Corruption : le Maroc dans la moyenne basse régionale, selon Transparency International

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Corruption : le Maroc dans la moyenne basse régionale, selon Transparency InternationalTransparency International © DR

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Le Maroc apparaît cette année au cœur d’un panorama mondial alarmant dressé par Transparency International. Avec un score de 39/100, le pays se situe dans la fourchette basse de l’indice Corruption Perceptions Index (CPI) 2025, au même niveau que des voisins méditerranéens comme la Tunisie, et loin des moyennes observées dans les démocraties les mieux notées.

« La moyenne globale de l’indice de corruption a chuté, pour la première fois depuis plus de dix ans, à 42 sur 100 », annonce, d’emblée, Transparency International.

Le CPI 2025 classe 182 pays ; la moyenne régionale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord est de 39/100, la même que le score marocain, ce qui place le Maroc dans la moyenne basse de sa région. Le document signale que plus des deux tiers des pays étudiés obtiennent des scores inférieurs à 50, signe d’un échec généralisé à maîtriser la corruption dans les administrations publiques.

Concrètement, un score de 39 indique que les experts et opérateurs économiques perçoivent des risques récurrents qui peuvent aller du favoritisme dans l’attribution des marchés publics à l’influence indue dans l’élaboration des politiques, jusqu’aux lacunes dans l’indépendance et l’efficacité de certains organismes de contrôle.

Le rapport associe ce type de profils à des systèmes où « l’ingérence politique dans les activités des organisations non gouvernementales (…) rend plus difficile pour les journalistes indépendants, les organisations de la société civile et les lanceurs d’alerte de dénoncer librement la corruption ».

Justice, espace civique et services publics : trois prismes d’analyse

Le CPI met en avant quatre domaines où la corruption crée des effets délétères, à savoir la justice et l’État de droit, l’intégrité politique, l’espace civique et la liberté des médias, et enfin la qualité des services publics. Pour le Maroc, ces dimensions offrent des clés d’explication et d’action.

Le rapport rappelle que « lorsque des hommes politiques ou des entreprises s’immiscent dans la sélection des juges et des procureurs (…), la loi protège souvent les personnes bien connectées plutôt que le public ». Une justice perçue comme vulnérable favorise donc l’impunité et réduit les chances pour les citoyens et les organisations de demander des comptes. Pour un État qui a investi dans la modernisation judiciaire ces dernières années, la perception d’une justice encore exposée aux pressions politiques reste un angle critique à corriger.

Transparency International souligne, par ailleurs, que « les pays où l’espace civique est plus ouvert ont tendance à avoir des niveaux de corruption plus faibles ». La corrélation est nette : liberté d’enquête, protection des lanceurs d’alerte et opération des ONG renforcent la transparence des marchés et des décisions publiques. Toute limitation de ces libertés, avertit le rapport, accroît les risques de corruption et fragilise la confiance publique.

En outre, l’étude relie directement la gouvernance et la qualité des services. Des systèmes corrompus aboutissent à des services de moindre qualité et creusent les inégalités, l’effet étant particulièrement dur pour les ménages modestes. Le rapport illustre ce mécanisme par des exemples concrets (accès aux soins, éducation, adaptation au changement climatique) et souligne que la mauvaise gestion des fonds publics peut aggraver la vulnérabilité sociale.

Lire aussi : Lutte contre la corruption : l’INPPLC et L’ANGSPE signe un mémorandum

Des motifs d’inquiétude… et d’action

Le CPI 2025 met en garde contre deux phénomènes qui concernent directement les pays à bas score. D’abord, la centralisation du pouvoir et l’affaiblissement des contre-pouvoirs facilitent la capture d’institutions et l’appropriation de ressources publiques. Ensuite, la dimension transnationale des flux illicites ; les capitaux mal acquis trouvent souvent refuge à l’étranger, ce qui nécessite une réponse internationale coordonnée. Le rapport appelle donc à des mesures allant de la prévention locale jusqu’à la coopération pour le gel et la restitution des avoirs.

Pour Transparency International, les leviers prioritaires sont clairs et applicables. L’ONG préconise de garantir l’indépendance et la transparence des institutions judiciaires, encadrer strictement le financement politique et la transparence des marchés publics, protéger les médias et la société civile, et renforcer les mécanismes de lutte contre le blanchiment et l’évasion fiscale.

« Des mécanismes de contrôle rigoureux au niveau national, associés à des mesures de prévention et de détection efficaces aux niveaux national et international, sont essentiels pour bloquer et démasquer la corruption à grande échelle et de haut niveau ainsi que le blanchiment d’argent transfrontalier de grande ampleur », rappelle le rapport.

Lire aussi : Corruption électorale : un cadre plus rigoureux et des peines plus lourdes

Enseignements internationaux

Certains pays ont progressé durablement grâce à des réformes institutionnelles soutenues (Estonie, Corée du Sud, Bhoutan), tandis que d’autres ont connu des déclins prolongés liés à l’érosion des libertés et au contrôle politique des institutions (Venezuela, Hongrie). Ces comparaisons sont instructives pour le Maroc : les progrès durables impliquent des réformes structurelles et non des mesures ponctuelles.

Le CPI 2025 ne livre pas une sentence immuable ; il tient un miroir aux politiques publiques et aux équilibres institutionnels. Pour le Maroc, le score de 39 est un signal qui n’est ni une fatalité ni un diagnostic anodin. Comme le rappelle le rapport, « la corruption n’est pas inévitable », et des pays qui ont entrepris des réformes profondes en témoignent.

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