États-Unis : les pesticides approuvés ravivent les craintes des « polluants éternels »
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La décision de l’administration du président Donald Trump d’autoriser plusieurs nouveaux pesticides suscite une vive controverse au sein de la communauté scientifique et des organisations de défense de l’environnement. Au cœur du débat figure la nature même de ces substances, que de nombreux experts assimilent aux PFAS, une famille de composés chimiques particulièrement persistants dont l’usage fait l’objet de restrictions croissantes en Europe.
Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont des composés synthétiques utilisés depuis des décennies dans de nombreux secteurs industriels. Leur résistance exceptionnelle à la chaleur, à l’eau et à la corrosion explique leur présence dans une large gamme de produits, allant des textiles imperméables aux revêtements antiadhésifs, en passant par certains pesticides agricoles.
Toutefois, leur classification reste au centre d’un désaccord. En 2021, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a proposé une définition fondée sur leur structure moléculaire. Cette approche est aujourd’hui reprise par plusieurs États américains, le Congrès, le Pentagone ainsi qu’un large collectif international de scientifiques.
À l’inverse, l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) applique depuis 2023 une définition plus restrictive, ce qui lui permet d’exclure certaines molécules de la catégorie des PFAS.
Davantage d’autorisations sous Donald Trump
Selon les observateurs, ce changement d’interprétation a facilité l’approbation de nouveaux produits phytosanitaires. Alors qu’un seul pesticide avait été validé durant la période où cette définition était appliquée sous la présidence de Joe Biden, cinq nouvelles substances ont obtenu le feu vert depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
L’EPA justifie ces décisions en soulignant que ces pesticides sont déjà autorisés dans plusieurs autres pays et qu’ils représentent des outils importants pour protéger les récoltes et contribuer à la sécurité alimentaire.
Lire aussi : Fruits : lesquels sont les plus contaminés par les pesticides ?
Cette position est loin de convaincre les chercheurs spécialisés dans les substances chimiques persistantes. Plusieurs estiment que les molécules récemment approuvées possèdent les caractéristiques des PFAS et devraient donc être soumises à des contrôles beaucoup plus stricts.
L’un des herbicides autorisés, le trifludimoxazin, a d’ailleurs fait l’objet d’une évaluation de l’EPA reconnaissant l’existence d’éléments laissant envisager un potentiel cancérogène, alimentant davantage les inquiétudes. Pour les associations environnementales, ces nouvelles autorisations ne représentent qu’une faible partie d’un problème beaucoup plus vaste.
Des résidus déjà présents dans l’alimentation
Une étude publiée en 2024 sur les pesticides homologués aux États-Unis et au Canada a identifié 66 substances pouvant être considérées comme des PFAS selon les critères de l’OCDE. Les ONG alertent également sur la présence de résidus dans les produits alimentaires. Des analyses menées pour l’Environmental Working Group indiquent que de nombreux fruits commercialisés, notamment les pêches, contiennent des traces de ces composés chimiques.
Autre sujet d’inquiétude : plusieurs de ces pesticides se décomposent en acide trifluoroacétique (TFA), un polluant extrêmement persistant qui s’accumule dans les sols, les nappes phréatiques, les cultures et, à terme, dans l’eau potable. Face à ces préoccupations, les autorités européennes ont récemment renforcé leurs recommandations concernant les niveaux d’exposition jugés acceptables à cette substance.
Les ONG dénoncent l’influence de l’industrie
Les organisations de défense de l’environnement s’interrogent également sur les relations entre les autorités de régulation américaines et les industriels du secteur phytosanitaire.
Elles soulignent notamment qu’une page consacrée aux PFAS sur le site de l’EPA a été modifiée afin de supprimer les références à une définition plus large de ces substances. Cette révision est intervenue au moment où l’organisation CropLife America, représentant les fabricants de pesticides, diffusait un argumentaire favorable à une réglementation moins contraignante. Le lobby assure toutefois qu’aucune coordination n’a eu lieu avec l’agence fédérale.
Pour plusieurs spécialistes, cette controverse rappelle les précédents observés lors du retrait progressif des premiers PFAS au début des années 2000. À cette époque, les industriels avaient introduit de nouvelles molécules présentées comme plus sûres, avant que certaines ne soient finalement associées à des contaminations importantes des ressources en eau.
Des chercheurs estiment aujourd’hui qu’il est indispensable d’appliquer un principe de précaution plus strict. Selon eux, ces substances devraient être considérées comme potentiellement dangereuses tant que leur innocuité n’a pas été démontrée, afin d’éviter la répétition de crises environnementales similaires.
Face aux Nations Unies, Donald Trump a défendu son argumentaire nationaliste habituel, tout en se montrant moins offensif que lors de son intervention de l’an dernier.
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