Retraites : le répit trompeur des hausses salariales

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Fonction publique : plus de 68.000 départs à la retraite prévus d’ici 2029Retraite (illustration) © DR

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Les comptes des principaux régimes de retraite marocains se sont améliorés en 2025, portés notamment par les revalorisations salariales dans la fonction publique. Mais derrière cette embellie comptable, les déséquilibres demeurent. La CMR reste à quelques années d’une échéance financière critique, tandis que la CNSS voit son excédent se réduire. La réforme structurelle reste donc incontournable. Les détails.

Les hausses de salaires accordées dans le cadre du dialogue social ont permis aux caisses de retraite marocaines d’améliorer leurs recettes en 2025. Cette progression des cotisations ne suffit toutefois pas à modifier durablement les perspectives financières du système. Selon le dernier Rapport sur la stabilité financière, les principaux régimes de retraite de base restent confrontés à des déséquilibres structurels qui continuent de peser sur leur viabilité à long terme.

En 2025, les cotisations versées aux régimes de retraite ont atteint environ 73 milliards de dirhams (MMDH), en hausse de 9,3% sur un an. Cette progression s’explique notamment par la mise en œuvre des augmentations salariales prévues dans l’accord conclu en avril 2024 dans le cadre du dialogue social. La revalorisation des rémunérations dans le secteur public a ainsi mécaniquement entraîné une hausse des prélèvements destinés aux caisses de retraite.

En même temps, les prestations versées aux retraités ont également progressé. Elles se sont établies à 75,3 MMDH, soit une augmentation de 5,8% par rapport à 2024. Le système comptait, en 2025, quelque 5,1 millions de cotisants pour environ 1,5 million de bénéficiaires de pensions.

Ces chiffres traduisent donc une amélioration des flux financiers, mais ils ne doivent pas être interprétés comme un rétablissement durable de l’équilibre des régimes. Le rapport souligne au contraire que les principaux régimes de retraite de base « continuent en 2025 de présenter des déséquilibres structurels ». Les hausses salariales ont apporté des ressources supplémentaires, mais leur effet sur la solvabilité future reste limité.

Lire aussi : Réforme des retraites au Maroc : la commission technique ouvre ses travaux

La CMR toujours sous pression

Le cas de la Caisse marocaine des retraites (CMR), qui gère notamment le régime des pensions civiles des fonctionnaires, illustre cette situation. Le régime CMR-RPC a enregistré 35,6 MMDH de cotisations en 2025, bénéficiant directement de l’augmentation des salaires dans la fonction publique.

Cette progression des recettes a permis de réduire son déficit technique. Celui-ci est passé de 7,3 MMDH en 2024 à 5,4 MMDH en 2025. En intégrant les revenus issus des placements financiers, le déficit global du régime a également diminué, passant de 4,1 MMDH à environ 2 MMDH.

L’amélioration reste néanmoins essentiellement conjoncturelle. Les autorités de supervision estiment que la situation financière à long terme du régime n’a pas connu de changement fondamental. Sa durée de viabilité demeure ainsi limitée à environ cinq à six ans.

Autrement dit, l’augmentation des salaires a permis de repousser une partie de la pression financière, sans supprimer le problème de fond. Le régime continue de devoir financer des engagements futurs qui dépassent les ressources générées par les cotisations actuelles.

L’impact de la revalorisation salariale apparaît également dans le taux de cotisation nécessaire pour parvenir à un équilibre financier à long terme. Celui-ci est passé de 35% à 32%. La progression est significative, mais le taux effectivement appliqué reste inférieur au niveau requis. L’écart de financement s’est ainsi réduit de sept à quatre points de pourcentage, sans disparaître.

Cette évolution résume à elle seule la portée limitée des mesures salariales ; elles améliorent les comptes à court terme et réduisent le déséquilibre, mais ne suffisent pas à assurer l’équilibre actuariel du régime.

Le RCAR face à un déséquilibre persistant

Le Régime collectif d’allocation de retraite (RCAR) présente une situation encore plus contrastée. Ses cotisations ont atteint 3,8 MMDH en 2025, alors que les prestations versées aux retraités se sont élevées à 8,4 MMDH.

Le régime a ainsi continué d’afficher un déficit technique d’environ 4,5 MMDH. Les revenus générés par les placements financiers ont toutefois permis de compenser cette situation et de dégager un excédent global de 221 millions de dirhams.

Ce résultat comptable ne doit cependant pas masquer la fragilité du financement à long terme. Le rapport met notamment en garde contre un effet différé des augmentations salariales. Si celles-ci permettent dans un premier temps d’accroître les cotisations, elles entraînent également une hausse des droits futurs des salariés concernés. Les gains enregistrés aujourd’hui peuvent donc se traduire, à terme, par une augmentation plus importante des dépenses de pensions.

Le mécanisme est particulièrement important pour les régimes confrontés à un déséquilibre entre les cotisations encaissées et les pensions versées. Une hausse des salaires ne constitue donc pas, à elle seule, une réforme du système de retraite. Elle augmente simultanément les recettes et les engagements futurs.

La CNSS encore excédentaire, mais sous surveillance

La situation du régime de retraite de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) demeure plus favorable. Le régime de long terme est resté excédentaire en 2025. Sa situation s’est toutefois dégradée au cours de l’année, les dépenses de pensions ayant progressé plus rapidement que les recettes issues des cotisations.

L’excédent actuel repose notamment sur une configuration démographique encore favorable, avec un nombre de cotisants suffisamment important par rapport à celui des retraités. Cette situation constitue un amortisseur financier, mais elle n’est pas nécessairement durable.

Le rapport souligne ainsi que les niveaux actuels de cotisation ne permettent pas, à eux seuls, de financer sur le long terme l’ensemble des prestations promises. La solidité apparente du régime doit donc être relativisée à l’aune de son évolution démographique et de l’augmentation progressive du nombre de retraités.

La question du vieillissement de la population constitue en effet l’un des principaux défis auxquels sont confrontés les régimes de retraite. À mesure que le nombre de bénéficiaires augmente plus rapidement que celui des cotisants, la pression sur les comptes s’accroît. Le maintien d’un excédent à un instant donné ne garantit donc pas l’équilibre futur du régime.

La CIMR affiche la meilleure dynamique

Parmi les principaux régimes de retraite, la Caisse interprofessionnelle marocaine de retraite (CIMR), qui couvre principalement le secteur privé, affiche la situation la plus favorable en termes de flux.

Les cotisations encaissées par la CIMR ont progressé de 9,9% en 2025, pour atteindre 13,2 MMDH. Par ailleurs, les pensions versées se sont établies à 7,5 MMDH. L’écart entre les cotisations et les prestations demeure donc nettement positif.

La performance de la CIMR contraste avec les difficultés rencontrées par les régimes de base du secteur public. Elle ne signifie toutefois pas que l’ensemble du système marocain est à l’abri des risques liés au vieillissement démographique et à l’évolution du rapport entre actifs et retraités.

Lire aussi : La réforme des retraites au Maroc reportée au prochain gouvernement

Un répit plutôt qu’une solution

Les chiffres de 2025 mettent ainsi en évidence un paradoxe. Les augmentations salariales ont contribué à améliorer les recettes des caisses de retraite et à réduire certains déficits. Mais elles ne règlent pas le problème structurel qui affecte plusieurs régimes.

Le problème dépasse donc la seule question des salaires. Il renvoie à l’architecture même du système de retraite, à l’équilibre entre cotisations et prestations, à l’évolution démographique et au niveau des engagements accumulés.

Les résultats de 2025 donnent ainsi davantage de marge de manœuvre aux caisses, mais ils ne constituent pas une réponse définitive à leur fragilité financière. Les chiffres plaident en faveur d’une réforme structurelle plutôt que d’un simple ajustement des recettes. Sans évolution du financement, des paramètres des régimes ou des droits futurs, l’effet positif des hausses salariales risque en effet de s’estomper à mesure que les engagements de retraite augmenteront.

Le diagnostic du Rapport sur la stabilité financière est donc sans ambiguïté ; en 2025, les régimes marocains ont bénéficié d’un bol d’air financier, mais pas d’un règlement de leur problème de solvabilité à long terme. La hausse des cotisations a réduit certains déficits sans éliminer les déséquilibres qui menacent encore la pérennité du système.

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