Comment le Maroc peut-il tirer parti du potentiel de l’IA ?

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Le Maroc consolide sa position de leader en réputation internationaleDrapeau du Maroc © Ayoub Jouadi / LeBrief

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Le Maroc apparaît comme l’un des pays d’Afrique du Nord les mieux positionnés pour tirer parti de l’intelligence artificielle. Selon la Banque mondiale, le Royaume fait partie, avec la Tunisie, des principaux exportateurs de produits liés à l’IA dans la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan (MENAAP). Cette dynamique témoigne d’une montée en puissance des activités technologiques et d’une intégration progressive dans les chaînes de valeur mondiales. Mais le potentiel reste conditionné à la capacité du pays à combler plusieurs lacunes en matière de compétences, d’infrastructures, d’adoption par les entreprises et de cadre réglementaire.

Dans son Bulletin économique d’octobre 2026 consacré à l’intelligence artificielle, aux emplois et à la croissance, la Banque mondiale souligne les perspectives offertes par les nouvelles technologies dans la région MENAAP. Malgré un contexte économique marqué par de fortes tensions géopolitiques et énergétiques, certains pays importateurs de pétrole parviennent à développer des activités à plus forte intensité de savoir.

Le Maroc et la Tunisie sont ainsi cités parmi les économies qui développent leurs exportations de produits de haute technologie. Pour la Banque mondiale, cette évolution traduit une transition progressive vers des secteurs davantage tournés vers la connaissance et une participation accrue aux chaînes de valeur technologiques mondiales.

Lire aussi : Intelligence artificielle : le Maroc est-il en train de rattraper son retard ?

Le Royaume fait également partie d’un groupe d’économies à revenu intermédiaire qui disposent à la fois de talents techniques et d’écosystèmes numériques en développement. Aux côtés de la Jordanie, du Pakistan, de l’Égypte et de la Tunisie, le Maroc dispose donc de certains atouts pour accélérer son intégration dans l’économie de l’IA. La Banque mondiale relève toutefois d’importantes disparités dans le niveau de préparation de ces pays.

Cette situation place le Maroc face à un double enjeu : poursuivre le développement des activités liées aux technologies avancées tout en renforçant les conditions nécessaires à leur diffusion dans l’ensemble de l’économie.

Un potentiel important pour les entreprises et les emplois

L’intelligence artificielle ne constitue plus uniquement une technologie émergente. Elle transforme déjà les entreprises, les marchés du travail et certains services publics. Pour la Banque mondiale, la question centrale n’est donc plus de savoir si l’IA aura un impact sur la région, mais à quelle vitesse elle s’y diffusera et dans quelle mesure les bénéfices seront partagés.

À l’échelle de la région MENAAP, l’IA pourrait notamment contribuer à améliorer la productivité. À court terme, l’automatisation menacerait moins de 10% des emplois, tandis que les technologies d’IA pourraient accroître la productivité dans 13 à 20% des emplois. La Banque mondiale précise néanmoins que ce potentiel n’est pas automatique et que les gains varient selon les niveaux de revenus et de qualification.

Pour le Maroc, l’enjeu consiste donc moins à remplacer massivement le travail humain qu’à favoriser une utilisation productive de ces technologies. Cela suppose notamment que les entreprises puissent intégrer l’IA dans leurs processus, former leurs salariés et adapter l’organisation du travail.

Or, le rapport relève un déficit général d’investissement privé dans la région. Seulement 16% des entreprises ont lancé un nouveau produit ou service au cours des trois dernières années, contre 29% dans les autres pays émergents et en développement. Seules 24% ont investi dans leur capital physique et moins d’une entreprise sur cinq propose une formation formelle à ses travailleurs.

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Le défi des compétences et des infrastructures

Le développement de l’IA repose également sur des fondations matérielles et humaines solides. La Banque mondiale identifie notamment le capital humain, les infrastructures, la connectivité et l’accès à une électricité fiable parmi les éléments nécessaires à l’adoption des technologies d’intelligence artificielle.

La question des compétences apparaît particulièrement importante. Les talents spécialisés dans l’IA sont de plus en plus nombreux dans la région, mais ils restent fortement concentrés dans les économies du Conseil de coopération du Golfe. Une partie des compétences issues des pays à revenu intermédiaire se dirige par ailleurs vers les pays du Golfe et de l’OCDE.

Le Maroc figure justement parmi les économies à revenu intermédiaire identifiées par la Banque mondiale pour leur potentiel technique et leur écosystème numérique en développement. Le défi consiste donc à transformer ces atouts en capacité durable d’innovation, tout en limitant la perte de compétences vers d’autres marchés.

La Banque mondiale met également en avant un autre obstacle : la disponibilité de données adaptées aux contextes locaux. L’arabe représente moins de 1% des données utilisées pour entraîner les modèles d’IA de pointe, alors que cette langue compte plus de 500 millions de locuteurs. Les dialectes arabes sont encore moins bien pris en compte, ce qui peut réduire la précision des systèmes lorsqu’ils sont utilisés dans des interactions quotidiennes.

Pour le Maroc, cette problématique revêt une importance particulière dans les usages qui nécessitent une adaptation au contexte local, notamment les services destinés au public, les interactions vocales ou encore certaines applications professionnelles.

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Une adoption qui ne se limite pas à l’accès aux outils

Disposer d’outils d’intelligence artificielle ne signifie pas nécessairement que les entreprises en tirent des gains de productivité. La Banque mondiale distingue ainsi l’accès à l’IA de son utilisation réellement productive.

Dans la région, l’adoption reste souvent superficielle. Le rapport cite notamment le cas de la Jordanie, où 96% des entreprises utilisant l’IA s’en servent pour générer des images, des vidéos, de la parole, de l’audio ou du texte. En revanche, moins de 5% l’intègrent dans leurs processus de production ou dans leurs systèmes de prise de décision.

Cette distinction constitue un enjeu majeur pour les économies comme le Maroc. L’utilisation de l’IA comme simple outil de génération de contenu ne suffit pas à transformer durablement la productivité. Les gains les plus importants nécessitent une intégration plus profonde dans les méthodes de travail et une réorganisation des tâches.

Le cadre réglementaire, un autre levier

La Banque mondiale pointe également les insuffisances réglementaires comme un frein à la diffusion de l’IA dans la région. Les principales lacunes concernent notamment les cadres juridiques applicables aux nouveaux modèles économiques numériques et la capacité des États à les faire respecter.

La confidentialité des données, la responsabilité algorithmique et l’incertitude réglementaire figurent parmi les préoccupations régulièrement exprimées par les entreprises. Le rapport estime que l’objectif ne doit pas être de multiplier les règles, mais de mettre en place des cadres suffisamment clairs et prévisibles concernant la gouvernance des données, leur partage, les marchés publics, la responsabilité et l’utilisation éthique de l’IA.

Pour le Maroc, la consolidation de cet environnement peut donc constituer un élément déterminant pour favoriser l’investissement et permettre aux entreprises de développer de nouveaux usages de l’intelligence artificielle.

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Le Maroc peut-il tirer parti de la coopération régionale ?

La Banque mondiale voit enfin dans les écarts entre les pays de la région une possibilité de coopération. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent des écosystèmes d’IA les plus avancés de la région, notamment dans les infrastructures, les modèles, l’investissement et la gouvernance. Les économies à revenu intermédiaire peuvent, de leur côté, apporter des talents, des données locales, des connaissances sectorielles et des capacités de développement d’applications.

Dans cette configuration, le Maroc peut trouver un intérêt à une approche collaborative plutôt qu’à chercher à développer seul toutes les composantes de l’écosystème. La Banque mondiale évoque notamment le partage de capacités de calcul, la constitution de bases de données linguistiques communes, les partenariats de recherche et la coordination des cadres de gouvernance.

L’enjeu dépasse ainsi la seule performance technologique. Il s’agit de faire de l’IA un levier de productivité et d’amélioration des services, sans accentuer les écarts existants.

Pour le Maroc, le point de départ est déjà identifié : le pays figure parmi les principaux exportateurs régionaux de produits liés à l’IA et dispose d’un écosystème numérique en développement. La prochaine étape consiste à transformer cette dynamique en gains plus larges pour les entreprises et l’emploi. Cela passera par les compétences, l’innovation, l’investissement, les infrastructures, les données et un cadre réglementaire adapté.

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