Financement durable : ce que révèle un rapport régional sur la place du Maroc

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FinancementImage d'illustration © Depositphotos

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Le Maroc figure parmi les pays couverts par la première enquête régionale sur les crédits bancaires liés aux Objectifs de développement durable. Publié par la CESAO et l’Union des banques arabes, le rapport offre un éclairage précieux sur les priorités, les angles morts et les leviers du financement durable dans la région, avec des enseignements indirects mais parlants pour le cas marocain.

Le rapport « Survey on credit mobilized for the Sustainable Development Goals by Arab banks 2024 », publié par la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO/ESCWA) en collaboration avec l’Union des banques arabes (UAB), repose sur une enquête menée auprès de 30 institutions financières issues de neuf pays arabes, dont le Maroc.
Même si aucune donnée n’est détaillée par pays, l’inclusion du Royaume dans l’échantillon place son secteur bancaire au cœur d’une réflexion régionale sur le financement des ODD, à l’horizon 2030.

Selon le rapport, les banques répondantes ont mobilisé 33,9 milliards de dollars de crédits liés aux ODD en 2024, soit 18% de leurs portefeuilles de prêts. Un chiffre encore modeste au regard des besoins, mais qui marque une structuration progressive de la finance durable dans la région.

Quelles priorités de financement, et que disent-elles du Maroc ?

À l’échelle régionale, près de 70% des crédits ODD sont concentrés sur quatre axes :

• La lutte contre la pauvreté et la protection sociale.

• Le logement.

• L’industrie durable.

• Le tourisme durable.

Lire aussi : Banque participative : de timide à intimidante ?

Ces priorités résonnent fortement avec les choix économiques et sociaux du Maroc. Le logement social, les politiques de protection sociale généralisée, la montée en gamme industrielle ou encore la relance d’un tourisme plus durable figurent déjà parmi les axes stratégiques du Royaume. Le rapport suggère ainsi que les banques opérant au Maroc évoluent dans un environnement où les politiques publiques orientent fortement la demande de financement durable.

À l’inverse, certains domaines apparaissent comme largement sous-financés : l’égalité femmes-hommes, la biodiversité, la transformation numérique ou encore les institutions et la gouvernance. Autant de chantiers pourtant centraux dans les stratégies nationales marocaines, notamment en matière de transition numérique et de durabilité environnementale.

Inclusion financière : un décalage persistant

Autre enseignement important du rapport : le décalage entre l’existence de programmes et la réalité des financements.
Si 43% des banques interrogées disent disposer de dispositifs dédiés aux entreprises dirigées par des femmes, celles-ci ne captent que 14% des crédits accordés aux PME. Même constat pour les jeunes entrepreneurs, qui ne reçoivent qu’environ 10% des financements PME, malgré une large couverture programmatique.

Pour le Maroc, où l’inclusion financière des femmes et des jeunes constitue un enjeu central de développement, ces chiffres régionaux font écho à des difficultés structurelles bien connues, notamment l’accès au crédit, les garanties insuffisantes, la perception du risque et l’efficacité limitée des mécanismes d’accompagnement.

Classement 2024 : les banques les plus actives de l’année

L’État, pivot du crédit durable

Le rapport souligne le rôle central des gouvernements comme facilitateurs du financement durable. Subventions, garanties publiques et mécanismes de partage du risque apparaissent comme des leviers décisifs pour encourager les banques à prêter, notamment aux PME.

Dans le cas marocain, cette lecture renvoie directement aux dispositifs publics existants, tels que les programmes de garantie ou de soutien aux TPME. Le document met toutefois en évidence une faiblesse persistante à l’échelle régionale : le manque de mécanismes de cofinancement, encore peu développés ou peu visibles pour les institutions financières.

Des produits financiers durables encore embryonnaires

Si la finance durable progresse, elle reste largement dominée par les solutions fintech, notamment pour réduire le coût des transferts et améliorer l’inclusion financière. Les produits plus sophistiqués (obligations vertes, fonds d’investissement durables, finance mixte) demeurent minoritaires.

Pour un pays comme le Maroc, souvent présenté comme pionnier régional sur les obligations vertes ou les projets liés aux énergies renouvelables, ce constat suggère un potentiel encore loin d’être pleinement exploité dans le secteur bancaire.

Banques marocaines : quel pare-chocs face à l’incertitude mondiale ?

Un rapport exploratoire, mais stratégique

La CESAO insiste sur le caractère pilote et exploratoire de cette enquête. Les données sont agrégées, anonymisées et ne remplacent pas des mécanismes institutionnels de reporting ODD. Mais elles constituent un point de départ stratégique, à l’heure où l’Union des banques arabes s’est engagée à mobiliser 1.000 milliards de dollars d’ici 2030 pour financer les ODD.

Pour le Maroc, ce rapport agit comme un miroir régional : il ne dresse pas un bilan national, mais éclaire les dynamiques dans lesquelles s’inscrit son système bancaire. Entre priorités sociales affirmées, inclusion financière encore incomplète et besoin d’innovation financière, le Royaume partage les mêmes défis que ses voisins avec, peut-être, une longueur d’avance à transformer en leadership régional.

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