Entrepreneuriat féminin : une dynamique en marche malgré des obstacles persistants
Discours de Leila Doukali, présidente de l'AFEM avec la fondatrice de l’AFEM, Saloua Karkri Belkeziz lors des 25 ans de l'AFEM, le 5 décembre 2025, Casablanca © LeBrief
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Derrière ces chiffres se dessine une dynamique réelle, portée par l’engagement croissant des réseaux féminins, les programmes de soutien et l’émergence de nouvelles générations de créatrices d’entreprise.
Parmi les actrices de ce mouvement figure Ouafae Alaoui, présidente de l’AFEM Rabat-Salé-Kénitra, qui œuvre depuis des années pour l’accompagnement et l’autonomisation des entrepreneures. Pour elle, l’évolution est tangible : « Aujourd’hui, on trouve les femmes dans des secteurs qui étaient monopolisés par les hommes. Il n’y a pas une entreprise femme ou homme : tout le monde participe à l’économie du pays ».
Un paysage entrepreneurial encore marqué par les disparités
Les statistiques de l’Observatoire Marocain de la TPME confirment cette montée en puissance, tout en révélant des disparités persistantes. En 2023, les femmes représentaient 16,2% des dirigeants d’entreprises, toutes catégories confondues. Les écarts restent toutefois marqués selon le statut juridique : les auto-entrepreneurs, plus accessibles, affichent un taux de féminisation de 25,5%, tandis que les grandes entreprises ne comptent que 12,7% de dirigeantes, un chiffre même en recul par rapport à l’année précédente.
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Sur le plan régional, les chiffres de 2022 montrent que les zones les plus dynamiques sont Marrakech-Safi (19%), Casablanca-Settat (18,8%) et Rabat-Salé-Kénitra (18,7%), cette dernière profitant notamment de l’action soutenue de réseaux comme l’AFEM. « Notre participation, nous les femmes, a donné satisfaction dans différents secteurs. Beaucoup ont prouvé leur réussite et leur contribution à l’économie du pays », souligne à ce sujet Ouafae Alaoui.
Des secteurs en mutation : du commerce à l’industrie
Les données sectorielles confirment l’évolution des profils. Le commerce reste un secteur particulièrement prisé par les entrepreneures et enregistre une progression notable. La santé humaine et l’action sociale se distinguent également par une forte présence féminine, avec près de 35,8% d’entreprises dirigées par des femmes.
Cependant, les transformations récentes ouvrent la voie à un élargissement. Ouafae Alaoui constate une diversification des ambitions : « Depuis notre création, la majorité était dans les services puis le commerce. Mais aujourd’hui, on s’ouvre à d’autres secteurs comme l’industrie et la recherche, notamment grâce à l’arrivée de lauréats d’université ». Un changement porté par un accompagnement structuré et la valorisation du mentoring, qui encouragent la prise de risque dans des domaines auparavant très masculinisés.
Les obstacles subsistent, mais les réseaux féminins font la différence
Si les femmes s’imposent progressivement dans l’économie marocaine, les barrières restent importantes. Les normes sociales, la charge familiale et l’accès au financement demeurent des freins majeurs. Pour Ouafae Alaoui, l’accès au crédit reste particulièrement difficile : « La femme marocaine n’a pas les moyens de disposer de foncier pour fournir des garanties aux banques ».
Toutefois, elle insiste sur un point essentiel : l’appartenance à un réseau change radicalement la donne. « Les femmes ont commencé à surmonter les obstacles grâce au fait d’être dans un réseau… C’est toujours dans l’échange qu’on peut dépasser les barrières », dit-elle.
Les réseaux offrent non seulement un espace de partage d’expériences, mais aussi un accès à des informations essentielles : programmes publics, dispositifs de financement, opportunités de formation ou incubateurs.
Des programmes structurants pour soutenir la montée en compétence
Depuis sa création, l’AFEM a bénéficié de nombreux programmes nationaux et internationaux d’accompagnement. Ces initiatives ont permis à plusieurs femmes de devenir des entrepreneures accomplies. Ouafae Alaoui évoque notamment un partenariat récent : le programme CHI-Green, soutenu par le ministère de l’Industrie et la BART, qui encourage les femmes à intégrer le secteur industriel ou à développer leur production. « C’est une expérience très pertinente… On encourage celles qui ont déjà lancé une entreprise sociale à aller plus loin ».
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Aujourd’hui, l’AFEM cible trois profils : les femmes recherchant une visibilité régionale, celles en quête de résilience ou d’incubation, et celles prêtes à se développer et à exporter, notamment vers l’Afrique ou l’Europe. Cette approche multi-niveaux répond aux besoins variés des entrepreneures, qu’elles soient débutantes ou en phase d’expansion.
Une nouvelle génération portée par l’audace et la résilience
L’un des messages forts de la présidente de l’AFEM RSK est l’importance de l’audace et de la résilience. Elle témoigne de son expérience : « Je suis chef d’entreprise depuis 1995 dans un secteur monopolisé par les hommes, le BTP ».
Pour elle, le courage d’oser reste essentiel : « Quand on parle de résilience, on pense à la femme marocaine, très active, mais qui a besoin d’être bien informée et encouragée. Il faut oser ». La formation, les programmes d’accompagnement et l’ouverture vers des réseaux nationaux et internationaux jouent un rôle déterminant pour cette nouvelle génération d’entrepreneures.
Bien que les chiffres révèlent encore une sous-représentation des femmes dans plusieurs catégories d’entreprises au Maroc, la tendance est clairement à la progression. L’entrepreneuriat féminin s’affirme comme un levier majeur du développement économique, notamment dans les grandes régions urbaines.
Le travail des associations, comme l’AFEM, combiné aux programmes publics et privés, contribue à réduire les obstacles structurels. « Notre association a pu accompagner de nombreuses femmes pour réussir leur carrière et devenir de véritables entrepreneures », résume Ouafae Alaoui.
L’avenir de l’entrepreneuriat féminin au Maroc se dessine entre défis persistants et opportunités croissantes. Une certitude demeure : les femmes marocaines prennent pleinement leur place dans l’économie du pays, avec détermination, solidarité et ambition.
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