La Palestine reléguée à la «salle d’attente de l’Histoire»
De jeunes garçons brandissent un drapeau palestinien lors d’affrontements avec l’armée israélienne à Ramallah en Cisjordanie occupée, le 18 octobre 2023. © Thomas Coex / AFP
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18.787 personnes ont été tuées à Gaza dans les raids israéliens depuis le 7 octobre. 50.897 autres ont été blessées. Principal allié d’Israël, le président américain Joe Biden a exhorté l’État hébreu à protéger les vies civiles au moment où le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, rencontrait le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, dans un contexte de division croissante. «Je veux qu’ils se concentrent sur la manière de sauver des vies civiles. N’arrêtez pas de vous en prendre au Hamas, mais soyez plus prudent», a précisé Joe Biden.
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Ce vendredi, le conseiller américain à la sécurité nationale devrait partir pour la Cisjordanie occupée où il doit rencontrer le chef de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, après deux jours de réunions avec les dirigeants israéliens.
L’après-guerre se discute
De son briefing avant son départ au sujet des combats à Gaza, le diplomate américain a indiqué qu’il y aura une nouvelle phase dans la guerre axée sur le ciblage des dirigeants du Hamas. Selon lui, les discussions avec les Israéliens ont été fructueuses : l’opération militaire devrait perdre en intensité. «Nous sommes d’accord avec Israël sur le fait que les combats prendront des mois, mais en différentes étapes. Nous travaillons à la libération des prisonniers israéliens restants à Gaza», a commenté le conseiller américain.
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Sur les scénarios d’après-guerre, il en ressort que le gouvernement israélien n’aurait pas de plans à long terme pour «occuper» Gaza. Le contrôle de la bande côtière devrait passer aux mains des Palestiniens. Sullivan a toutefois insisté sur le fait que «l’Autorité palestinienne doit être réorganisée et revitalisée».
Cependant, le gouvernement Netanyahu semble avoir d’autres projets. Le ministre israélien du Patrimoine d’extrême droite, Amihai Eliyahu, a déclaré qu’Israël «devrait occuper entièrement» Gaza après la guerre, ont rapporté les médias israéliens. Israël a supprimé les colonies et retiré ses forces de l’enclave palestinienne en 2005, mais conserve le contrôle de la plupart des accès terrestres, maritimes et aériens de la bande côtière.
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«Quiconque vend aujourd’hui l’idée selon laquelle [les Palestiniens] peuvent recommencer à diriger les choses ne se souvient pas de ce qui s’est passé [le 7 octobre]», a également déclaré Eliyahu. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Eli Cohen, a, pour sa part, déclaré que la guerre contre Gaza se poursuivrait «avec ou sans soutien international».
Pour Hoda Abdel-Hamid, correspondante de guerre d’Al Jazeera, «il va y avoir une réaction froide, car l’Autorité palestinienne est complètement isolée depuis l’attaque du 7 octobre. D’un côté, la communauté internationale discute avec Abbas du scénario d’après-guerre», a déclaré Abdel-Hamid. «Mais de l’autre côté, nous entendons la rhétorique des autorités israéliennes, notamment de Benjamin Netanyahu, affirmant que l’Autorité palestinienne n’a aucun rôle à jouer à Gaza après la guerre – donc ces négociations vont être difficiles.»
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À l’ombre de Gaza, la Cisjordanie
De son côté Tamer Qarmout, professeur adjoint de politique publique à l’Institut d’études supérieures de Doha, a déclaré à Al Jazeera que le conseiller américain à la sécurité nationale devrait élargir la portée de sa visite en Israël pour inclure des discussions sur les colonies illégales. «Jake Sullivan est en Israël pour discuter de l’avenir de Gaza, mais qu’en est-il de l’expansion des colonies [en Cisjordanie occupée] ?», a-t-il dit. «Les Américains peuvent-ils faire pression sur les Israéliens pour qu’ils gèlent et arrêtent immédiatement l’expansion des colonies jusqu’à ce qu’ils règlent tout le désordre en Palestine occupée ?».
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Lors de sa rencontre avec Sullivan, Mahmoud Abbas soulèvera probablement la question des raids de l’armée israélienne en Cisjordanie occupée, ainsi que de la détention massive et de mauvais traitements infligés aux prisonniers. Depuis le début de la guerre, 289 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie occupée, tandis que 3.365 autres ont été blessés et plus de 1.800 ont été enlevés (dont 750 en détention administrative).
L’agence de presse Associated Press a rapporté qu’immédiatement après le 7 octobre, «des villes ont été attaquées, des couvre-feux imposés, des adolescents arrêtés, des détenus battus et des villages pris d’assaut par des justiciers juifs». Les médias ont souligné que même avant cette date, l’année a été la plus meurtrière en Cisjordanie depuis plus de deux décennies. «Un projet plus vaste semble se déployer en Cisjordanie, dont l’annexion est au centre de l’intérêt des dirigeants sionistes d’extrême droite depuis 1967», s’accordent à dire certains observateurs.
Annexion silencieuse
Un récent rapport du secrétaire général de l’ONU adressé au Conseil de sécurité, Antonio Guterres, alerte sur l’impact dévastateur de la guerre israélienne sur Gaza, ainsi que sur le niveau croissant de violence en Cisjordanie occupée. Al Jazeera qui a reçu une copie anticipée, rapporte qu’Israël poursuit sa construction illégale de colonies en Cisjordanie occupée, citant 1.500 cas où les autorités israéliennes ont approuvé illégalement des permis de logement sur des terres palestiniennes entre septembre et décembre de cette année.
Selon le droit international, la Cisjordanie et Jérusalem-Est sont des territoires occupés. Toute construction de colonies pour les colons juifs israéliens est donc illégale. La suprématie du droit international est également codifiée dans l’article 27 de la Convention de Vienne de 1969 sur le droit des traités. Mais Israël continue d’ignorer l’article 27.
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Mais cette annexion «silencieuse» de la Cisjordanie n’est pas nouvelle. C’est une stratégie à long terme, soigneusement planifiée et en cours d’exécution bien avant le 7 octobre. 55 projets de loi d’annexion ont été soumis à la Knesset (le parlement israélien). Merav Amir, maître de conférences à l’Université Queen’s de Belfast, souligne que des personnalités politiques israéliennes ont publié six plans d’annexion détaillés entre 2010 et 2020. Les recherches d’Amir couvrent un examen approfondi des discussions autour de l’annexion dans les médias israéliens et des documents produits par et à travers le plaidoyer du lobby annexionniste Ribonut (qui signifie «souveraineté» en hébreu).
Et depuis son entrée en fonction en janvier, le gouvernement de coalition nationaliste-religieux de Benjamin Netanyahu, le Premier ministre, a approuvé la promotion de plus de 7.000 nouveaux logements, la plupart en Cisjordanie. «Nous continuerons à développer la colonisation et à renforcer l’emprise israélienne sur le territoire», avait déclaré en juin dernier, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, qui détient également un portefeuille de la défense qui lui confère un rôle de premier plan dans l’administration de la Cisjordanie.
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«Cette montée de la violence extrémiste des colons contre les Palestiniens est inacceptable», ont déclaré ce matin plus d’une douzaine de pays dans une déclaration commune publiée par le gouvernement britannique. «Des mesures proactives doivent maintenant être prises pour garantir la protection efficace et immédiate des communautés palestiniennes. L’incapacité d’Israël à protéger les Palestiniens et à poursuivre les colons extrémistes a conduit à un environnement d’impunité quasi totale dans lequel la violence des colons a atteint des niveaux sans précédent», indique le communiqué.
L’appel à l’action est venu de l’Australie, de la Belgique, du Canada, du Danemark, de l’Union européenne, de la Finlande, de la France, de l’Irlande, du Luxembourg, des Pays-Bas, de la Norvège, de l’Espagne, de la Suède, de la Suisse et de la Grande-Bretagne.
Par ailleurs, Breaking the Silence, une organisation de soldats vétérans qui ont servi dans l’armée israélienne depuis le début de la Seconde Intifada, ainsi que d’autres partenaires israéliens des droits humains, ont appelé la communauté internationale à mettre fin au transfert forcé de terres en Cisjordanie.
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