300.000 abandons scolaires : le Maroc face à un énorme défi

Avatar de Ilyasse Rhamir

Temps de lecture :

300.000 abandons scolaires : le Maroc face à un énorme défiUne classe dans une école © DR

A
A
A
A
A

Chaque année, près de 300.000 élèves quittent prématurément le système éducatif marocain, un phénomène qui alimente la progression du nombre de jeunes sans emploi, sans études et sans formation (NEET). Selon une récente note du Policy Center for the New South (PCNS), cette population atteint désormais près de 1,7 million de personnes âgées de 15 à 24 ans. Si les Écoles de la deuxième chance (E2C) affichent des résultats encourageants en matière de réinsertion, leur développement reste fortement compromis par un financement insuffisant et une reconnaissance limitée de leurs diplômes.

L’étude, réalisée à partir du bilan 2025 du ministère de l’Éducation nationale et d’une enquête menée auprès de 27 associations du réseau E2C-Maroc, souligne un paradoxe. D’un côté, ces établissements permettent à une majorité de leurs bénéficiaires de retrouver un parcours scolaire, une formation ou un emploi. De l’autre, les structures qui assurent cette mission peinent à garantir leur pérennité.

Lire aussi : Éducation : pourquoi près de 280.000 élèves ont-ils quitté l’école en 2025 ?

Le décrochage scolaire reste particulièrement marqué au collège et au lycée, où les difficultés économiques, l’éloignement des établissements, les problèmes familiaux ou encore les échecs scolaires favorisent les abandons. Si le taux reste limité dans le primaire, il grimpe nettement dans les cycles supérieurs. Résultat, près d’un tiers des jeunes marocains de 15 à 24 ans se retrouvent aujourd’hui exclus à la fois du marché du travail et des circuits de formation.

Un modèle performant mais fragilisé

Prévu par la loi-cadre 51.17 et intégré à la feuille de route 2022-2026 de l’Éducation nationale, le dispositif des Écoles de la deuxième chance s’est considérablement développé en une dizaine d’années. D’un seul centre au milieu des années 2010, le réseau est passé à 222 établissements durant l’année scolaire 2024-2025.

Au total, plus de 20.000 jeunes ont été accompagnés cette année, parmi lesquels des filles, des personnes en situation de handicap, des enfants vivant dans la rue ainsi que des jeunes migrants. Les résultats démontrent l’efficacité du dispositif : les centres de nouvelle génération enregistrent un taux d’insertion de 81%, réparti entre le retour à l’enseignement, l’accès à la formation professionnelle et l’intégration directe dans le monde du travail.

Malgré ces performances, le modèle demeure extrêmement dépendant des associations qui assurent sa gestion. Selon l’enquête, 63% d’entre elles considèrent le manque de financement comme leur principale difficulté. Les subventions arrivent souvent tardivement, compliquant la planification des activités et favorisant le départ des formateurs vers des structures offrant davantage de stabilité.

Analphabétisme, une stratégie nationale freinée par le décrochage scolaire

À cette contrainte financière s’ajoute l’absence de moyens pour accompagner durablement les jeunes après leur sortie des centres. Près de 44% des associations déclarent ne pas pouvoir assurer un suivi de l’insertion professionnelle, alors même que cette étape est déterminante pour éviter un retour vers la précarité ou l’exclusion.

Les difficultés ne s’arrêtent pas là. Les responsables associatifs estiment également que les opportunités d’emploi restent trop limitées dans plusieurs régions du Royaume. Deux tiers d’entre eux pointent le manque de débouchés locaux, tandis que plus de la moitié regrettent que les certificats délivrés par les E2C soient encore insuffisamment reconnus par les employeurs.

Face à ce constat, le PCNS recommande plusieurs réformes afin de consolider le dispositif. Le centre de réflexion plaide notamment pour des contrats de financement pluriannuels, la création d’un agrément national garantissant la qualité des établissements, ainsi qu’une meilleure reconnaissance officielle des compétences acquises. Il préconise également un accompagnement des bénéficiaires durant les six à douze mois suivant leur sortie afin de faciliter leur insertion professionnelle.

