Crise de la main-d’œuvre dans l’agriculture marocaine

Avatar de Ilyasse Rhamir

Temps de lecture :

L’agriculture familiale au cœur du monde ruralImage d'illustration © DR

A
A
A
A
A

Face à une migration massive des travailleurs agricoles vers d’autres secteurs, l’agriculture nationale connaît une crise de main-d’œuvre sans précédent. Salaires en hausse, pénurie de personnel qualifié et rythmes de travail irréguliers menacent aujourd’hui la production. Comment le secteur peut-il s’adapter pour relever ces défis et assurer sa pérennité ?

Depuis plusieurs années, l’agriculture marocaine subit une transformation profonde, principalement en raison de la migration de nombreux travailleurs vers d’autres secteurs tels que le commerce, le transport ou l’artisanat. Ce phénomène a engendré une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, qui s’aggrave d’année en année. Alors que la production agricole est essentielle pour le pays, les exploitants peinent à recruter suffisamment de travailleurs. Plusieurs facteurs allant des conditions de travail à la mobilité des ouvriers, contribuent à cette crise. Plusieurs causes sont à la source de cette pénurie, qui aura un nombre important d’impacts sur l’agriculture.

Migration vers d’autres secteurs

Les effets de la sécheresse et le manque d’opportunités stables en zone rurale poussent une grande partie des ouvriers agricoles à quitter le secteur pour s’orienter vers d’autres activités. En quête de meilleures conditions de vie et de revenus plus réguliers, ces travailleurs se tournent vers le commerce, le transport, l’artisanat et parfois même le tourisme rural. Cette migration a pour conséquence directe une réduction de la disponibilité de main-d’œuvre dans les champs, en particulier celle des travailleurs qualifiés. Pour les exploitants, cette tendance rend difficile le recrutement de personnel pour les campagnes agricoles saisonnières avec des impacts visibles dès le début de la campagne actuelle.

Lire aussi : 11 milliards de dirhams pour booster l’agriculture

Mohcine Belarbi, ingénieur en génie rural, souligne également la faible mobilité des travailleurs au sein du pays ce qui aggrave davantage la situation. Certaines régions enregistrent un excès de main-d’œuvre tandis que d’autres, en besoin urgent, peinent à attirer des ouvriers. Cette inégale répartition géographique de la main-d’œuvre constitue un obstacle pour l’efficacité et la productivité agricole, obligeant parfois les exploitants à faire appel à des travailleurs non qualifiés.

Des salaires en hausse face à l’inflation

L’augmentation générale du coût de la vie au Maroc a également des répercussions sur les demandes salariales des ouvriers agricoles. Ceux-ci réclament des rémunérations plus élevées qui dépassent souvent le Salaire Minimum Agricole Garanti (SMAG), surtout durant les périodes de forte demande comme les récoltes ou le labour. Ce phénomène met en difficulté les exploitants qui doivent s’adapter à des coûts de production accrus tout en tentant de conserver leur personnel.

Lire aussi : Crise des dattes au Maroc

Les ouvriers préfèrent aussi le travail à la tâche plutôt que des horaires fixes, ce qui modifie la dynamique de la production. Le choix du travail à la tâche leur permet d’obtenir des revenus plus élevés sur une période plus courte mais cette préférence entraîne une irrégularité dans le rythme de production, nuisant parfois à l’efficacité globale des exploitations. Pour les employeurs, cette adaptation est complexe surtout dans un contexte où les coûts de main-d’œuvre ne cessent de croître.

Des rythmes de travail irréguliers

En plus des exigences salariales, la régularité du travail représente un autre défi pour les exploitants agricoles. Dans certaines filières de production particulièrement dans les cultures végétales, le travail est saisonnier avec des périodes de pointe nécessitant une forte main-d’œuvre. Toutefois, entre ces périodes, les activités ralentissent et les exploitants n’ont souvent pas les moyens de maintenir un rythme de travail régulier.

Cette fluctuation rend le secteur moins attractif pour les travailleurs à la recherche de stabilité. Ainsi, même lorsque les exploitations proposent des salaires compétitifs, elles peinent à recruter suffisamment de travailleurs qualifiés pour faire face aux périodes de forte demande. Ce manque de régularité limite la productivité agricole et les exploitants doivent parfois réduire leurs ambitions en matière de production, faute de personnel disponible.

Le Plan Maroc Vert et ses limites

Depuis le lancement du Plan Maroc Vert (PMV), l’État a entrepris des initiatives pour moderniser le secteur agricole et améliorer la productivité. Cependant, la crise de main-d’œuvre actuelle met en lumière les limites de cette stratégie. Bien que le PMV ait contribué à des progrès significatifs dans l’acquisition de matériel agricole, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée persiste et ralentit l’atteinte des objectifs fixés.

En témoignent les chiffres de vente des tracteurs agricoles qui avaient atteint une moyenne de 4.500 unités annuelles au début du PMV, pour chuter à environ 2.500 unités entre 2018 et 2023 revenants ainsi au niveau d’avant le lancement du plan. Ce recul dans l’adoption d’équipements modernes reflète les difficultés rencontrées par les exploitants qui hésitent à investir davantage face aux incertitudes économiques et à la rareté de la main-d’œuvre.

Lire aussi : Huile d’olive : le Maroc se tourne vers le Brésil

La récolte des olives, en cours actuellement, est un exemple concret de ces défis. En raison de la baisse des rendements et de l’augmentation des coûts de production, le prix de l’huile d’olive a grimpé à des niveaux sans précédent se situant entre 100 et 150 DH/litre selon les régions. Par ailleurs, les éleveurs doivent également faire face à la difficulté de trouver des bergers pour le bétail ce qui témoigne de la rareté croissante de la main-d’œuvre dans l’ensemble du secteur agricole.

Perspectives et solutions pour l’avenir

Pour surmonter ces défis, plusieurs pistes peuvent être envisagées. Premièrement, il est crucial de revoir la formation et l’accompagnement des travailleurs agricoles afin d’améliorer leur qualification et leur offrir des perspectives de carrière attractives. La mise en place de programmes de formation adaptés aux réalités du terrain et répondant aux besoins spécifiques des différentes régions pourrait favoriser la mobilité de la main-d’œuvre et combler les lacunes actuelles.

Ensuite, une révision des politiques salariales et des conditions de travail est nécessaire pour attirer de nouveaux talents dans le secteur. Proposer des rémunérations plus compétitives associées à des avantages sociaux, pourrait inciter les jeunes générations à envisager une carrière en agriculture.

Lire aussi : Agriculture : l’OCP dévoile une vision ambitieuse pour l’Afrique

Enfin, des solutions technologiques, telles que l’automatisation de certaines tâches agricoles pourraient alléger la dépendance envers la main-d’œuvre. L’introduction de machines adaptées et abordables notamment pour les petites et moyennes exploitations, pourrait améliorer la productivité tout en réduisant les besoins en main-d’œuvre. Le recours à des partenariats avec des entreprises technologiques locales pour le développement de solutions accessibles constituerait également une stratégie prometteuse.

La crise de main-d’œuvre dans l’agriculture marocaine souligne la nécessité de repenser les politiques actuelles et d’adapter le secteur aux nouveaux défis. La pérennité de la production agricole et la sécurité alimentaire du pays en dépendent et des actions rapides et ciblées sont indispensables pour assurer un avenir durable à ce secteur vital.

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Prix carburants : l’essence grimpe de 50 centimes dès le 16 mai

Consommation - Prix carburants : l’essence augmente de quelques centimes dès le 16 mai, tandis que le gasoil reste stable.

Rédaction LeBrief - 15 mai 2026
Pêche côtière : 3,85 MMDH à fin avril 2026

Économie - La pêche côtière et artisanale affiche une hausse de sa valeur à fin avril 2026, dépassant 3,85 milliards de dirhams, malgré un recul des volumes débarqués.

Ilyasse Rhamir - 15 mai 2026
Peut-on domestiquer un arbre aussi complexe que l’arganier ?

Économie - Sélection de variétés, clonage, data… la recherche transforme l’arganier. Porté par l’INRA et ses partenaires, le Maroc construit une arganiculture moderne, entre performance agricole, innovation technologique et enjeux climatiques.

Ilyasse Rhamir - 15 mai 2026
Céramique : un accord pour structurer la filière marocaine

Économie - Un partenariat inédit vise à renforcer la compétitivité de la céramique marocaine, en misant sur l’innovation, la qualité et la structuration du secteur, avec l’ambition de consolider le « Made in Morocco » sur les marchés nationaux et internationaux.

Ilyasse Rhamir - 15 mai 2026
Céréales : lancement du dispositif de commercialisation 2026 à Casablanca

Économie - À Casablanca, les autorités lancent le dispositif de commercialisation des céréales pour la campagne 2026. Prix de référence, primes de stockage et mesures logistiques visent à soutenir les producteurs et renforcer les stocks nationaux.

Ilyasse Rhamir - 15 mai 2026
Le pétrole en hausse de 2% sur fond de tensions géopolitiques

Économie - Les prix du pétrole ont progressé d’environ 2% vendredi, portés par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

El Mehdi El Azhary - 15 mai 2026
Voir plus
Le Made in Morocco est-il en danger ?

Entre importations massives et produits locaux mal protégés, le Made in Morocco se retrouve au cœur d’un étrange paradoxe.

Sabrina El Faiz - 14 mars 2026
Viandes, poissons : la danse des prix ramadanesques

Consommation - Si les fruits et légumes nous mettent déjà la tête à l’envers, les viandes et poissons ne sont pas en reste !

Sabrina El Faiz - 7 mars 2026
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
Pilotage énergétique : pourquoi la data est un levier de compétitivité pour les entreprises ?

Économie – Si on réussit, l’impact est double : compétitivité économique et contribution aux objectifs de transition énergétique du Royaume.

Rédaction LeBrief - 13 mars 2026
Ramadan 1447 : la grande bataille des dattes

Consommation-Production locale, importations, prix, qualité, enquête sur le marché ramadanesque des dattes au Maroc.

Sabrina El Faiz - 21 février 2026
Crise au Moyen-Orient : vers une hausse de la facture d’électricité au Maroc ?

Économie - Fortement dépendant des importations et du charbon pour produire son électricité, le Maroc pourrait voir sa facture énergétique augmenter si la crise perdure au Moyen-Orient.

El Mehdi El Azhary - 11 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire