Salon du cheval d’El Jadida : comment le numérique accélère la mue de la filière équine

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Salon du cheval d'El Jadida : comment le numérique accélère la mue de la filière équineTenue du Digital Horse Day le 13 octobre 2026 en marge de la 17e édition du Salon du Cheval d'El Jadida © LeBrief/Ayoub Jouadi

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La filière équine marocaine entre dans une nouvelle phase de sa transformation technologique. Au Salon du cheval d’El Jadida, le numérique ne se limite plus à des démonstrations, il investit la gestion des écuries, le suivi sanitaire, l’entraînement, l’identification et l’accès à l’information. Capteurs connectés, intelligence artificielle, assistants conversationnels et réalité augmentée composent désormais un écosystème destiné aux professionnels comme au grand public. Cette évolution pose aussi la question de la mesure de la performance des outils déployés et de leur généralisation. La collaboration renforcée entre le pôle digital du ministère de l’Agriculture et la SOREC entend justement structurer cette dynamique.

Au Salon du cheval d’El Jadida, la transformation numérique de la filière équine s’affiche désormais comme un chantier à part entière. Pour sa troisième édition, le « Digital Horse Day », organisé mardi 13 octobre par le pôle digital du ministère de l’Agriculture, a mis en avant une série de solutions destinées à rendre le secteur plus connecté, plus traçable et davantage piloté par la donnée. De l’intelligence artificielle aux capteurs embarqués, en passant par les outils de gestion des écuries et la réalité augmentée, le numérique cherche progressivement à s’intégrer à l’ensemble de la chaîne, de l’élevage à l’entraînement, en passant par le suivi sanitaire et la relation avec les usagers.

Cette orientation traduit une évolution du rôle des technologies dans une filière longtemps structurée autour de pratiques essentiellement physiques et humaines. « L’objectif, c’est de ramener les technologies idéales qui permettent d’avoir une filière équine connectée, traçable, et ceci par la donnée augmentée par l’intelligence artificielle », souligne Loubna El Mansouri, directrice du pôle digital du ministère de l’Agriculture dans une déclaration à LeBrief.

Lire aussi : Salon du cheval d’El Jadida : une première participation omanaise

Des données pour piloter les écuries

Le pôle digital présente cette année plusieurs solutions développées avec la Société royale d’encouragement du cheval (SOREC), ainsi qu’avec des start-up nationales et internationales. Parmi elles, ERP Équin se présente comme un système intégré de gestion des écuries. L’outil permet de planifier et de suivre la reproduction, les soins, l’alimentation et l’entraînement des chevaux, mais également de piloter les activités en fonction des profils des utilisateurs et d’indicateurs de performance.

Le dispositif a déjà été déployé dans les haras de Bouznika et d’El Jadida, dans le cadre du programme « Réseau des fermes digitales au Maroc », en collaboration avec la SOREC. L’enjeu est de faire de la donnée un outil de gestion quotidien, capable de centraliser des informations jusque-là dispersées et de faciliter leur exploitation.

Le pôle digital avance déjà des premiers résultats. Selon les retours des utilisateurs cités par Loubna El Mansouri, les solutions introduites depuis 2024 auraient permis une économie de 30% sur les efforts et les coûts de gestion, ainsi qu’une diminution de 20% des pertes de stock. « C’est un gain qui est très significatif pour 18 mois ou deux années d’exploitation », estime-t-elle.

La digitalisation ne concerne pas uniquement la gestion administrative ou logistique. Avec E-Horse, le pôle met en avant une logique de surveillance connectée reposant sur plusieurs capteurs. Identification électronique, suivi de la fréquence cardiaque, respiration, température, mouvement ou encore données liées à la selle peuvent être mobilisés pour assurer un suivi continu de l’état de santé, du bien-être et des performances du cheval.

Le cheval comme objet connecté

Cette multiplication des capteurs traduit une évolution importante ; le cheval devient lui-même une source de données. Pour la filière, l’objectif est de disposer d’informations plus régulières et plus objectives afin d’anticiper certains risques, d’améliorer le suivi de l’animal et d’adapter l’entraînement.

MotionXpert s’inscrit dans la même logique, mais du côté du couple cavalier-cheval. La solution utilise des capteurs installés sur le cheval et le cavalier pour analyser en temps réel la posture du cavalier et lui fournir un retour immédiat, notamment par des indications vocales. La technologie devient ainsi un outil d’apprentissage et d’optimisation de la performance.

Pour Omar Skalli, directeur général de la SOREC, l’intelligence artificielle et la digitalisation peuvent répondre à plusieurs contraintes spécifiques au secteur. « C’est important pour améliorer l’expérience client », nous explique-t-il, notamment pour les éleveurs et propriétaires installés en milieu rural et éloignés des points de contact. Mais l’enjeu dépasse la relation avec les usagers. « Le cheval est un animal vivant avec des risques et aussi des performances. C’est un sportif et donc toute la partie technologie va aider à améliorer les performances et diminuer le risque », souligne-t-il.

La collaboration entre la SOREC et le pôle digital doit désormais être structurée par un mémorandum d’entente signé à l’occasion de cette édition du Digital Horse Day. L’accord vise notamment à formaliser leur coopération et à définir un plan d’action. Pour la SOREC, cette dynamique peut également constituer un terrain d’expérimentation pour de jeunes porteurs de projets. « Pourquoi pas demain, créer des start-up et donner des opportunités à des jeunes pour investir dans ce secteur », avance Omar Skalli.

De l’intelligence artificielle à la réalité augmentée

Le numérique cherche également à toucher un public qui n’est pas encore directement impliqué dans les métiers du cheval. Pour la première fois, le pôle digital participe à la Village des enfants du Salon. Une animation en réalité augmentée permet aux enfants de colorier un cheval sur papier avant de le voir prendre vie à l’écran en trois dimensions, dans différentes ambiances.

« C’est une réalité qui permet de passer d’un papier, un dessin papier de l’enfant sur un écran avec full dimension, différentes ambiances », explique Loubna El Mansouri. L’objectif affiché est de rendre les technologies plus concrètes et de faire entrer la culture numérique dans l’univers des jeunes visiteurs.

Le même espace permet de découvrir Equibot, un assistant conversationnel dédié au secteur équin. L’outil doit fournir des informations sur les races de chevaux, leur santé et leur bien-être, les sports équestres, les compétitions, la culture et les traditions ou encore les technologies et l’innovation. Il fonctionne en darija, en arabe et en français, tandis qu’une version en amazighe est en préparation. Le dispositif illustre une autre dimension de la transformation numérique : rendre l’information sectorielle accessible au-delà des professionnels.

Lire aussi : Le prince héritier Moulay El Hassan inaugure le Salon du Cheval d’El Jadida

Une digitalisation qui accompagne la professionnalisation

Au-delà des démonstrations, le Digital Horse Day intervient dans une filière que la SOREC cherche parallèlement à inscrire davantage dans une logique industrielle. Hicham Debbagh, directeur général adjoint de la société, a ainsi annoncé la promotion du Grand Prix de Sa Majesté le Roi Mohammed VI de pur-sang arabe au Groupe 1 et celle du Grand Prix de Moulay El Hassan au Groupe 2, dans le cadre du Meeting international du Maroc des courses, prévu les 21 et 22 novembre à l’hippodrome d’Anfa, à Casablanca.

Selon lui, cette reconnaissance internationale peut améliorer la qualité des chevaux participant aux compétitions et créer de nouvelles opportunités commerciales pour les éleveurs marocains. Il rappelle que le Maroc organise plus de 1.000 courses de pur-sang arabe par an et présente cette activité comme un levier de développement d’une véritable industrie hippique.

La digitalisation intervient dans cette même logique de professionnalisation. En permettant de mieux documenter les performances, de suivre les animaux, d’optimiser les ressources et de fluidifier les échanges entre les différents acteurs, elle ne constitue plus seulement un outil technologique supplémentaire. Elle tend à devenir une infrastructure de gestion de la filière.

Cette transformation reste toutefois à mesurer dans la durée. Les gains annoncés sur les coûts, les stocks ou les performances devront être confrontés à une généralisation des usages et à des indicateurs suffisamment documentés. Pour l’heure, le Salon du cheval montre surtout que le numérique quitte progressivement le registre de l’expérimentation pour investir des fonctions concrètes, à savoir gérer, surveiller, entraîner, informer et, désormais, familiariser les nouvelles générations avec un secteur en pleine mutation.

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