Conjoncture économique : industrie et construction entre reprise sélective et fragilités

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Industries manufacturières : hausse de 0,3% des prix à la production en novembreSiège du HCP à Rabat © DR

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Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a publié sa note trimestrielle de conjoncture sur l’évolution de l’activité au troisième trimestre 2025 et les perspectives du quatrième trimestre. Le document couvre les secteurs de l’industrie – manufacturière, extractive, énergétique et environnementale – ainsi que celui de la construction.

Les résultats détaillés offrent une cartographie nuancée d’une économie en transition : certaines branches redressent leur niveau d’activité, d’autres restent confrontées à des tensions structurelles, particulièrement en approvisionnement, emploi et trésorerie.

Industrie manufacturière : une reprise tirée par la chimie et l’agroalimentaire

Selon le HCP, la production manufacturière a augmenté au T3 2025, soutenue par trois branches majeures : l’industrie chimique, l’industrie alimentaire, la fabrication d’autres produits minéraux non métalliques. Ces hausses contrastent avec les baisses constatées dans l’industrie automobile et la fabrication d’équipements électriques.

Les chefs d’entreprise jugent les carnets de commandes à un niveau normal, tandis que l’emploi est resté globalement stable. Le taux d’utilisation des capacités (TUC) atteint 75%, niveau légèrement soutenu mais encore en dessous du potentiel maximal du secteur.

Malgré cette progression, 29% des industriels déclarent des difficultés d’approvisionnement, principalement sur des matières premières d’origine étrangère. Les stocks restent jugés normaux, mais la trésorerie demeure difficile pour 20% des entreprises, une proportion grimpant à près de 45% dans l’industrie textile, signe d’une fragilité marquée dans cette branche.

Pour le T4 2025, les industriels anticipent une poursuite de la hausse de production, portée par l’automobile, la chimie et l’alimentaire. À l’inverse, la fabrication d’équipements électriques et l’industrie du papier et carton devraient connaître un repli. Les effectifs employés devraient rester stables.

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Industrie extractive : hausse au T3 mais repli attendu au T4

L’industrie extractive a enregistré une augmentation de production au T3, principalement en raison de la hausse de l’extraction des phosphates, produit central pour le secteur. Les prix de vente ont, eux aussi, augmenté. Toutefois, l’emploi a marqué une baisse, reflétant une tendance inquiétante dans un secteur pourtant en croissance.

Les perspectives s’inversent au T4 2025, période durant laquelle les entreprises anticipent une baisse de production, directement liée à une diminution attendue des volumes de phosphates.

Fait notable : malgré le recul de l’activité, les entreprises prévoient une hausse de l’emploi, signe possible d’un repositionnement opérationnel ou d’un besoin d’absorption de capacités pour des projets futurs.

Industrie énergétique : progression au T3 mais retournement prévu au T4

Le secteur de l’énergie affiche une augmentation de la production au T3, largement imputable à la production et distribution d’électricité, de gaz, de vapeur et d’air conditionné. Les prix de vente ont également progressé, mais l’emploi a diminué, confirmant une tendance de rationalisation des ressources humaines.

Pour le T4 2025, les prévisions sont nettement moins favorables : la production énergétique devrait baisser, conséquence directe d’un ralentissement attendu dans la même branche stratégique de production et distribution d’énergie. L’emploi devrait également diminuer.

Cette contraction anticipée pourrait avoir des impacts indirects sur plusieurs secteurs économiques consommant intensivement de l’énergie, rendant les perspectives d’ensemble plus vulnérables au dernier trimestre de l’année.

Industrie environnementale : stabilité généralisée

Le HCP rapporte une stabilité de la production environnementale au T3 2025, dominée par la stagnation du captage, traitement et distribution d’eau. Les carnets de commandes sont jugés normaux et l’emploi stable.

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Cette même dynamique devrait se poursuivre au T4 2025, avec une stabilité anticipée de la production et des effectifs. Dans un contexte de forte pression hydrique nationale, cette absence de variation notable témoigne d’une gestion probablement contrainte par les infrastructures existantes et non par la demande, mais le document du HCP n’apporte pas de précision à ce sujet.

Construction : regain d’activité mais trésorerie tendue

Le secteur de la construction a enregistré une hausse d’activité au troisième trimestre 2025, portée par le génie civil et les travaux de construction spécialisés, tandis que la construction de bâtiments est restée stable.

Les carnets de commandes sont jugés normaux, et l’emploi enregistre une augmentation, signe d’un redressement dynamique après plusieurs trimestres difficiles. Le taux d’utilisation des capacités (TUC) atteint 71%, légèrement inférieur à celui de l’industrie manufacturière.

Du côté des contraintes, 20% des entreprises déclarent des difficultés d’approvisionnement en matières premières, probablement liées au contexte international de fluctuation des prix et aux contraintes logistiques persistantes. La trésorerie est qualifiée de difficile par 21% des entreprises, révélant une tension financière significative dans un secteur exposé au coût du crédit et aux délais de paiement.

Les anticipations pour le T4 2025 sont encourageantes : le HCP note une hausse globale attendue de l’activité, portée par le génie civil et les travaux spécialisés, tandis que la construction de bâtiments resterait stable. L’emploi devrait également augmenter.

Les conclusions du HCP dessinent une reprise sélective de l’économie marocaine : des secteurs industriels en amélioration mais contrastés, une construction qui se redynamise, des difficultés persistantes d’approvisionnement et de trésorerie, ainsi que des perspectives divergentes selon les branches, notamment entre l’énergie (attendue en baisse) et le manufacturier (attendu en hausse).

Le quatrième trimestre 2025 apparaît ainsi comme une période charnière : si certaines branches anticipent des améliorations sensibles, d’autres se préparent à des reculs conjoncturels, laissant présager une fin d’année marquée par une croissance modérée et des conditions opérationnelles encore fragiles.

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