Assurance : la réforme qui arrive… et les risques qui changent tout

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Assurance au Maroc : nouvelle loi, risques incontrôlables, modèle sous pression… Le secteur est à un tournant qu’il ne peut plus éviter.Abderrahim Chaffai, président de l’ACAPS, lors de l'ouverture des Rendez-vous de l'assurance © Ayoub Jouadi/LeBrief

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Une réforme attendue depuis des années entre enfin dans sa dernière ligne droite. Déposé au Secrétariat général du gouvernement, le nouveau cadre légal des assurances doit tourner la page d’une loi devenue obsolète, en décalage avec un secteur déjà transformé par le digital et l’évolution des usages.

C’est probablement l’annonce la plus concrète de l’ouverture des Rendez-vous de l’Assurance de Casablanca 2026. Abderrahim Chaffai, président de l’Autorité de contrôle des Assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), l’a confirmé, la réforme du livre IV du Code des assurances est désormais entre les mains du Secrétariat général du gouvernement.

Le cadre actuel date de 2002. Autrement dit, d’un monde sans plateformes digitales, sans explosion des données. Depuis, le secteur a changé, les usages aussi… mais la loi, elle, a suivi avec retard.

Les innovations peinent donc à toutes entrer dans les cases, des modèles économiques qui évoluent plus vite que la réglementation, et un secteur parfois contraint dans sa propre transformation.

Ce nouveau texte, longuement discuté avec les assureurs et les distributeurs, doit justement corriger ça. L’idée étant de permettre de créer de nouveaux produits, d’ouvrir la distribution, de toucher plus de monde… Bref, passer d’un cadre qui freine à un cadre qui accompagne.

Des risques qui n’ont plus rien à voir avec avant

Mais si cette réforme est si attendue, c’est surtout parce que le métier lui-même change. Mohamed Hassan Bensalah, président de la Fédération marocaine des compagnies d’assurances et de réassurance, l’a dit avec des mots simples : on n’est plus dans le même monde. Et surtout, on n’est plus face aux mêmes risques.

Avant, l’assurance reposait sur des événements isolés, prévisibles, qu’on peut mutualiser. Aujourd’hui, ce modèle est bousculé. Les crises sont plus globales, plus rapides, plus simultanées. Un conflit géopolitique peut faire grimper les prix de l’énergie, perturber les chaînes logistiques et impacter des entreprises à des milliers de kilomètres. Les catastrophes climatiques sont plus fréquentes. Les cyberattaques, plus sophistiquées.

Vidéo © Ayoub Jouadi/LeBrief

Et surtout, tout peut arriver en même temps !

Justement, comment assurer des risques qui touchent tout le monde, au même moment ? D’ailleurs, certains de ces risques, comme ceux liés à la guerre, sont tout simplement exclus des contrats classiques. Parce qu’ils sont tout bonnement trop massifs pour être absorbés.

Dans ce contexte, le rôle de l’assureur change presque de nature. On passe d’un modèle où l’on indemnise après coup à un modèle où l’on doit anticiper, accompagner, prévenir. Et ça se voit aussi dans les produits, on parle aujourd’hui d’assurance embarquée (intégrée directement dans un service ou un achat), de solutions paramétriques qui déclenchent une indemnisation automatique selon un indicateur (météo, séisme…), ou encore d’offres construites autour de la data.

Un marché marocain solide… mais encore loin de son potentiel

Vidéo © Ayoub Jouadi/LeBrief

Pour la faire courte, et sans once de négativisme, le secteur marocain tient la route. Les chiffres avancés par l’ACAPS parlent d’eux-mêmes : plus de 67 milliards de dirhams de primes en 2025, 56 milliards de prestations, et surtout 240 milliards de dirhams d’investissements. C’est énorme ! Et ça montre bien que les assureurs ne sont pas seulement des payeurs de sinistres, ce sont aussi des financeurs de l’économie.

Toutefois, le taux de pénétration reste encore limité. Concrètement, une partie importante des Marocains n’est toujours pas couverte. Pas forcément par manque de besoin, mais souvent parce que les produits ne sont pas adaptés, ou pas accessibles. Le chantier est donc véritablement là.

Aller chercher ceux qui ne sont pas encore assurés pour élargir la base. Ca passe par des choses très concrètes. Par exemple, ouvrir la distribution à de nouveaux acteurs, comme les établissements de paiement. Ou proposer des produits plus simples, moins chers, plus compréhensibles.

Ça passe aussi par la technologie. Aujourd’hui, avec le mobile, il devient possible de toucher des populations qui étaient jusque-là en dehors du système. Mais la digitalisation ne suffit pas. Il faut aussi de la pédagogie, parce que l’assurance reste, avant tout, une question de confiance, et la confiance, ça ne se télécharge pas.

Et c’est tout l’équilibre que cherche à poser l’ACAPS, encadrer, oui. Protéger les assurés, évidemment. Mais sans bloquer l’innovation.

D’où l’importance de cette nouvelle loi, mais aussi de tout ce qui l’accompagne : supervision digitale, contrôle des pratiques en ligne, adaptation des exigences en capital au profil de risque réel des compagnies…

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