Image d’illustration Les mardis du Maghreb © LeBrief
Les mardis du MaghrebHafid Boutaleb Publié le 22/09/26 à 11:05
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Maghreb en miroir

Chaque semaine, un regard affûté sur les grands enjeux du Maghreb. "Les mardis du Maghreb", une chronique hebdomadaire pour comprendre ce qui se joue, au-delà des apparences...

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À quelques jours d’un scrutin législatif qui s’annonce crucial au Maroc, en pleine campagne électorale et donc en pleine séquence de bilan de l’action gouvernementale, il convient de rappeler une partie de ce bilan qui échappe, pour l’essentiel, aux dirigeants marocains.

Si le Maroc souffre de contraintes structurelles, comme les sécheresses chroniques ou une transition démographique certes avancée mais encore inachevée, d’autres contraintes, plus artificielles, continuent de peser lourdement sur ses objectifs de développement.

C’est notamment le cas de la plus longue frontière fermée du monde, celle qui sépare le Maroc et l’Algérie ; du dossier épineux de l’intégrité territoriale, bloqué par les dirigeants algériens qui invoquent des principes qu’ils n’appliquent même pas sur leur sol ; et, plus largement, de l’absence d’un marché commun et de toute véritable intégration régionale. Là encore, la responsabilité des dirigeants algériens est difficile à écarter.

Le Maghreb reste en effet l’une des rares régions du monde à ne bénéficier d’aucune intégration économique régionale effective. Partout ailleurs, l’intégration a contribué à accélérer la création de richesse, à élargir les marchés et à mutualiser les efforts face aux défis communs. Même la Chine, forte de sa croissance et de ses 1,4 milliard de consommateurs, participe à un vaste marché régional à travers le RCEP, le Regional comprehensive economic partnership.

Les dirigeants marocains ne peuvent donc voir leur bilan évalué exactement selon les mêmes critères que ceux d’autres pays. Une partie des potentialités du Royaume demeurant prisonnière d’un environnement régional qui lui est défavorable.

Mais le Maroc avance sans ressasser.

Si l’axe maghrébin est-ouest, reliant Tunis à Casablanca via Alger, semble désormais durablement paralysé, avec des conséquences économiques et territoriales importantes pour les villes de l’intérieur du nord-est marocain, de Fès à Taza et Oujda, il reste l’axe atlantique nord-sud.

N’importe quel observateur averti peut dès lors comprendre l’importance stratégique de Guerguerat. Et par là même, mieux comprendre les initiatives d’Alger afin d’empêcher l’émergence d’une nouvelle continuité commerciale et stratégique reliant le Maroc à l’Afrique de l’Ouest.

Cela dit, en dépit de la détérioration continue des relations entre Rabat et Alger, le Maroc a longtemps veillé à ne pas faire payer aux ressortissants algériens le prix des décisions de leurs dirigeants. Depuis peu, toutefois, la réalité de l’état des relations entre les deux pays semble rattraper leurs ressortissants.

La semaine dernière, une information a rapidement fait le tour de la toile : les autorités marocaines auraient adressé une note aux opérateurs aériens leur demandant de ne pas embarquer les voyageurs algériens dépourvus de carte de résidence au Maroc.

L’information provient notamment de la compagnie Air France. À ce stade, aucune communication officielle marocaine ne semble toutefois être venue la confirmer. Au regard de l’ampleur du traitement qui lui a été réservé dans les médias algériens, l’information semble être vraie.

La mesure, si elle est confirmée, concernerait des milliers de ressortissants algériens qui se rendent chaque année au Maroc. Elle ne viserait pas, semble-t-il, les détenteurs d’un passeport européen, même lorsqu’ils sont d’origine algérienne. Une précision importante, car la circulaire de 1994, diffusée au lendemain des attentats de l’hôtel Asni à Marrakech, concernait alors l’ensemble des ressortissants algériens ou des personnes d’origine algérienne présentes au Maroc en août 1994.

Certains voient dans cette nouvelle donne une réponse différée à l’imposition, en septembre 2024, d’un visa aux ressortissants marocains souhaitant se rendre en Algérie. Elle intervient également près d’un an après le dernier appel du souverain marocain à destination des dirigeants algériens.

Car si le roi Mohammed VI a cette fois fait l’impasse sur l’Algérie et le Maghreb dans son discours du Trône de 2026, il n’a cessé, depuis son accession au trône en 1999, d’appeler au dialogue et à la relance de l’Union du Maghreb arabe, paralysée depuis des décennies par le conflit autour du Sahara marocain.

En 2021, dans un discours particulièrement explicite, le Souverain était même allé jusqu’à qualifier les deux pays de « pays jumeaux qui se complètent », invitant son homologue algérien à un dialogue franc afin d’apaiser les tensions et de traiter, un à un, les différends opposant les deux États.

La réponse algérienne, elle, n’a pas permis cette ouverture.

Frontières fermées, gazoduc fermé, interdiction du survol de l’espace aérien, rupture des relations diplomatiques, accusations répétées contre le Maroc : la liste s’est allongée au fil des années. Ainsi Alger continue de hurler sa colère qu’elle impute indûment à son voisin, tandis que Rabat répond désormais avec une retenue qui n’exclut plus la réciprocité.

« Tout ce qui est excessif est insignifiant », rappelait récemment le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita.

Le Maroc, lui, prend acte, répond et renvoie désormais à Alger, en miroir, les conséquences de sa propre politique.

De facto, si la mesure visant les ressortissants algériens venait à être confirmée, elle toucherait des personnes qui ne sont évidemment pas responsables des positions prises par leurs dirigeants. Mais elle répondrait aussi à une autre réalité : celle d’un déséquilibre croissant dans le traitement réservé aux ressortissants des deux pays.

Les Marocains doivent présenter un visa pour entrer en Algérie et font régulièrement état de difficultés à leur arrivée. Le climat s’est également tendu avec d’autres pays du Maghreb.

Dans un contexte où le dialogue politique est désormais quasiment inexistant, la réciprocité finit par prendre le relais de la confiance.

Hafid Boutaleb est journaliste spécialiste des affaires internationales. Chroniqueur télévision et radio, il est également co-fondateur de "Intiatives pour la communauté économique du Maghreb".
Depuis 2014, Hafid Boutaleb travaille comme consultant en médias. En 2022, afin de perfectionner ses compétences en journalisme et médias, il a intégré et obtenu avec succès un Master of Letters (MLitt) en journalisme numérique à l'Université de Strathclyde Glasgow. Tout au long de sa carrière, Hafid Boutaleb a collaboré étroitement avec des institutions internationales prestigieuses telles que la CCNUCC, l'AIE, l'IPEEC, la BAD et la BERD.

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