Sans qu’il l’ait cherché, sa trajectoire finit par éclairer les failles de notre système politique. Lui, c’est le ministre délégué chargé du Budget, président de la FRMF et nouveau membre du bureau politique du PAM. Ce technocrate se retrouve aujourd’hui au croisement de deux histoires. Deux histoires qui n’ont, en apparence, rien à voir l’une avec l’autre. Et qui pourtant disent la même chose : une fragilité. Celle des partis politiques marocains. Celle des réseaux sociaux, devenus un espace où tout se dit, où tout se déforme.
Premier constat, politique celui-là. Quand des partis vont chercher, régulièrement, des personnalités qui ont fait leurs preuves ailleurs – dans l’administration, l’économie, le sport – pour transformer une réussite professionnelle en réussite électorale, ils posent une question qu’ils ne se posent pas eux-mêmes. Celle de leur propre capacité à produire des cadres, à produire des dirigeants. Un parti n’est pas une agence de placement pour notables venus d’ailleurs. Il est censé être une école. Un lieu où l’on apprend, où l’on se frotte aux idées des autres, où l’on articule ambition personnelle et projet collectif. Trop souvent, ce n’est pas le cas. On cherche le « sauveur » plutôt que le projet. La personnalité plutôt que le programme. L’image plutôt que le travail de fond. Certains partis ne sont plus des viviers. Ils deviennent des vitrines, où l’on installe des figures déjà construites ailleurs, en espérant que leur notoriété se transforme en voix le jour du vote. Une pratique compréhensible, dans un paysage concurrentiel. Mais qui dit, en creux, une crise. Celle de la fabrication interne des dirigeants.
Deuxième affaire, plus récente celle-là. Ces derniers jours, de fausses informations ont circulé sur les réseaux sociaux. On a dit qu’un décret donnait la main à l’argentier « sauveur » sur 210 milliards de DH destinés aux programmes de développement territorial via le Fonds de développement territorial intégré (FDTI). En réalité et en s’arrêtant sur les textes de loi, deux décrets publiés au Bulletin officiel n°7532 du 6 août et n°7534 du 13 août, la nuance est importante. Au vu des éléments figurant dans le premier décret, une attribution temporaire relative au suivi de cette rubrique financière (FDTI) a été conférée à l’autorité gouvernementale en charge du Budget. Afin de mesurer rigoureusement l’impact de ce dispositif, il faut examiner le second décret qui autorise explicitement le département du Budget à désigner les représentants territoriaux (walis et gouverneurs) ainsi que les responsables administratifs, tant au niveau national que régional, en qualité d’intervenants délégués ou de substituts habilités à valider les mouvements comptables rattachés à ce fonds. Il confie à différents responsables du département des Finances et de l’administration territoriale, une mission strictement technique – liquider et payer les créances des entreprises qui ont travaillé pour l’Etat et qui attendent encore leur dû. Une mission provisoire. Son seul but : éviter un vide de gestion pendant la transition. Pas d’habilitation sur les crédits territoriaux.
En 2015 déjà, la gestion du Fonds de développement rural (FDR) avait valu à l’actuel chef de l’exécutif, alors ministre de l’Agriculture, un accrochage sérieux avec l’ex-chef du gouvernement à l’époque et actuel SG du PJD. Un ministre, un fonds, une tutelle contestée. L’histoire ne se répète pas à l’identique. Mais elle rappelle une chose : dès qu’un homme concentre, même temporairement, plusieurs fonctions et la gestion de sommes considérables, la question du contrôle et de la légitimité resurgit. Toujours…
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