FNACAM : de nouvelles mutations qui redessinent le terrain des assurances

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Assurance : les nouvelles mutations qui redessinent l’intermédiationIntervention de hilippe Rocard, PDG et administrateur de sociétés, professeur à l’ESA et à l’Université de Londres-Coventry lors d'un keynote organiser à l'occasion de la 10e édition de la FNACAM, le 8 octobre 2026 à Casablanca © LeBrief

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Les métiers de l’assurance et de l’intermédiation connaissent de profondes transformations sous l’effet de la financiarisation, des nouvelles technologies, du changement climatique et de l’évolution des comportements des assurés.

Intervenu dans un keynote organisé lors de la 10ᵉ édition de la FNACAM (Fédération nationale des agents et courtiers d’assurance au Maroc), Philippe Rocard, PDG et administrateur de sociétés, professeur à l’ESA et à l’Université de Londres-Coventry, a dressé un panorama des principales mutations observées à l’échelle internationale.

Selon lui, les risques doivent également être appréhendés comme des sources potentielles d’opportunités pour les intermédiaires, notamment les courtiers et les agents généraux. « À chaque fois qu’il y a un risque, il y a une opportunité derrière », a-t-il souligné, en invitant les professionnels à anticiper les transformations plutôt qu’à les subir.

La financiarisation transforme le courtage

Philippe Rocard a notamment mis en avant l’évolution du marché du courtage aux États-Unis. En deux décennies, la capitalisation boursière des grands courtiers a fortement progressé, passant, selon les données présentées, d’environ 6% de la capitalisation des principaux acteurs de l’assurance en 2006 à près de 40% aujourd’hui.

Cette montée en puissance s’explique notamment par une rentabilité jugée attractive et par des besoins en capitaux moins importants que ceux des compagnies d’assurance. Le phénomène s’est accompagné d’une importante consolidation du secteur. Les grands courtiers indépendants ont progressivement été rachetés par des groupes ou des fonds d’investissement.

Pour Philippe Rocard, cette dynamique ne se limite plus au marché américain. Elle gagne notamment le Royaume-Uni et commence à s’étendre à l’Europe continentale, avec une recherche de synergies et de réduction des coûts. Les grands acteurs développent également des activités de courtage grossiste, prennent des délégations de souscription ou de gestion des sinistres et investissent de nouveaux segments du marché.

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Les agents face au défi du numérique

Les agents généraux sont, eux aussi, confrontés à une transformation de leur modèle. L’essor du numérique favorise l’émergence d’une distribution « phygitale », combinant la relation en agence et les outils numériques.

Cette évolution est renforcée par l’intelligence artificielle et le développement des stratégies multicanales. Pour Philippe Rocard, l’agence traditionnelle isolée tend ainsi à laisser place à un modèle articulant présence physique, outils digitaux et dispositifs mis en place avec les compagnies d’assurance.

Parallèlement, le devoir de conseil prend une importance croissante. Les intermédiaires sont davantage appelés à démontrer qu’ils ont identifié les besoins du client et proposé une réponse adaptée. Cette exigence implique une meilleure traçabilité des échanges et des recommandations formulées.

La question de la rémunération demeure également sensible. Philippe Rocard relève que, dans plusieurs marchés internationaux, les taux de commission ont tendance à diminuer, mais que cette baisse peut être compensée par des rémunérations liées notamment à la qualité technique des résultats ou au multi-équipement des clients.

Le changement climatique bouleverse les risques assurantiels

Autre transformation majeure : l’accélération des catastrophes naturelles. Les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent plus fréquents et modifient progressivement la structure des risques supportés par les assureurs.

Philippe Rocard souligne notamment la progression des dommages liés aux tornades, aux orages, à la grêle et aux inondations. Ces événements, parfois moins sévères individuellement que les grands cyclones, se caractérisent toutefois par leur fréquence croissante, créant une pression supplémentaire sur les assureurs et les réassureurs.

Les expériences de la Californie et de la Floride illustrent, selon lui, les difficultés auxquelles sont confrontés les marchés lorsqu’il devient de plus en plus coûteux d’assurer certains territoires exposés aux catastrophes naturelles. Le Maroc, a-t-il estimé, a pour sa part privilégié une approche davantage équilibrée entre les intérêts des assureurs et l’intervention publique.

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Assurance paramétrique et nouvelles solutions

Face aux risques émergents, de nouvelles formes de couverture apparaissent. Philippe Rocard cite notamment l’assurance paramétrique, qui repose sur un indicateur préalablement défini. Lorsque celui-ci franchit un seuil déterminé, une indemnisation forfaitaire est déclenchée.

Ce mécanisme peut notamment couvrir les conséquences de la sécheresse, les variations météorologiques, la production d’énergie ou encore certains risques liés à l’activité numérique. Il offre ainsi des réponses à des risques pour lesquels l’assurance traditionnelle peine parfois à proposer des solutions adaptées.

D’autres mécanismes font également appel aux marchés financiers et aux investisseurs pour apporter des capacités supplémentaires de couverture lorsque les assureurs et réassureurs ne disposent pas de ressources suffisantes.

L’intermédiaire conserve un rôle central

Enfin, Philippe Rocard relativise la menace représentée par l’assurance directe en ligne. Dans plusieurs marchés européens, les consommateurs utilisent internet pour comparer les offres avant de se tourner vers un intermédiaire. Le modèle dominant demeure donc souvent hybride.

Cette évolution impose néanmoins aux agents et aux courtiers de renforcer leur rôle de conseil. Dans un environnement où l’accès à l’information devient immédiat, leur valeur ajoutée réside davantage dans leur capacité à analyser les besoins, expliquer les garanties et orienter le client vers une couverture adaptée.

Pour Philippe Rocard, l’avenir de l’intermédiation dépend ainsi de sa capacité à conjuguer expertise, conseil, outils numériques et adaptation aux nouveaux risques. Une transformation qui constitue autant un défi qu’une opportunité pour les professionnels du secteur.

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