global atteignant à peine 0,5% de la consommation nationale.

Lire aussi : La contestation du GMT+1 dépasse 330.000 signatures

Ces résultats s’expliquent par l’évolution des modes de consommation. L’éclairage ne constitue plus le principal poste de dépense énergétique, contrairement aux décennies passées. En parallèle, les usages liés au chauffage matinal en hiver et à la climatisation en soirée peuvent annuler, voire dépasser, les économies réalisées.

Un modèle peu adapté à la géographie marocaine

L’efficacité de l’heure d’été dépend fortement de la latitude. Conçu pour des pays à forte variation saisonnière de la lumière, ce système perd en pertinence dans des régions comme le Maroc, situé entre 30 et 35 degrés nord. La durée du jour y varie moins qu’en Europe du Nord, ce qui limite l’impact du décalage horaire sur la consommation énergétique.

L’analyse souligne que dans ces conditions, l’heure d’été ne fait souvent que déplacer les pics de consommation plutôt que de les réduire. Les matinées hivernales, plus sombres, entraînent une utilisation accrue de l’électricité, compensant en partie les gains réalisés en soirée.

Des coûts invisibles mais réels

Au-delà de l’énergie, la note met en avant des effets indirects souvent négligés. Le décalage entre l’heure sociale et l’heure solaire perturbe les rythmes biologiques, en particulier en hiver, ce qui entraîne fatigue, baisse de la concentration et diminution de la productivité matinale.

Des études internationales citées dans le rapport montrent que ces effets peuvent s’installer dans la durée lorsque l’heure d’été est permanente. Cette baisse de performance représente un coût économique implicite, difficile à quantifier mais bien réel, qui vient relativiser les gains énergétiques.

GMT+1 : les Marocains sacrifiés ?

Une logique avant tout économique

Si les économies d’électricité apparaissent limitées, le maintien du GMT+1 s’explique davantage par des considérations économiques. L’alignement horaire avec l’Europe (principal partenaire commercial du Maroc) permet de faciliter les échanges, notamment dans les secteurs tournés vers l’international.

Ce choix répond ainsi à une logique de compétitivité et de synchronisation des marchés, bien plus qu’à un objectif strictement énergétique.

Une contestation sociale persistante

Sur le plan social, l’heure d’été permanente continue de diviser. Une part significative de la population évoque des perturbations du quotidien, notamment en hiver : réveils dans l’obscurité, fatigue accrue et difficultés pour les élèves.

Selon les données relayées dans la note, près de 40% des Marocains perçoivent un impact négatif sur leur qualité de vie. Cette perception renforce l’idée que les bénéfices du système ne compensent pas les désagréments qu’il engendre.

GMT+1 au Maroc : huit ans après, quel bilan pour la « souveraineté temporelle » ?

Repenser l’efficacité énergétique autrement

Face à ces constats, Nabil Adel appelle à dépasser le seul levier du changement d’heure. Des alternatives structurelles sont avancées, telles que l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, la généralisation du télétravail ou encore l’optimisation des horaires de travail.

Ces solutions, jugées plus durables, permettraient de réduire la consommation énergétique de manière plus significative, sans les effets secondaires associés au décalage horaire.

L’idée selon laquelle l’heure d’été permettrait de réaliser d’importantes économies d’électricité apparaît aujourd’hui largement relativisée. Si des gains existent, ils restent faibles et inégaux, souvent compensés par d’autres formes de consommation. Comme le souligne la note du Centre Sanabil pour les études et politiques publiques, signée par Nabil Adel, la question mérite d’être repensée dans une approche globale, intégrant les enjeux économiques, sociaux et sanitaires.

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