La coalition au pouvoir tangue. Le scrutin législatif a été fixé au mercredi 23 septembre 2026. Pas un vendredi, comme le voulait la tradition depuis des décennies. Quid de la réunion de coordination tant attendue entre directions des formations politiques alliées ? Elle n’a pas eu lieu. Chaque parti fait désormais cavalier seul. La pré-campagne électorale est lancée.
Le premier d’entre eux n’a pas traîné. Une tournée nationale, un nom qui sonne comme une promesse creuse ou sincère selon où on se place, et une mobilisation territoriale. Le « parcours de l’avenir » – le titre a ce côté légèrement solennel qui caractérise les initiatives des partis quand ils sentent qu’il faut se réinventer sans le dire franchement – est en réalité un pari sur la précocité. Le nouveau président du RNI était là, en personne, épaulé par son état-major (président de la chambre basse, ministres, présidents de régions, maires, etc.) devant des militants qui n’attendaient que ça. La démarche se veut pédagogue. On revient vers les gens, on écoute, on explique ce qu’on a fait. Santé, éducation, routes, industrie, tourisme, la liste est longue.
La santé en premier. Choisir ce terrain-là pour le grand meeting d’ouverture organisé samedi à Skhirat, c’est signaler que l’on accepte la confrontation. Du moins dans la forme. Quelques jours avant le meeting de Skhirat, le bureau politique du RNI a fait le déplacement au sud du pays. Un ténor du parti en a profité pour lâcher une pique. Il a raillé des adversaires qui « théorisent dans les salons de Rabat » tout en promettant la première place lors du scrutin législatif du 23 septembre. 102 sièges remportés par le parti de la colombe en 2021. L’objectif affiché, pas encore officiel mais déjà répété, 112 pour 2026. Vieux classique. On peut en sourire. Les ambitions électorales annoncées ont quelque chose d’un peu fanfaron.
Ce qui est moins classique, c’est la fébrilité. La coalition gouverne encore. Les ministres sont à leurs postes, les chantiers avancent ou font semblant d’avancer. Mais la pré-campagne, elle, a déjà commencé. Chacun pour soi. Un leader du RNI l’a dit sans détour : le parti ira devant les électeurs « à visage découvert », pour parler de ce qui a marché et de ce qui n’a pas marché, quels que soient les départements ministériels concernés, qu’ils soient dirigés par le parti ou pas. C’est rare, comme formulation. Suffisamment pour qu’on se demande si c’est sincère ou si c’est juste habile.
Septembre 2026 est encore loin. Mais la mécanique, elle, tourne déjà. Les gants sont tombés. Les RNIstes ont décidé de ne plus attendre que le vent tourne et ont balancé la première estocade. La colombe occupe tout l’espace médiatique. Signe qu’ils ont réussi leur premier pari, du moins pour le moment : devenir le centre de gravité de la course aux législatives, sabre au clair.
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