Connaîtra-t-on un jour les origines de la Covid-19 ?

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Des membres de l'équipe de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) enquêtant sur les origines du coronavirus arrivent en voiture à l'Institut de virologie de Wuhan (WIV), dans la province centrale du Hubei, en Chine, le 3 février 2021 © AFP

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Vivement critiqué, le rapport des experts indépendants mandatés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour enquêter sur les origines de la pandémie de la Covid-19 a été publié il y a un mois. Pas convaincus par les résultats de ce document, une trentaine de scientifiques de renom appellent à l’ouverture d’une enquête indépendante. Dans une lettre adressée au directeur général de l’OMS, le groupe livre une feuille de route pour élucider la source de la pandémie lors de la prochaine mission en Chine. Énumérant une série de questions précises, à ce jour restées sans réponses, ces experts suggèrent également de rendre obligatoire un large accès aux données et aux échantillons.

Cela fait déjà plus d’un an que la pandémie du nouveau coronavirus circule dans les quatre coins du globe. Elle a touché presque tous les aspects de notre vie. Cet impact sans précédent sur la politique et la vie publique exige des réponses rapides et efficaces. En effet, comprendre comment le virus Sras-CoV-2 a émergé et s’est propagé parmi les humains est la base nécessaire pour la mise en place de futures stratégies de prévention et de réponse aux pandémies. Toutefois, jusqu’à présent, malgré le tsunami de publications scientifiques relatives au nouveau coronavirus, aucun processus solide d’examen des origines du virus n’a été déployé. Plusieurs études à ce sujet ont été publiées sous forme de Preprint, c’est-à-dire avant même d’avoir été examinées par des experts indépendants du domaine, ce que l’on appelle l’examen par les pairs. De plus, des données et échantillons biologiques importants qui pourraient fournir des informations essentielles sur les origines de la pandémie restent inaccessibles. Ces multiples lacunes constituent une grande menace.

Même après la présentation, le 30 mars dernier, du rapport réalisé par une équipe d’experts indépendants mobilisée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour enquêter sur les origines de la pandémie de la Covid-19, les doutes persistent. Les conclusions de ce document, vivement critiqué, y compris par Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur de l’OMS, penchent en faveur d’une origine naturelle de l’épidémie et estiment très improbable la thèse d’une fuite d’un laboratoire chinois. Aussitôt et contre toute attente, Ghebreyesus a exigé une nouvelle enquête de terrain. Selon lui, la seconde piste devait être prise plus au sérieux.

Lire aussi :Origine de la Covid-19 : l’OMS évoque la transmission par un animal intermédiaire

Le dirigeant de l’agence onusienne et les scientifiques semblent être sur la même longueur d’onde. D’ailleurs, un groupe d’une trentaine de scientifiques internationaux de différentes disciplines pense qu’il existe une meilleure manière de percer le mystère de la Covid-19. Ainsi, ces experts ont adressé, vendredi 30 avril, une lettre ouverte à ce sujet, comme ils l’ont déjà fait le 4 mars puis le 7avril derniers.

Des zones d’ombre à éclaircir

Citant les quatre hypothèses d’origine que le groupe d’étude conjointe a examinées, le groupe de scientifiques souligne qu’aucune justification solide n’est fournie pour expliquer pourquoi un «accident de laboratoire» (qu’il s’agisse d’une fuite de laboratoire ou d’un accident lors d’un prélèvement d’échantillons) devrait être considéré comme «extrêmement improbable», ou pourquoi une dissémination naturelle via un hôte animal inconnu devrait être considérée comme «probable, à très probable». Ils ont mis en avant leurs craintes que l’équipe conjointe du comité international et du gouvernement chinois «n’ait pas le mandat, l’indépendance ou les accès nécessaires pour mener une enquête complète et sans restriction sur toutes les hypothèses concernant les origines du Sras-CoV-2». De plus, «les données publiées à l’appui du rapport de mission présentent pour la plupart des examens d’études chinoises qui n’ont pas été publiées, partagées ou examinées par la communauté scientifique internationale», lancent-ils. Les signataires dénoncent également ce qu’ils considèrent comme des non-dits, des inexactitudes, des contradictions ou des déclarations erronées concernant des recherches entreprises par l’Institut de virologie de Wuhan (WIV).

Une série de recommandations

Afin de résoudre cette problématique, l’engagement renouvelé de l’OMS et de tous les États membres en faveur d’une enquête scientifique complète et sans restriction, fondée sur l’accès, la transparence et la diligence, est nécessaire, soutient le groupe. Selon les signataires, l’OMS devrait effectuer une nouvelle enquête sur les origines de la pandémie du coronavirus qui ne se limite pas au scénario d’une zoonose (maladie infectieuse des animaux vertébrés transmissible à l’être humain). Une recommandation appuyée par le chef de la mission de l’OMS, Peter Ben Embarek. En effet, ce dernier avait souligné, suite à la publication du rapport, que l’objectif de l’étude étant défini comme la recherche de la source zoonotique du virus, les autres théories n’ont pas reçu la même attention. Conséquence : l’équipe n’a pas mené une enquête approfondie sur les laboratoires, notamment le WIV.

Les scientifiques suggèrent notamment de veiller à ce qu’une équipe puisse entreprendre des études sans la «présence inutile» de représentants du gouvernement du pays hôte, de supprimer tout droit de véto dans le processus de sélection des membres et de prévoir un large accès aux données, dossiers et échantillons. En théorie, c’est faisable, puisque le directeur général de l’OMS est prêt à déployer des missions supplémentaires impliquant des experts spécialisés. Toutefois, cela nécessitera la coopération de la Chine, qui n’a cessé d’interférer dans l’enquête.

Suite à cette lettre ouverte, le scénario d’une fuite de laboratoire fermement nié par Pékin revient ainsi sur la table. Ceci intervient après les récriminations inattendues de quatorze pays, dont les États-Unis, contre les interférences chinoises cette première enquête. Ainsi, Washington veut avoir davantage d’influence sur l’enquête scientifique sur l’origine du virus. En effet, les autorités américaines, notamment des experts du département de la Santé et des services sociaux, du département d’État, du département de l’Agriculture et de cinq autres agences fédérales, préparent des préconisations à destination de l’OMS. Ces recommandations préconisent davantage de tests sur les animaux et les humains. Objectif : réfuter l’hypothèse avancée par Pékin, qui affirme que le virus a été diffusé par des produits alimentaires surgelés.

Plus d’un an après le début d’une pandémie qui a fait plus de 3,1millions de morts dans le monde, une question demeure : connaîtra-t-on un jour la vérité sur les origines du SARS-CoV-2 ? Alors que le document de quelque 300 pages écrit conjointement par l’équipe d’experts internationaux et des chercheurs chinois entretient le flou, l’enthousiasme scientifique ne laisse pas une grande place à l’espoir.

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