Climat : El Niño peut-il influencer la pluviométrie marocaine ?

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El Niño : quel impact sur les pluies au Maroc ?Photo d'illustration © DR

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Le renforcement attendu d’El Niño fin 2026 pourrait influencer les précipitations au Maroc, mais son impact reste difficile à anticiper. Une étude publiée par Hydralma Maroc souligne que ses effets varient selon les saisons et les régions. Les détails.

Le retour annoncé d’un épisode El Niño marqué au cours de la fin de l’année 2026 relance les interrogations sur ses éventuelles conséquences sur les précipitations au Maroc. Si le phénomène climatique mondial peut modifier les circulations atmosphériques et influencer les pluies dans différentes régions du globe, son impact sur le Royaume ne saurait toutefois être résumé à un simple risque de sécheresse.

Une étude publiée le 15 août par Hydralma Maroc met notamment en évidence une relation variable entre El Niño et les précipitations marocaines, selon les saisons, les régions et les périodes considérées.

Le phénomène El Niño, qui constitue avec La Niña l’une des principales phases de l’oscillation australe ENSO, correspond à un réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique équatorial central et oriental. Son évolution peut perturber les grands équilibres de la circulation atmosphérique et avoir des répercussions météorologiques bien au-delà du Pacifique.

Lire aussi : ONU : El Niño pourrait aggraver « considérablement » l’insécurité alimentaire dans le monde

Les mécanismes en jeu

Pour le Maroc, cette influence demeure cependant secondaire face à d’autres mécanismes climatiques. En hiver, la circulation atmosphérique sur l’Atlantique Nord joue notamment un rôle déterminant dans la répartition des précipitations. C’est en particulier le cas de l’oscillation nord-atlantique, ou NAO, qui constitue l’un des principaux facteurs de variabilité du climat hivernal marocain.

Lorsque la NAO se trouve dans une phase positive, les systèmes dépressionnaires atlantiques ont tendance à emprunter des trajectoires plus septentrionales. Cette configuration peut limiter l’arrivée des perturbations sur le Maroc et contribuer à une baisse des précipitations hivernales. À l’inverse, d’autres configurations de circulation peuvent favoriser la pénétration des perturbations atlantiques vers le sud.

Comparaison simplifiée entre une situation ENSO-neutre et un épisode El Niño
Comparaison simplifiée entre une situation ENSO-neutre et un épisode El Niño © Hydralma Maroc

L’étude citée par Hydralma souligne ainsi que l’ENSO, et donc El Niño, ne produit pas un effet uniforme sur les précipitations marocaines. La force de la relation statistique, son orientation et sa répartition géographique évoluent selon la saison étudiée. Elles diffèrent également d’une période historique à l’autre.

Les chercheurs ont par ailleurs relevé que l’influence statistique d’ENSO sur les précipitations marocaines semble avoir gagné en importance depuis les années 2000 par rapport à la fin du XXe siècle. Cette évolution ne signifie toutefois pas qu’El Niño soit devenu le principal déterminant de la pluviométrie du pays. Elle témoigne plutôt d’un système climatique dans lequel les interactions entre les signaux provenant du Pacifique, de l’Atlantique et de la Méditerranée apparaissent plus complexes.

Une influence différente selon les saisons

L’hiver illustre cette complexité. Alors que l’attention se porte souvent sur le lien entre El Niño et la sécheresse, les données examinées dans l’étude ne permettent pas d’établir une relation aussi directe pour l’ensemble du territoire marocain. Les anomalies positives de l’indice Niño 3.4, utilisé pour suivre l’état d’ENSO dans le Pacifique équatorial, ont même été associées à une légère hausse des précipitations dans certaines zones du nord du Maroc.

Cette association reste néanmoins limitée et ne permet pas de conclure qu’un épisode El Niño entraînera nécessairement un hiver plus humide dans ces régions. D’autres mécanismes atmosphériques peuvent renforcer, atténuer ou inverser cette influence.

Le signal apparaît différent au printemps. L’étude relève alors une association négative plus régulière entre l’indice Niño 3.4 et les précipitations dans certaines régions centrales et sahariennes du Maroc. Lors des épisodes El Niño les plus intenses, les déficits pluviométriques observés dans ces secteurs peuvent être plus importants.

Cette différence saisonnière est importante pour interpréter les perspectives de l’année hydrologique 2026-2027. Elle signifie qu’un épisode El Niño fort ne peut pas, à lui seul, être utilisé pour annoncer une saison sèche ou humide à l’échelle nationale.

Pas de prévision automatique pour l’hiver 2026-2027

À l’approche de l’automne, la question revêt une importance particulière pour le Maroc, confronté depuis plusieurs années à une forte pression sur ses ressources hydriques. Les précipitations constituent un facteur essentiel pour l’alimentation des barrages, la recharge des nappes, l’humidité des sols et les activités agricoles.

Pour autant, les informations disponibles ne permettent pas encore de déterminer les conditions pluviométriques qui prévaudront durant l’hiver 2026-2027. L’évolution d’El Niño doit être analysée parallèlement à plusieurs autres paramètres.

Parmi eux figurent la NAO, la circulation générale sur l’Atlantique Nord, l’anticyclone des Açores, les températures de surface de l’océan Atlantique ainsi que la circulation atmosphérique en Méditerranée occidentale. La position et la trajectoire des dépressions atlantiques constituent également des éléments déterminants pour savoir si les perturbations pourront atteindre le Maroc.

À ces facteurs météorologiques s’ajoutent les prévisions saisonnières, qui permettent de mieux apprécier les probabilités d’anomalies de température et de précipitations. Leur interprétation doit cependant rester prudente, particulièrement lorsqu’il s’agit d’anticiper les conditions à l’échelle locale.

Lire aussi : El Niño : l’ONU alerte sur un épisode aux effets mondiaux

Une équation à plusieurs variables

Dans ce contexte, le suivi de l’évolution de la pluviométrie réelle au cours de l’automne et de l’hiver restera indispensable. L’état des barrages, le niveau d’humidité des sols et l’évolution des ressources en eau fourniront également des indicateurs concrets de la situation hydrologique du pays.

La Direction générale de la météorologie (DGM) devrait ainsi rester l’une des principales sources à consulter à mesure que l’échéance se rapproche, préconise Hydralma. Les prévisions saisonnières pourront être confrontées à l’évolution observée de la NAO, des températures de l’Atlantique et des conditions atmosphériques régionales.

L’enjeu est d’autant plus important que le Maroc ne fait pas face uniquement à une question de quantité annuelle de pluie. Sa vulnérabilité dépend aussi de la répartition temporelle et géographique des précipitations. Une saison affichant des cumuls proches de la moyenne nationale peut ainsi masquer d’importants déficits dans certaines régions ou des pluies concentrées sur de courtes périodes.

L’éventuel renforcement d’El Niño en 2026 doit donc être considéré comme un signal climatique parmi plusieurs autres, et non comme un indicateur permettant de prédire mécaniquement la pluviométrie marocaine. L’étude d’Hydralma souligne précisément cette complexité ; l’influence d’ENSO existe, mais elle varie selon les territoires et les saisons et s’inscrit dans un système climatique où les interactions entre le Pacifique, l’Atlantique et la Méditerranée jouent un rôle déterminant.

Pour l’hiver 2026-2027, toute conclusion sur une éventuelle sécheresse ou, au contraire, une amélioration des précipitations devra ainsi attendre l’évolution conjointe de ces différents paramètres. À ce stade, El Niño peut constituer un élément de vigilance, mais pas une prévision météorologique à lui seul.

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