200 milliards de dollars. C’est la valeur que l’intelligence artificielle pourrait injecter dans les économies africaines d’ici 2030. Une manne annoncée, célébrée à Marrakech cette semaine, où le GITEX Africa bat son plein. L’IA serait la promesse. Le raccourci. La disruption. Mais derrière les projecteurs, une question persiste. Le progrès pour qui, à quelles conditions, et à quel prix ?
La vague IA, portée par les géants du cloud et les algorithmes dopés à la donnée, balaie tout sur son passage. Promesse d’efficacité, de gain de productivité, d’innovation radicale. Dans les bureaux, les usines, les champs. À première vue, c’est un saut quantique pour le business. La machine pense, prédit, automatise. Les coûts chutent, les marges montent. Et le rêve devient pitch.
Mais voilà : l’IA ne tombe pas du ciel. Elle se nourrit. De données. De puissance de calcul. De compétences. Et là, le gap se creuse. La majorité des entreprises africaines n’ont ni l’infrastructure, ni les talents, ni les garde-fous nécessaires. Alors que les leaders mondiaux s’envolent, nombre de PME locales restent au sol. Pire, elles risquent de se voir ubérisées par des solutions venues d’ailleurs, qui captent la valeur sans jamais la redistribuer localement.
Et ce n’est pas qu’une affaire d’équipement. C’est une affaire de modèle. De souveraineté. De dépendance. Quand votre chaîne de production repose sur des outils que vous ne contrôlez pas, développés ailleurs, formés sur des données qui ne sont pas les vôtres, que reste-t-il de votre autonomie ? L’Afrique, longtemps terrain d’exploitation de matières premières, ne doit pas devenir le laboratoire low cost de l’IA mondiale.
Mais attention à ne pas jeter le code avec le clavier. L’IA peut être un levier formidable. Pour anticiper les sécheresses, améliorer la médecine préventive, optimiser les chaînes logistiques, moderniser l’éducation. À condition d’en faire une politique industrielle. D’y investir massivement. De former, réguler, protéger. Et surtout, d’inventer notre propre chemin, nos propres cas d’usage, nos propres règles du jeu.
Sinon, le continent risque de ne pas coder son avenir, mais de le subir. Et le business, au lieu d’y gagner, y perdra son socle le plus précieux : la maîtrise.
L’IA n’est pas neutre. C’est une bataille. Pas entre l’homme et la machine, mais entre ceux qui la conçoivent et ceux qui la subissent.
Et au final, le danger n’est pas l’algorithme. Le vrai danger, c’est de l’adopter les yeux fermés.
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