Guerre au Proche-Orient : la liberté d’expression en otage ?

Avatar de Atika Ratim

Temps de lecture :

Guerre au Proche-Orient : la liberté d’expression en otage ?Un soldat israélien dirige un véhicule blindé (APC) du côté israélien de la frontière de Gaza, alors que la violence autour de la bande de Gaza voisine s'intensifie à la suite d'un déchaînement massif perpétré par des infiltrés palestiniens armés, le 9 octobre 2023. © Amir Cohen / REUTERS

A
A
A
A
A

Au 34ᵉ jour de guerre, alors que les Forces de défense israélienne avancent sur plusieurs fronts, le Hamas aurait perdu le contrôle dans le nord de la bande de Gaza. Des milliers d’habitants, privés de besoins primaires, tentent de rejoindre le Sud. En Israël, les citoyens courent désormais jusqu’à un an d’emprisonnement pour toute personne qui consommerait «du matériel» jugé «terroriste».

L’armée israélienne renforce son emprise sur le nord de Gaza, alors que des milliers de Palestiniens fuient vers le sud dans l’espoir de trouver un abri, après plus d’un mois de bombardements et d’un siège qui les prive de nourriture et d’eau. Le Hamas aurait perdu tout le contrôle dans cette zone.

«Nous avons vu 50.000 Gazaouis fuir [mercredi] du nord vers le sud de la bande de Gaza. Ils se déplacent parce qu’ils ont compris que le Hamas a perdu le contrôle dans le Nord», a déclaré mercredi le porte-parole de l’armée israélienne. Un nombre qui porte à 72.000 le nombre de personnes parties, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU.

À ce jour, Tsahal a frappé plus de 14.000 cibles « terroristes », détruit 130 tunnels et confisqué plus de 4.000 armes, «dont la plupart se trouvaient dans des mosquées, des jardins d’enfants, des immeubles résidentiels et d’autres zones civiles exploitées par le Hamas», peut-on lire sur le briefing quotidien de l’armée israélienne.

Lire aussi : À Gaza, la fracture Nord-Sud menace la population

Alors que les délégations de plus de 80 pays et organisations sont réunies aujourd’hui en France pour discuter de la crise humanitaire à Gaza, le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a de nouveau exclu tout cessez-le-feu sans la libération des otages enlevés le 7 octobre. Ce sont 239 Israéliens encore détenus par le Hamas.

Criminaliser la «consommation de matériel terroriste»

Le Parlement israélien a adopté, lundi 6 novembre, un amendement à la loi antiterroriste du pays qui introduit la «consommation de matériel terroriste» comme une nouvelle infraction pénale. Le projet de loi, qui a été approuvé par 13 voix contre 4 à la Knesset, est une mesure temporaire de deux ans qui modifie l’article 24 de la loi antiterroriste pour interdire «la consommation systématique et continue de publications d’une organisation terroriste dans des circonstances qui indiquent une identification avec ladite entité».

Lire aussi : Au Proche-Orient, la vérité meurt dans l’obscurité de la guerre

L’infraction est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement. Les «publications spécifiques» mentionnées dans la loi englobent les expressions d’éloge, de soutien ou d’encouragement à des actes terroristes, les appels directs à commettre un acte de terrorisme, ainsi que la documentation d’un acte de terrorisme. Le projet de loi souligne également qu’il vise à lutter contre le phénomène du «terrorisme solitaire», ou la radicalisation des individus à travers la consommation médiatique.

De plus, le projet de loi désigne le Hamas et Daech comme les organisations terroristes auxquelles s’applique cette infraction. L’amendement accorde aussi au ministre de la Justice le pouvoir de déclarer des organisations terroristes supplémentaires aux fins de cet article, avec l’accord du ministre de la Défense et l’approbation de la Commission de la Constitution, des lois et de la justice de la Knesset.

«Cette loi est l’une des mesures législatives les plus intrusives et draconiennes jamais adoptées par la Knesset, car elle soumet les pensées à des sanctions pénales. À l’heure où les autorités israéliennes intensifient leur campagne visant à étouffer la liberté d’expression des citoyens palestiniens d’Israël, en menant une surveillance approfondie de leurs communications en ligne et en procédant à des arrestations sans précédent pour des délits présumés liés à la parole, la Knesset a promulgué une législation qui criminalise même une utilisation passive des médias sociaux. Cette législation empiète sur le domaine sacré des pensées et des croyances personnelles d’un individu et amplifie considérablement la surveillance étatique de l’utilisation des médias sociaux», a déploré Adalah, le centre juridique pour les droits de la minorité arabe en Israël, qui demandera à la Cour suprême de contester cette loi.

Lire aussi : La guerre, bien au-delà de Gaza

L’association a également critiqué l’amendement, affirmant qu’il n’a «aucun précédent» dans les pays démocratiques et que son ambiguïté laisse en fin de compte son interprétation aux autorités chargées de l’appliquer. Le conseiller juridique de la Knesset, Gur Bligh, qui avait fait part de ses inquiétudes concernant la version précédente du projet de loi, a déclaré que l’ajout d’une disposition spécifiant que l’individu doit aussi s’identifier au groupe publiant le contenu est suffisant pour éviter une «criminalisation excessive», ont rapporté les médias israéliens.

Le bal des arrestations, désormais ouvert

Depuis le début de la guerre, les citoyens palestiniens d’Israël ont fait l’objet d’une campagne d’arrestations sans précédent pour des délits liés à la parole, principalement à cause de publications sur les réseaux sociaux. Des dizaines de personnes ont été suspendues ou expulsées de leur emploi, de leur université ou de leur collège. Quelque 1,2 million de Palestiniens détiennent la citoyenneté israélienne et constituent environ 20% de la population du pays.

Regarder aussi : Bassem Youssef et Piers Morgan : round 2

Al Jazeera a rapporté ce jeudi matin que Mohammad Barakeh, chef du Haut Comité de suivi des citoyens arabes d’Israël, a été arrêté par les forces israéliennes à Nazareth. Les premières informations suggéraient que l’ancien membre du Parlement israélien avait été arrêté pour avoir planifié une manifestation contre la guerre. Un autre ancien membre de la Knesset, Haneen Zoabi, et Sami Abou Shehadeh, chef du parti Tajamo, auraient également été arrêtés.

Hier soir, une femme d’une trentaine d’années de Nahef a été arrêtée pour incitation au terrorisme après avoir mis en ligne un statut WhatsApp «faisant l’éloge et exprimant son soutien au Hamas» : «Ce matin, je suis fier de ne pas avoir été oublié, le 07/10/23, Dieu les a laissés gagner et les garder», a-t-elle écrit.

Suite à une enquête policière, un acte d’accusation a été déposé et sa détention a été prolongée par le tribunal en raison de la possibilité réelle de commettre un acte de violence ou de terrorisme en raison du contenu et des circonstances de la publication.

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Les États-Unis annoncent la levée du blocus maritime des ports iraniens

Les États-Unis annonce la fin du blocus maritime visant les ports iraniens, après plus de deux mois de restrictions qui ont perturbé le commerce mondial.

El Mehdi El Azhary - 18 juin 2026
Les Émirats arabes unis interdisent les réseaux sociaux aux moins de 15 ans

Les Émirats arabes unis instaurent un âge minimum de 15 ans pour accéder aux réseaux sociaux, avec des mesures strictes pour protéger les mineurs.

Ilyasse Rhamir - 18 juin 2026
Accord Iran-États-Unis : un compromis historique ou une simple trêve stratégique ?

L'Accord Iran-États-Unis ouvre une fenêtre de 60 jours pour sceller un accord nucléaire mais offre, entre-temps, plusieurs concessions à Téhéran. Décryptage.

El Mehdi El Azhary - 18 juin 2026
Accord Iran-USA : que révèle le protocole dévoilé à Washington ?

Accord Iran-USA : découvrez ce que l’on sait du protocole dévoilé par Washington, ses enjeux diplomatiques et les limites de cette nouvelle étape.

Rédaction LeBrief - 17 juin 2026
Le Royaume-Uni participera à la réouverture du détroit d’Ormuz, selon Starmer

Le Royaume-Uni se dit prêt à participer à la réouverture du détroit d’Ormuz après l’accord américano-iranien, via une mission multilatérale de sécurisation.

El Mehdi El Azhary - 16 juin 2026
Économie mondiale : la Banque mondiale alerte sur un ralentissement généralisé

La Banque mondiale prévoit une croissance mondiale limitée à 2,5% en 2026, freinée par les tensions géopolitiques et la hausse de l’énergie.

Mouna Aghlal - 16 juin 2026
Voir plus
Classement Forbes 2026 : 3.428 milliardaires et le Maroc y est bien présent

Monde - Richesse mondiale en forte hausse : le nombre de milliardaires atteint un record avec 3.428 fortunes cumulant plus de 20.100 milliards de dollars. Elon Musk domine largement le classement de Forbes, où figurent aussi plusieurs grandes fortunes marocaines.

Ilyasse Rhamir - 11 mars 2026
L’Agence française de développement s’apprête à tourner la page Rémy Rioux

Monde - Après dix ans à la tête de l'AFD, Rémy Rioux s’apprête à quitter ses fonctions. L’Élysée a proposé Christophe Lecourtier à son poste.

Mouna Aghlal - 11 mars 2026
L’Espagne met officiellement fin aux fonctions de son ambassadrice en Israël

Monde - L'Espagne a décidé de mettre un terme au mandat de son ambassadrice en Israël, rappelée depuis plusieurs mois dans un contexte de fortes tensions diplomatiques.

Ilyasse Rhamir - 11 mars 2026
Les États-Unis autorisent temporairement la vente de pétrole russe

Monde - Face à l’envolée des prix du brut provoquée par la guerre en Iran et les perturbations dans le détroit d’Ormuz, Washington autorise pendant un mois la vente de cargaisons de pétrole russe déjà chargées en mer afin de stabiliser l’offre mondiale.

Ilyasse Rhamir - 13 mars 2026
Guerre au Proche-Orient : l’Iran veut maintenir la pression sur le détroit d’Ormuz

Monde - L’escalade militaire au Proche-Orient se poursuit. L’Iran évoque le maintien de la pression sur le détroit d’Ormuz tandis que les frappes s’intensifient dans la région. La flambée du pétrole et les déplacements massifs de populations inquiètent la communauté internationale.

Ilyasse Rhamir - 12 mars 2026
Proche-Orient : le président français annonce un soutien militaire défensif aux partenaires de la région

Monde - La France a annoncé le déploiement de moyens militaires en Méditerranée et au Proche-Orient, dont une frégate et le porte-avions Charles-de-Gaulle.

El Mehdi El Azhary - 4 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire