Image d’illustration Les mardis du Maghreb © LeBrief
Les mardis du MaghrebHafid Boutaleb Publié le 03/11/26 à 17:55
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Minurso : total effet de surprise

Chaque semaine, un regard affûté sur les grands enjeux du Maghreb. "Les mardis du Maghreb", une chronique hebdomadaire pour comprendre ce qui se joue, au-delà des apparences...

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Parce que les choses sont comme elles sont, que ces mêmes choses ne resteront pas comme elles sont.

Bertolt Brecht

Au-delà du démantèlement de la Minurso, et des conséquences diplomatiques et politiques immédiates liées à sa disparition. Au-delà de la fragilisation à l’extrême du dispositif narratif ayant permis aux dirigeants algériens d’instrumentaliser le droit et les institutions internationales à des fins d’hégémonie et de domination. Au-delà de la fin du statu quo qu’Alger et le Polisario cherchaient à prolonger indéfiniment, au mépris des droits des réfugiés de Tindouf. C’est bel et bien l’effet de surprise qui aura le plus fait mal aux dirigeants d’El Mouradia.

Car personne n’avait vu venir cette nouvelle donne. Depuis vendredi soir, la Minurso se conjugue au passé, privée de base légale du fait du double véto américain et russe. Une nouvelle qui fait office de séisme tant les observateurs s’étaient accoutumés du rendez-vous annuel d’octobre, et s’étaient enfermés dans la certitude d’une prorogation indéfinie du mandat de la Minurso. Mais la surprise, c’est l’art de déjouer les certitudes.

Et c’est le communiqué royal et sa teneur qui font office de véritable surprise de la soirée. Ce communiqué considère le double véto comme « un pas significatif vers la clôture définitive du dossier du Sahara marocain aux Nations Unies ». Un communiqué qui a pris tout le monde à revers. Non seulement la minurso est morte, mais son mandat avec le référendum aussi, car éprouvé et infaisable comme l’ont démontré les 35 dernières années. Mais c’est surtout un instrument clé entre les mains des détracteurs de l’intégrité territoriale qui disparaît pour toujours en un claquement de doigts.

L’affaire a commencé par un effet de surprise, le 16 octobre 1975, et se conclut par un effet de surprise le 31 octobre 2026. La Minurso n’est plus, une page se tourne.

Mais l’affaire se conclut-elle vraiment ?

Non. Le communiqué du cabinet royal souligne bien que le processus onusien est suspendu et non caduc. Le conseil de sécurité est d’ailleurs toujours saisi du dossier et le territoire du Sahara marocain est toujours inscrit à l’ordre du jour de la quatrième commission des territoires non autonomes. La résolution 690, adoptée en 1991, demeure l’acte légal fondateur qui a acté l’accord des parties et le cadre onusien.

Le cycle de 35 ans ne s’est pas achevé en queue de poisson pour autant. La résolution 2797 du Conseil de Sécurité reste la base légale sur laquelle les membres de l’organe exécutif des Nations Unies se sont accordés. Il y est stipulé que toute négociation « doit prendre comme base la proposition d’autonomie sous souveraineté marocaine ».

Il est aussi envisageable qu’une nouvelle tournée de l’envoyé spécial, Staffan de Mistura, puisse avoir lieu dans les prochaines semaines. On attendra enfin la réaction du groupe des amis du Sahara, notamment Paris, Madrid et Londres, tout autant prises de court par cette soudaine évolution.

La prochaine étape ?

Sur le court terme, le départ de la Minurso rebat les cartes sur le terrain. Les mécanismes du cessez-le-feu seront évidemment préservés par l’action avisée des Forces armées royales afin de ne donner aucune excuse aux partisans du blocage éternel.

Viendra ensuite le temps des négociations avec les parties énumérées dans les dernières résolutions pour trouver une issue favorable à tous.

Mais c’est désormais à Alger que devrait se jouer la prochaine séquence.

Et aujourd’hui, deux choix se présentent : celui de l’escalade, dont personne ne sortirait gagnant, ou celui de l’apaisement, qui suppose de regarder enfin les réalités en face. Car le peuple algérien, fourmillant de talents, d’intelligence et de génie, mérite bien mieux que l’enfermement dans une confrontation régionale stérile, et bien davantage que la caricature qui lui est trop souvent renvoyée. Il mérite un horizon, des perspectives et une ambition à la hauteur de son potentiel. L’histoire offre parfois des occasions de sortir de l’impasse. Encore faut-il avoir le courage de les saisir.

Hafid Boutaleb est journaliste spécialiste des affaires internationales. Chroniqueur télévision et radio, il est également co-fondateur de "Intiatives pour la communauté économique du Maghreb".
Depuis 2014, Hafid Boutaleb travaille comme consultant en médias. En 2022, afin de perfectionner ses compétences en journalisme et médias, il a intégré et obtenu avec succès un Master of Letters (MLitt) en journalisme numérique à l'Université de Strathclyde Glasgow. Tout au long de sa carrière, Hafid Boutaleb a collaboré étroitement avec des institutions internationales prestigieuses telles que la CCNUCC, l'AIE, l'IPEEC, la BAD et la BERD.

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