À l’horizon 2030, le Maroc ambitionne de porter le réseau à 400 centres et d’accompagner près de 80.000 jeunes. Pour atteindre cet objectif, le rapport estime qu’un engagement plus durable de l’État sera indispensable afin de transformer ces parcours de réinsertion en véritables trajectoires d’intégration sociale et professionnelle.

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Vers une réforme courageuse, pérenne et équitable des retraites au Maroc

L’annonce faite par la ministre de l’Économie et des Finances constitue une confirmation brutale et quasi-cynique de toutes nos craintes antérieures.

Rédaction LeBrief - 29 juin 2026
PHOTOS – Erfoud : le vélo, un compagnon du quotidien des habitants

À Erfoud, le vélo demeure un moyen de déplacement privilégié, reflet d’un mode de vie authentique où simplicité, proximité et traditions continuent de façonner le quotidien.

Ayoub Jouadi - 28 juin 2026
PHOTOS – Fès : les tanneries Chouara préservent un savoir-faire ancestral

Au cœur de la médina de Fès, les tanneries Chouara perpétuent un artisanat séculaire, attirant chaque année des milliers de visiteurs fascinés par ce patrimoine vivant.

Ayoub Jouadi - 28 juin 2026
Alerte météo : orages et forte chaleur attendus dans plusieurs provinces

Des orages accompagnés de grêle et une intense vague de chaleur toucheront plusieurs provinces du Maroc entre dimanche et mercredi, selon la Direction de la météorologie.

Ilyasse Rhamir - 28 juin 2026
Réseau criminel : six Algériens arrêtés pour faux documents au Maroc

Six ressortissants algériens ont été arrêtés après le démantèlement d’un réseau impliqué dans la falsification de documents et l’usurpation d’identité.

Ilyasse Rhamir - 28 juin 2026
Tanger : 12 suspects interpellés après une violente rixe

Douze jeunes ont été arrêtés à Tanger après une violente altercation sur la voie publique. Drogues, arme blanche et dégradations sont au cœur de l’enquête.

Ilyasse Rhamir - 27 juin 2026
Voir plus
Aïd Al-Fitr 1447 pourrait tomber le samedi 21 mars

Société - Selon les calculs astronomiques, Aïd al-Fitr 2026 pourrait tomber le samedi 21 mars au Maroc. La visibilité du croissant lunaire est prévue vendredi soir, mais la date officielle sera confirmée par le ministère des Habous.

Ilyasse Rhamir - 9 mars 2026
Ramadan : horaires spéciaux du tramway de Casablanca

Société - Le réseau CASA Tramway adopte des horaires spéciaux durant le mois de Ramadan.

Mouna Aghlal - 17 février 2026
Ramadan 2026 : la Zakat Al Fitr fixée à 25 dirhams

Société - Le Conseil supérieur des oulémas annonce la valeur de la Zakat Al Fitr pour 2026 à 25 dirhams pour l'année 1447 de l'Hégire.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
8 mars : 8 Marocaines qui bousculent les lignes

Société-A l’occasion du 8 mars, LeBrief rend hommage à 8 femmes que nous avons rencontrées et interviewées ces derniers mois.

Sabrina El Faiz - 8 mars 2026
Manifestations de la « GenZ 212 » : 60 personnalités marocaines exhortent le Roi à engager des réformes profondes

Société - Soixante figures marocaines appellent le roi Mohammed VI à lancer des réformes profondes en phase avec les revendications de la jeunesse.

Hajar Toufik - 8 octobre 2025
Travaux : les Casablancais n’en peuvent plus !

Dossier - Des piétons qui traversent d’un trottoir à l’autre, des voitures qui zigzaguent… À croire que les Casablancais vivent dans un jeu vidéo, sans bouton pause.

Sabrina El Faiz - 12 avril 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire