Post-printemps arabe : 81% des Marocains voient une amélioration

profil ElMedhi El Azhary

Temps de lecture :

À 81%, les Marocains jugent le bilan post-printemps arabe plus favorable dans la région MENAPhoto d'illustration © DR

A
A
A
A
A

Quinze ans après le printemps arabe, le Maroc affiche une perception largement positive de son évolution. Selon une enquête KAS menée en 2026, 81% des Marocains estiment que la situation du pays s’est améliorée depuis 2011, malgré des difficultés persistantes pour les ménages. Il s’agit du pourcentage le plus haut de la région MENA. Les détails.

Quinze ans après le mouvement contestataire de 2011, le Maroc se distingue par une perception particulièrement positive de son évolution nationale. Selon une enquête menée en 2026 par la Konrad-Adenauer-Stiftung (KAS) avec Arab Research and Analytics Associates, 81% des Marocains interrogés estiment que les conditions dans leur pays sont aujourd’hui meilleures qu’avant le printemps arabe. Un niveau qui place le pays en tête parmi les pays étudiés, et très nettement devant l’Égypte et la Tunisie.

Lire aussi : Croissance économique : pourquoi les ménages peinent encore à en ressentir les effets ?

Un contraste régional marqué

Cette perception est loin d’être partagée dans toute la région. En Égypte, 68% des personnes interrogées considèrent que la situation est meilleure qu’avant 2011. En Syrie, le taux atteint 64%, tandis qu’il tombe à 34% en Tunisie. Le contraste est encore plus marqué au Liban, où seulement 10% portent un jugement positif sur l’évolution du pays depuis le printemps arabe, et dans les territoires palestiniens, où cette proportion s’établit à 7%.

L’étude invite toutefois à ne pas assimiler automatiquement ce résultat à une satisfaction générale à l’égard de tous les aspects de la vie politique. Les auteurs du rapport soulignent que les perceptions du Maroc semblent notamment s’inscrire dans une lecture associant réformes politiques, croissance économique et progression des investissements étrangers. Le jugement porté sur la période post-2011 apparaît ainsi davantage lié à une appréciation de la trajectoire globale du pays qu’à une adhésion sans réserve au fonctionnement des institutions.

Le niveau de confiance accordé aux institutions renforce néanmoins le constat. En 2026, 81% des Marocains disent faire confiance au gouvernement national, qu’il s’agisse d’une confiance totale, importante ou relative. Le Maroc se situe derrière l’Égypte, à 94%, et devant la Jordanie, à 82%, la Syrie, à 85%, ainsi que les territoires palestiniens, à 72%. Surtout, la confiance à l’égard du gouvernement marocain progresse de cinq points par rapport à l’enquête KAS de 2020, passant de 76% à 81%.

Cette progression ne s’étend cependant pas de manière uniforme à l’ensemble de la sphère politique. Les partis politiques restent nettement moins crédibles que l’État aux yeux des personnes interrogées. Au Maroc, 56% déclarent leur faire confiance, contre 66% pour le Parlement. La confiance est en revanche beaucoup plus élevée à l’égard des organisations de la société civile, qui atteint 83%, ainsi que de la police, à 95%, de l’armée, à 89%, et des institutions religieuses locales, à 95%. Le rapport observe ainsi un écart important entre la confiance accordée aux institutions étatiques et sécuritaires et celle accordée aux acteurs de la représentation politique.

Un optimisme économique à nuancer

Sur le terrain économique, le Maroc figure également parmi les pays affichant les perceptions les plus favorables. Six Marocains sur dix jugent la situation économique actuelle « bonne » ou « très bonne », contre 70% en Égypte, mais seulement 32% en Jordanie, 24% en Syrie et 16% en Tunisie. En 2020, ils n’étaient que 39% à porter un jugement positif sur l’économie nationale. Le rapport relève donc une amélioration de 21 points sur cet indicateur.

Le sentiment d’amélioration n’est pourtant pas synonyme d’une amélioration généralisée du niveau de vie. C’est même l’un des principaux paradoxes mis en évidence par l’étude. En 2020, 65% des Marocains déclaraient que leurs revenus permettaient de couvrir leurs dépenses. En 2026, cette proportion n’est plus que de 44%. Autrement dit, l’optimisme concernant la situation du pays coexiste avec une pression accrue sur les finances des ménages. Le rapport insiste sur cette différence entre perception de la trajectoire nationale et réalité économique individuelle.

Les perspectives restent néanmoins favorables. Quelque 83% des Marocains pensent que la situation économique s’améliorera dans les prochaines années, soit le deuxième niveau le plus élevé du panel après la Syrie, à 90%. Le Maroc se distingue également sur la question de l’emploi ; 66% jugent les possibilités d’emploi bonnes ou très bonnes, un taux supérieur à celui observé en Tunisie, en Jordanie, au Liban ou dans les territoires palestiniens.

Cette confiance semble toutefois conditionnelle. Lorsqu’il s’agit de définir le système politique souhaité, 54% des Marocains considèrent qu’un système parlementaire dans lequel partis religieux et non religieux peuvent concourir est adapté au pays. Mais 39% jugent également approprié un système fondé sur une dictature de fait, sans opposition ni élections. Par ailleurs, 56% estiment qu’une théocratie fondée sur la loi religieuse sans élections ni partis serait convenable.

Lire aussi : Le Maroc des ménages épuisés

Des attentes politiques loin d’être univoques

L’enquête doit cependant être interprétée avec prudence. Réalisée entre le 8 mai et le 3 juillet 2026 auprès de 8.475 personnes, soit environ 1.200 répondants dans chacun des sept pays couverts, elle a été conduite alors que la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran pesait fortement sur le contexte régional. Les auteurs avertissent eux-mêmes que cette période de crise a pu influencer certaines réponses, notamment sur les questions politiques et sécuritaires, et contribuer à un effet de « rally-around-the-flag », favorisant la cohésion autour des institutions nationales.

Le cas marocain ressort donc comme une exception positive, particulièrement en comparaison avec les autres pays d’Afrique du Nord étudiés. Mais derrière les 81% qui jugent les conditions meilleures qu’avant le printemps arabe, le tableau demeure plus nuancé, où une confiance institutionnelle élevée, une perception économique plus favorable et un optimisme pour l’avenir cohabitent avec une baisse de la capacité des revenus des ménages à couvrir leurs dépenses et une défiance persistante envers les partis et la vie politique.

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Éclipse lunaire : les premières images du phénomène observé ce matin

Un rendez-vous céleste rare et poétique s'est joué cette nuit. Après l'éclipse solaire du 12 août, c'est au tour de la Lune de s'être éclipsée entre jeudi et vendredi.

Souhayla BOUARFA ( Stagiaire ) - 28 août 2026
El Jadida : 350 kg de kif saisis dans un dépôt clandestin

La gendarmerie a saisi 350 kg de kif et 76 kg de tabac dans un dépôt clandestin près d'El Jadida. Le principal suspect, recherché, a pris la fuite.

El Mehdi El Azhary - 27 août 2026
Rentrée scolaire : les libraires disent non à l’informel

A cause des ruptures de stock, du boycott de certaines maisons d’édition ou encore de la hausse des prix, le marché noir se développe à vitesse grand V. Détails.

Othman Dadas (stagiaire) - 27 août 2026
Climat : El Niño peut-il influencer la pluviométrie marocaine ?

Le renforcement d’El Niño pourrait influencer les pluies au Maroc en 2026-2027. Mais son impact varie selon les régions et reste conditionné par d’autres facteurs climatiques.

El Mehdi El Azhary - 27 août 2026
Oujda : la prison dément toute négligence médicale

La prison d’Oujda dément toute négligence médicale envers un détenu et affirme qu’il a bénéficié de quatre examens et d’un suivi régulier depuis juin 2025.

Mouna Aghlal - 27 août 2026
Décès de Abdelaziz Bennani, figure du barreau et défenseur des droits humains

Abdelaziz Bennani, avocat et militant des droits humains, est décédé à 87 ans. Cofondateur de l’OMDH, il a marqué le combat pour les libertés au Maroc.

Mouna Aghlal - 27 août 2026
Voir plus
Aïd Al-Fitr 1447 pourrait tomber le samedi 21 mars

Société - Selon les calculs astronomiques, Aïd al-Fitr 2026 pourrait tomber le samedi 21 mars au Maroc. La visibilité du croissant lunaire est prévue vendredi soir, mais la date officielle sera confirmée par le ministère des Habous.

Ilyasse Rhamir - 9 mars 2026
Ramadan : horaires spéciaux du tramway de Casablanca

Société - Le réseau CASA Tramway adopte des horaires spéciaux durant le mois de Ramadan.

Mouna Aghlal - 17 février 2026
Ramadan 2026 : la Zakat Al Fitr fixée à 25 dirhams

Société - Le Conseil supérieur des oulémas annonce la valeur de la Zakat Al Fitr pour 2026 à 25 dirhams pour l'année 1447 de l'Hégire.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
8 mars : 8 Marocaines qui bousculent les lignes

Société-A l’occasion du 8 mars, LeBrief rend hommage à 8 femmes que nous avons rencontrées et interviewées ces derniers mois.

Sabrina El Faiz - 8 mars 2026
Manifestations de la « GenZ 212 » : 60 personnalités marocaines exhortent le Roi à engager des réformes profondes

Société - Soixante figures marocaines appellent le roi Mohammed VI à lancer des réformes profondes en phase avec les revendications de la jeunesse.

Hajar Toufik - 8 octobre 2025
Travaux : les Casablancais n’en peuvent plus !

Dossier - Des piétons qui traversent d’un trottoir à l’autre, des voitures qui zigzaguent… À croire que les Casablancais vivent dans un jeu vidéo, sans bouton pause.

Sabrina El Faiz - 12 avril 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire