Cover chronique HARMONIE
Anass Hajoui Publié le 24/09/26 à 11:12
Temps de lecture

Le poids des absents

A A A A A

Les législatives du 23 septembre ont livré leurs premiers résultats. Le PAM arrive en tête avec 97 sièges, devant le RNI avec 66, l’Istiqlal avec 65 et le PJD avec 54. Derrière eux viennent le Mouvement populaire avec 29 sièges, l’USFP avec 26, le PPS avec 19 et l’Union constitutionnelle avec 17. Les autres formations se partagent le reste des sièges, selon les résultats encore provisoires annoncés par le ministre de l’Intérieur.

Ces chiffres vont naturellement occuper le débat politique. On parlera de victoire, de recul, de progression, d’alliances et de la majorité qui pourra se dessiner. Mais au milieu de tous ces résultats, un autre chiffre mérite peut-être encore davantage notre attention : 38,02%. C’est le taux de participation enregistré à la fermeture des bureaux de vote. Autrement dit, près de deux électeurs inscrits sur trois ne se sont pas déplacés.

Et encore, l’abstention ne raconte qu’une partie de l’histoire puisqu’elle ne prend en compte que les citoyens déjà inscrits. Chez les jeunes, le décalage est encore plus frappant. Les 18-24 ans ne représentent que 4% des 15,8 millions d’électeurs inscrits, contre plus de 29% pour les 60 ans et plus. Une génération dont on parle énormément lorsqu’il est question d’emploi, d’éducation, de logement, de pouvoir d’achat ou d’émigration se retrouve finalement très peu présente dans le corps électoral.

Il serait facile d’en conclure que les Marocains, et particulièrement les jeunes, ne s’intéressent plus à la politique. Pourtant, ils parlent quotidiennement de sujets profondément politiques : le prix de la vie, l’école, la santé, l’emploi, les transports, le logement ou les perspectives d’avenir. Le désintérêt pour les urnes ne signifie donc pas nécessairement un désintérêt pour la chose publique. C’est justement cette distance entre les préoccupations et la participation qui devrait interpeller.

Dans le monde de l’entreprise, lorsqu’un client cesse d’acheter un produit, une organisation sérieuse ne commence pas par lui expliquer qu’il a tort de ne plus l’acheter. Elle cherche à comprendre ce qui l’a éloigné. L’offre répond-elle encore à ses attentes ? La promesse est-elle crédible ? La confiance s’est-elle érodée ? En politique aussi, l’absence est une information.

Cela ne retire pas au citoyen sa propre responsabilité. Ne pas voter peut exprimer une défiance, une protestation, une indifférence ou simplement un choix personnel. Mais l’absence ne suspend jamais la décision collective. Les députés seront élus, une majorité se formera et des politiques publiques seront décidées avec ceux qui ont voté comme avec ceux qui ne l’ont pas fait.

La situation des jeunes rend ce paradoxe encore plus frappant. Ceux qui auront le plus longtemps à vivre avec les décisions prises aujourd’hui sont très faiblement représentés parmi ceux qui peuvent participer au scrutin. Mais leur demander simplement de voter ne suffira probablement pas. Encore faut-il comprendre pourquoi une partie d’entre eux ne juge même plus nécessaire de s’inscrire.

C’est finalement vrai dans toutes les organisations. Une entreprise, une association ou une institution peut continuer à fonctionner lorsque certains cessent de participer. Mais lorsque l’absence devient massive, la question ne peut plus porter uniquement sur ceux qui ne viennent pas. Elle finit nécessairement par porter sur ce qui ne leur donne plus envie de venir.

Au lendemain du scrutin, le Maroc connaît donc le nombre de sièges remportés par chaque parti. Il lui reste peut-être à comprendre le résultat le plus difficile à lire : pourquoi tant de citoyens ont choisi de ne pas participer à leur attribution.

pub

Un commentaire

  1. Peut-être que ce faible taux de participation et ce « désintérêt » pour l’élection est dû au fait que tout cela est une mascarade, nous avons des partis politiques, qui ont fait leur show (pas toujours de façon très dignes), ils ont répandu dans les rues des millions de prospectus en déchets (est-ce que ce sont des gens responsables?) et en plus ils sont allés acheter les voix dans les quartiers populaires, auprès de gens analphabètes qui n’y comprennent pas grand’chose, voilà la triste réalité. Au final, si c’est PAM, RNI ou PJD, est-ce que le citoyen ordinaire verra la différence, qui tire réellement les ficelles ?,

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire